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Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules

Электронная книга - «Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules». Краткое содержание книги:

Cet ouvrage a pour but de décrire les caractères psychologiques qui constituent l’âme des races et de montrer comment l’histoire d’un peuple et sa civilisation dérivent de ces caractères. Nous rechercherons ensuite si les éléments dont se compose une civilisation : arts, institutions, croyances, ne sont pas les manifestations directes de l’âme des races, et ne peuvent pour cette raison passer d’un peuple à un autre. Nous terminerons enfin en tâchant de déterminer sous l’influence de quelles nécessités les civilisations pâlissent, puis s’éteignent. Ce sont des problèmes que nous avons longuement traités dans divers ouvrages sur les civilisations de l’Orient. Ce petit volume doit être considéré simplement comme une brève synthèse.
La foule, dans le sens où l'emploie Le Bon, est distincte du simple agrégat d'individus.
Les foules sont régies par une « loi d'unité mentale des foules ». Elles ont en quelque sorte une « âme », avec des passions et un fonctionnement organique comparable à celui de l'esprit humain. Dans le livre I, Le Bon examine les passions et le mode de représentation d'une foule ; dans le livre II, il examine les origines et les caractéristiques de ses croyances.
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L'homme perd tout empire sur lui-même. Il ne sait plus se dominer; et qui ne sait se dominer est condamné bientôt à être dominé par d'autres.

Changer tout cela serait une lourde tâche. Il faudrait changer tout d'abord notre lamentable éducation latine. Elle dépouille de toute initiative et de toute énergie ceux à qui l'hérédité en aurait laissé encore. Elle éteint toute lueur d'indépendance intellectuelle en donnant pour seul idéal à la jeunesse d'odieux concours qui, ne demandant que des efforts de mémoire, ont pour résultat final de placer à la tête de toutes les carrières les cerveaux que leur aptitude servile à l'imitation rend précisément les plus incapables d'individualité et d'efforts personnels. «Je tâche de couler du fer dans l'âme des enfants» disait un instituteur anglais à Guizot qui visitait les écoles de la Grande-Bretagne. Où sont chez les nations latines les instituteurs et les programmes qui puissent réaliser un tel rêve? Le régime militaire le réalisera peut-être. Il est en tous cas le seul éducateur qui le puisse réaliser. Pour les peuples qui s'affaissent, une des principales condition de relèvement est l'organisation d'un service militaire universel très dur et la menace permanente de guerres désastreuses.

C'est à cet abaissement général du caractère, à l'impuissance des citoyens à se gouverner eux-mêmes, et à leur égoïste indifférence qu'est due surtout la difficulté qu'éprouvent la plupart des peuples latins à vivre sous des lois libérales aussi éloignées du despotisme que de l'anarchie. Que de telles lois soient peu sympathiques aux foules, on le comprend aisément, car le césarisme leur promet, sinon la liberté dont elles ne se soucient guère, au moins une égalité très grande dans la servitude. Que ce soit, au contraire, des couches éclairées que les institutions républicaines aient le plus de peine à se faire accepter, voilà ce qu'on ne comprendrait pas si l'on ne se rendait compte du poids des influences ancestrales. N'est-ce pas avec de telles institutions que toutes les supériorités, celle de l'intelligence surtout, ont le plus de chance de pouvoir se manifester? On pourrait même dire que le seul inconvénient réel de ces institutions, pour les égalitaires à tout prix, est de permettre la formation d'aristocraties intellectuelles puissantes. Le plus oppressif des régimes, aussi bien pour le caractère que pour l'intelligence, est au contraire le césarisme sous ses diverses formes. Il n'a pour lui que d'amener facilement l'égalité dans la bassesse, l'humilité dans la servitude. Il est très adapté aux besoins inférieurs des peuples en décadence, et c'est pourquoi, dès qu'ils le peuvent, ils y reviennent toujours. Le premier panache venu d'un général quelconque les y ramène. Quand un peuple en est là, son heure est venue, les temps sont accomplis pour lui.

Il subit actuellement une évolution manifeste, ce césarisme des vieux âges que l'histoire a toujours vu apparaître dans les civilisations à leur extrême aurore et à leur extrême décadence. Nous le voyons renaître aujourd'hui sous le nom de socialisme. Cette nouvelle expression de l'absolutisme de l'Etat sera sûrement la plus dure des formes du césarisme, parce qu'étant impersonnelle, elle échappera à tous les motifs de crainte qui retiennent les pires tyrans.

Le socialisme paraît être aujourd'hui le plus grave des dangers qui menacent les peuples européens. Il achèvera sans doute une décadence que bien des causes préparent, et marquera peut-être la fin des civilisations de l'Occident.

Pour comprendre ses dangers et sa force, il ne faut pas envisager les enseignements qu'il répand, mais bien les dévouements qu'il inspire. Le socialisme constituera bientôt la croyance nouvelle de cette foule immense de déshérités auxquels les conditions économiques de la civilisation actuelle créent fatalement une existence souvent très dure. Il sera la religion nouvelle qui peuplera les deux vides. Cette religion remplacera, pour tous les êtres qui ne sauraient supporter la misère sans illusion, les lumineux paradis que leur faisaient jadis entrevoir les vitraux de leurs églises. Cette grande entité religieuse de demain voit s'accroître chaque jour la foule de ses croyants. Elle aura bientôt ses martyrs. Et alors elle deviendra un de ces credo religieux qui soulèvent les peuples et dont la puissance sur les âmes est absolue.

Que les dogmes du socialisme conduisent à un régime de bas esclavage qui détruira toute initiative et toute indépendance dans les âmes pliées sous son empire, cela est évident, sans doute, mais seulement pour les psychologues connaissant les conditions d'existence des hommes. De telles prévisions sont inaccessibles aux foules. Il faut d'autres arguments pour les persuader, et ces arguments n'ont jamais été tirés du domaine de la raison.

Que les dogmes nouveaux que nous voyons naître soient contraires au plus élémentaire bon sens, cela est évident encore. Mais les dogmes religieux qui nous ont conduits pendant tant de siècles n'étaient-ils pas, eux aussi, contraires au bon sens, et cela les a-t-il empêchés de courber les plus lumineux génies sous leurs lois? En matière de croyances, l'homme n'écoute que la voix inconsciente de ses sentiments. Ils forment un obscur domaine d'où la raison a toujours été exclue.

Donc et par le fait seul de la constitution mentale qu'un long passé leur a créée, les peuples de l'Europe vont être obligés de subir la redoutable phase du socialisme. Il marquera une des dernières étapes de la décadence. En ramenant la civilisation à des formes d'évolution tout à fait inférieures, il rendra faciles les invasions destructrices qui nous menacent.

En dehors de la Russie, dont les populations sont au point de vue psychologique beaucoup plus asiatiques qu'européennes, on ne voit guère en Europe que l'Angleterre dont la race possède une énergie assez grande, des croyances assez stables, un caractère assez indépendant pour se soustraire pendant quelque temps encore à la religion nouvelle que nous voyons éclore. L'Allemagne moderne, malgré de trompeuses apparences de prospérité, en sera sans doute la première victime, à en juger par le succès des diverses sectes qui y pullulent. Le socialisme qui la ruinera sera sans doute revêtu de formules scientifiques rigides, bonnes tout au plus pour une société idéale que l'humanité ne produira jamais, mais ce dernier fils de la raison pure sera plus intolérant et plus redoutable que tous ses aînés. Aucun peuple n'est aussi bien préparé que l'Allemagne à le subir. Aucun n'a plus perdu aujourd'hui l'initiative, l'indépendance et l'habitude de se gouverner[22].

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22

Les écrivains allemands les plus éminents sont parfaitement d'accord sur ce point. Dans son livre récent sur la Question sociale, M. T. Ziegler, professeur à l'université de Strasbourg, s'exprime de la façon suivante:

«Si le Self-help est la tendance dominante de l'Angleterre, le recours à l'Etat est la caractéristique de l'Allemagne. Nous sommes un peuple mis en tutelle depuis des siècles. De plus, pendant les vingt dernières années, la forte main de Bismarck, en nous assurant la sécurité, nous a fait perdre le sentiment de la responsabilité et de l'initiative. C'est pour cela que dans les cas difficiles et; même faciles, nous en appelons à l'aide et à la police de l'Etat et que nous abandonnons tout à son initiative.»

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