Laissez pousser les asperges
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #119
- Год: 1984
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-02849-5
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Laissez pousser les asperges». Краткое содержание книги:
Je lâche tout pour m'occuper de la petite histoire au président, seulement, on me bute ces deux souris en pleine partouze.
Quand je pose la question de confiance à l'ignoble Miss Gleendon, un mec lui flanque le coup de griffe du siècle.
Voilà le topo.
Si tu as tout compris, inutile d'acheter ce book.
Mais si des zones obscures subsistent, paye-le-toi-le.
Tu vas pas mourir con toute ta vie.
— Pas pour moi. Car supposez que vous m’envoyiez à la pêche aux moules après avoir engrangé les dollars. Quel serait alors mon recours ?
Elle hausse ses épaules rembourrées à la graisse rance.
— Quelle foutue idée ! Pourquoi j’irais vous baiser, l’ami, si vous avez été réglo ?
— Parce que vous êtes une grosse gourmande, miss Gleenon, et que vous pourriez très bien avoir l’intention de faire philippine. Vous aurez votre million en échange des documents. Ce sera du donnant, donnant, sinon y a rien de fait.
Elle continue de claper. Une expression mauvaise lui est venue. Je la sens qui réfléchit.
Au bout d’un assez long temps, elle s’adresse à son pote :
— Vous voulez bien régler cette question, Ted, ce grand vaurien me fatigue avec ses manières d’ergoter. Mon scénario est bon et j’y tiens ; maintenant si vous en avez un meilleur, annoncez la couleur, Ted.
Le zigue à la perruque paraît sortir d’un rêve.
— Oui, j’en ai un de rechange, il dit.
Il coule sa main libre sous son blazer et sort un feuillet imprimé de sa poche intérieure. Le papier est à en-tête de Irish National Bank.
— Qu’est-ce que c’est ? demande la Gleenon, surprise.
— Une procuration, ma chère Valentine.
— Comment ça, une procuration, Ted ?
— Pour me permettre d’accéder à votre coffre numéro 2, celui où se trouvent les papiers à vendre. Ce formulaire est déjà rempli ; nous n’avons plus qu’à signer, vous et moi.
L’ogresse cesse de mastiquer. Une demi-livre de tarte mâchée fait une chique énorme sous sa joue droite.
— Mais qu’est-ce que vous débloquez là, Ted ? Du diable si j’y comprends quelque chose.
— Pourtant facile : cet aimable émissaire refuse le marché de la manière que vous avez prévue. Alors c’est moi qui vais me charger de l’opération. Vous savez, Valentine, ce genre d’affaires se traite entre hommes.
Il prend un stylo dans sa vague, l’arme et le pose sur le formulaire.
— Vous signez là où il y a une croix au crayon, ma chère.
Oh ! dis donc ! Elle bat ses blancs d’yeux en neige, la Gravosse ! Sa stupeur est telle qu’elle ne pense pas à avaler sa cargaison de tarte toujours bloquée dans sa grande gueule par la grève de ses maxillaires.
— Ecoutez, Ted, elle bredouille, je déteste ce genre de plaisanteries.
— Quelle plaisanterie ? Je suis on ne peut plus sérieux. Signez, ma douce amie ; signez vite sinon vous n’aurez pas votre remède à temps.
La mère Gleenon dérape de plus en plus fort sur les incompréhensions verglacées. De la vraie bouillie de betteraves, comme sur les chemins du nord, en automne. Danger ! Son pote, crois-moi, c’est pas un cadeau ! Je m’y connais en gredins ; cézigue appartient à la catégorie number ouane ! C’est du bandit pur fruit.
J’ignore où elle est allée le chercher, ce mec, mais elle aurait mieux fait de s’acheter un canari !
— Quel médicament ? demande-t-elle.
Ted Hacklack sort une fiole brune de sa poche.
— Celui-ci, ma chérie. C’est l’antidote du poison que vous venez d’ingurgiter. Vous n’avez pas trouvé en bouffant votre tarte qu’elle avait un drôle de goût ? Vous vous êtes dit que vous aviez trop forcé sur la cannelle, je parie ? Eh bien non, Valentine. En fait il s’agissait d’un bon vieux poison qu’utilisait l’Intelligence Service, autrefois, pour calmer les ardeurs de certains maharajahs anglophobes. Logiquement, Valentine, d’ici moins de vingt minutes vous devriez nous faire une crise cardiaque de toute beauté, que le médecin qualifiera d’infarctus étendu du myocarde.
Il élève le petit flacon brun.
— Seul, le contenu de cette fiole peut conjurer le mauvais sort. Je vous l’échange contre une signature.
La Mahousse se dresse ! Alors là, c’est plus du Messager qu’elle brame, mais du Wagner ! Elle flouze dans ses hardes, la vieille. Ses vaisseaux fantômes sont en train de charrier une super-vérolerie dont elle va claquer.
— Misérable ! Fumier ! égosille-t-elle.
— Vous perdez un temps peut-être irremplaçable et déchargez de l’adrénaline, ce qui surmène vos surrénales, riposte l’implacable Hacklack en rempochant le flacon.
Un qui se trouve aux fauteuils d’orchestre, c’est le gars Bibi, fils unique de Félicie et présumé fiancé de l’exquise Marie-Marie. La saynète est délicieuse, bien ficelée, avec un dialogue vif, sans temps morts. Les deux personnages sont admirablement campés.
— Vous êtes complètement cinglé de me faire ça ! Et devant lui ! dit la Baleine, en me désignant du pouce.
— Justement, il est indispensable que monsieur sache à qui il a affaire. Allons, signez, vous avez encore des barils de bière à boire, Valentine.
La Gravosse se tient un peu de travers, façon tour de Pise. Puis elle se penche sur le document, s’empare du stylo et trace son paraphe.
Beau joueur, Ted Hacklack lui présente la minuscule bouteille.
— Avalez tout, conseille-t-il, la dose d’antidote correspond à la dose de poison.
Mémère débouche la fiole et s’enquille le contenu.
Elle grimace et tousse.
— C’est dégueulasse ! grommelle-t-elle.
Ted Hacklack sourit.
— Prenez place sur ce canapé et détendez-vous, Valentine, soyez totalement relaxe.
Docile comme un toutou dressé, l’ancienne goualeuse se met à chiquer les mères Récamier. Elle prend une pose alanguie, ses yeux se ferment.
— Espèce de gaye ! elle marmonne.
— Allons, du calme, du calme ! répond Ted.
La Baleine tourne sa grosse tronche de ballon rouge sur l’accoudoir. Ses lèvres se retroussent légèrement.
L’homme à la perruque rousse chuchote :
— Les gens sont crédules quand ils ont peur, n’est-ce pas ? Je n’avais pas versé le moindre poison sur sa foutue tarte…
Il ajoute :
— C’est maintenant, qu’elle vient de le prendre.
Il va ramasser la fiole et la coule dans sa poche supérieure ornée d’un gros écusson doré.
— Je crois que ça y est déjà, déclare l’étrange bonhomme. Rapide, n’est-ce pas ? En moins de trois minutes ! Je n’emploie que cette drogue. Elle est fulgurante et ne laisse pas de trace. Je vous invite à ne prévenir personne de ce décès car nous avons à mettre au point notre petite négociation de demain. Voilà ce que je vous propose : rendez-vous à seize heures à la banque où se trouvent les documents. On fait donnant, donnant, comme vous le souhaitiez. Surtout, pas d’arnaque, n’est-ce pas ? Toutes mes dispositions seront prises et les choses tourneraient très mal pour vous.
Il se dresse, boutonne sa veste bleu marine et se dirige vers la lourde.
Me voilà en tête à tête avec une grande cantatrice qui n’est pas chauve, comme celle de Ionesco, mais morte.
A TES SOUHAITS !
Tu vas voir si j’ai du bol : le premier hôtel lyonnais que je contacte est le bon. Au Sofitel, on me répond que oui, effectivement, MM. Bérurier et Pinaud sont bien descendus dans cet établissement dont j’ai pu apprécier moulte fois la qualité.
Chambre 620 !
On me la passe. C’est le Gravos qui répond. La voix est enrhumée par trop de beaujolais.
— Tonio ! elle exclame ; mais comment as-tu-le-tu su qu’on est laguche ?
— Mon sixième sens, gars !
— Ton sixième sens, je croilliais d’puis toujours qu’c’était ton perchoir à ratiches !
— Où en êtes-vous dans votre histoire de casse-pime ?
— On guigne, mon drôlet, on guigne comme des faucons.