La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
— A qui la faute ? » lui jappa Catelyn. C’est sur les instances d’Edmure que Robb avait, après son couronnement, donné aux seigneurs riverains la permission d’aller défendre chacun ses terres. Ser Marq Piper et lord Karyl Vance s’étaient retirés les premiers. Lord Jonos Bracken avait suivi, sous couleur solennelle de récupérer sa coquille brûlée de château et d’enterrer ses morts. Et voilà que lord Jason Mallister annonçait à son tour qu’il comptait regagner son cher Salvemer, pourtant épargné par la guerre…
« Tu ne peux demander à mes vassaux de rester bras croisés pendant qu’on pille leurs champs et passe leurs gens au fil de l’épée, dit Edmure. Lord Karstark vient du nord, lui. Il serait fâcheux qu’il nous abandonne.
— Je vais lui parler, dit Robb. Il a perdu deux fils au Bois-aux-Murmures. Comment le blâmer de ne pas vouloir conclure de paix avec ceux qui les ont tués…, et qui sont aussi les assassins de mon père… ?
— De nouvelles effusions de sang ne nous rendront pas plus ton père que ses fils à lord Rickard, repartit Catelyn. Il fallait faire une offre – et un homme plus avisé eût offert des conditions moins rudes…
— Un rien moins rudes, et je dégueulais. » Il avait la barbe plus ardente que ses cheveux. Il semblait croire qu’elle lui donnait un air plus mâle et royal…, plus vieux. Mais, barbe ou pas, il demeurait un adolescent de quinze ans et ne brûlait pas moins de se venger que lord Karstark. Il n’avait pas été aisé de l’amener à condescendre même à cette offre, si pingre fut-elle.
« Cersei Lannister n’acceptera jamais d’échanger tes sœurs contre une paire de cousins. C’est son frère qu’elle voudra, tu le sais pertinemment. » A force de le lui répéter en pure perte, elle finissait par s’apercevoir que les rois sont bien moins attentifs que les fils.
« Le voudrais-je que je ne pourrais relâcher le Régicide. Mes vassaux ne me le permettraient jamais.
— Ils t’ont fait roi.
— Medéfaire leur serait tout aussi facile.
— Si ta couronne est le prix à payer pour obtenir qu’on nous rende Arya et Sansa, tu nous vois barguigner ? Assassiner le Régicide dans son cachot ravirait la moitié de tes vassaux. Qu’il meure en ton pouvoir, et les gens diront…
— … qu’il ne l’a pas volé, termina Robb.
— Et tes sœurs ? riposta-t-elle vertement, n’auront-elles pas non plus volé de mourir ? Qu’il arrive malheur à son frère, et je te garantis que Cersei nous rendra sang pour sang.
— Il ne mourra pas, affirma Robb. Nul n’est admis fût-ce à lui parler sans mon autorisation. Il a de quoi manger, de l’eau, de la paille propre, plus d’aises qu’il n’en saurait exiger. Mais le libérer, pas question, même en faveur d’Arya et de Sansa. »
Il la regardait de son haut, découvrit-elle soudain. Est-ce la guerre qui a si fort précipité sa croissance, se demanda-t-elle, ou la couronne dont on l’a coiffé ? « Aurais-tu peur de le retrouver devant toi en rase campagne, pour parler crûment ? »
Vent Gris grogna comme s’il percevait la colère de Robb, et Edmure posa une main fraternelle sur l’épaule de Catelyn. « Pas ça, Cat. Le gosse a raison.
— Ne m’appelez pas le gosse ! s’emporta Robb, déchargeant d’un coup sa fureur sur son malheureux oncle dont le seul tort avait été de chercher à le soutenir. Me voici presque un homme fait, et je suis roi – votre roi, ser. Quant à Jaime Lannister, il ne me fait pas peur. Je l’ai battu une fois, je le battrai de nouveau s’il le faut. Seulement… » Il repoussa une mèche qui lui tombait sur les yeux, secoua la tête. « J’aurais pu échanger le Régicide contre Père, mais…
— … mais pas contre les filles ? » Elle parlait d’une voix calme et placée. « Broutille que des filles, n’est-ce pas ? »
Robb ne répondit pas, mais de la peine parut dans ses yeux. Des yeux bleus, des yeux Tully, des yeux qu’il tenait d’elle. Elle l’avait blessé, mais il était trop le fils de son père pour en convenir.
Une conduite indigne de moi, se dit-elle. Bonté divine, que va-t-il advenir de moi ? Il fait de son mieux, de toutes ses forces, je le sais, je le vois, et néanmoins… J’ai déjà perdu mon Ned, le rocher sur lequel était bâtie mon existence, je ne supporterais pas de perdre aussi les filles…
« Je ferai tout mon possible pour mes sœurs, reprit Robb. Si la reine a la moindre jugeote, elle acceptera mes conditions. Sinon, je lui ferai déplorer son refus. » Il en avait manifestement assez de ce sujet, « Mère, êtes-vous sûre de ne pas vouloir vous rendre aux Jumeaux ? Outre que vous vous y trouveriez moins exposée, vous seriez en mesure de vous y lier avec les filles de lord Walder et de guider mon choix, la guerre achevée. »
Il souhaite mon départ,songea-t-elle, accablée. Les rois sont censés n’avoir pas de mère, apparemment, et je l’assomme d’avis qu’il n’a aucune envie d’entendre. « Tu es assez grand, Robb, pour élire sans mon aide ta préférée parmi les filles de lord Walder.
— Alors, partez avec Theon. Il s’en va demain. Il doit aider les Mallister à escorter tout un lot de captifs jusqu’à Salvemer avant de s’embarquer pour les îles de Fer. Vous pourriez également prendre un bateau et, si les vents sont favorables, être de retour à Winterfell d’ici la prochaine lune. Bran et Rickon ont besoin de vous. »
Et toi non, si j’ai bien compris ? « Le seigneur mon père n’a plus guère à vivre. Jusqu’à sa disparition, ma place est à son chevet. Je reste à Vivesaigues.
— Je pourrais vous ordonner de partir. En tant que roi, je le pourrais. »
Elle ignora la remarque. « Permets-moi d’insister, je préférerais te voir envoyer quelqu’un d’autre à Pyk et garder Theon auprès de toi.
— Se peut-il meilleur ambassadeur auprès de Balon Greyjoy que son propre fils ?
— Jason Mallister, proposa-t-elle. Tytos Nerbosc. Stevron Frey. N’importe qui…, sauf Theon. »
Son fils s’accroupit pour caresser Vent Gris et, accessoirement, se soustraire à son regard. « Theon s’est bravement battu pour nous. Je vous ai conté comment il sauva Bran des sauvageons dans le Bois-aux-Loups. Si les Lannister refusent la paix, j’aurai besoin de la flotte de lord Greyjoy.
— Tu l’obtiendras plus promptement si tu gardes le fils en otage.
— Il a passé la moitié de sa vie en otage.
— Non sans motif, observa-t-elle. On ne peut faire confiance à Balon Greyjoy. Il a lui-même porté une couronne, souviens-t’en, même si cela ne dura qu’une saison. Qui sait s’il ne nourrit pas l’ambition de s’en recoiffer ? »
Robb se releva. « Je ne m’en formaliserai pas. Je suis bien roi du Nord ? Eh bien, qu’il soit roi des îles de Fer, si cela lui chante. Je lui donnerai volontiers sa couronne, pourvu qu’il nous aide à abattre les Lannister.
— Robb…
— J’envoie Theon. Je vous souhaite le bonjour, Mère. Viens, Vent Gris. » Et il s’éloigna à grands pas, flanqué de son loup.
Elle le regarda partir, impuissante. Son fils et, désormais, son roi. Une impression des plus bizarre. Commande, lui avait-elle enjoint à Moat Cailin. Voilà, il commandait. « Je vais voir Père, annonça-t-elle à brûle-pourpoint. Tu m’accompagnes, Edmure.
— Je dois d’abord prendre langue avec les nouveaux archers qu’entraîne ser Desmond. Je me rendrai chez lui plus tard. »
S’il vit encore,songea-t-elle sans souffler mot. Son frère eût mieux aimé se battre que d’affronter la chambre du mourant.