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Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules

Электронная книга - «Les Lois Psychologiques de l'Évolution des Peuples. La Psychologie des Foules». Краткое содержание книги:

Cet ouvrage a pour but de décrire les caractères psychologiques qui constituent l’âme des races et de montrer comment l’histoire d’un peuple et sa civilisation dérivent de ces caractères. Nous rechercherons ensuite si les éléments dont se compose une civilisation : arts, institutions, croyances, ne sont pas les manifestations directes de l’âme des races, et ne peuvent pour cette raison passer d’un peuple à un autre. Nous terminerons enfin en tâchant de déterminer sous l’influence de quelles nécessités les civilisations pâlissent, puis s’éteignent. Ce sont des problèmes que nous avons longuement traités dans divers ouvrages sur les civilisations de l’Orient. Ce petit volume doit être considéré simplement comme une brève synthèse.
La foule, dans le sens où l'emploie Le Bon, est distincte du simple agrégat d'individus.
Les foules sont régies par une « loi d'unité mentale des foules ». Elles ont en quelque sorte une « âme », avec des passions et un fonctionnement organique comparable à celui de l'esprit humain. Dans le livre I, Le Bon examine les passions et le mode de représentation d'une foule ; dans le livre II, il examine les origines et les caractéristiques de ses croyances.
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Des causes analogues de décadence menacent nos civilisations raffinées, mais il s'en ajoute d'autres dues à l'évolution produite dans les esprits par les découvertes scientifiques modernes. La science a renouvelé nos idées et ôté toute autorité à nos conceptions religieuses et sociales. Elle a montré à l'homme la faible place qu'il occupe dans l'univers et l'absolue indifférence de la nature pour lui. Il a vu que ce qu'il appelait liberté n'était que l'ignorance des causes qui l'asservissent, et que, dans l'engrenage des nécessités qui les mènent, la condition naturelle de tous les êtres est d'être asservis. Il a constaté que la nature ignorait ce que nous appelons la pitié, et que tous les progrès réalisés par elle ne l'avaient été que par une sélection impitoyable amenant sans cesse l'écrasement des faibles au profit des forts.

Toutes ces conceptions glaciales et rigides, si contraires à ce que disaient les vieilles croyances qui ont enchanté nos pères, ont produit d'inquiétants conflits dans les âmes. Dans des cerveaux ordinaires, ils ont engendré cet état d'anarchie des idées qui semble la caractéristique de l'homme moderne. Chez la jeunesse artiste et lettrée, ces mêmes conflits ont abouti à une sorte d'indifférence morne, destructive de toute volonté, à une incapacité complète de s'enthousiasmer pour une cause quelconque, et à un culte exclusif d'intérêts immédiats et personnels.

Commentant cette très juste réflexion d'un écrivain moderne que le «sens du relatif domine la pensée contemporaine», un ministre de l'instruction publique proclamait avec une satisfaction évidente dans un discours récent que «la substitution des idées relatives aux notions abstraites dans tous les ordres de la connaissance humaine est la plus grande conquête de la science».La conquête déclarée nouvelle est en réalité bien vieille. Il y a de longs siècles que la philosophie de l'Inde l'avait accomplie. Ne nous félicitons pas trop de ce qu'elle tend aujourd'hui à se répandre. Le vrai danger pour les sociétés modernes tient précisément à ce que les hommes ont perdu toute confiance dans la valeur des principes sur lesquels elles reposent. Je ne sais pas si l'on pourrait citer depuis l'origine du monde une seule civilisation, une seule institution, une seule croyance qui aient réussi à se maintenir en s'appuyant sur des principes considérés comme n'ayant qu'une valeur relative. Et si l'avenir semble appartenir à ces doctrines socialistes que condamne la raison, c'est justement parce que ce sont les seules dont les apôtres parlent au nom de vérités qu'ils proclament absolues. Les foules se tourneront toujours vers ceux qui lui parleront de vérités absolues et dédaigneront les autres. Pour être homme d'Etat, il faut savoir pénétrer dans l'âme de la multitude, comprendre ses rêves et abandonner les abstractions philosophiques. Les choses ne changent guère. Seules les idées qu'on s'en fait peuvent changer beaucoup. C'est sur ces idées-là qu'il faut savoir agir.

Sans doute nous ne pouvons connaître du monde réel que des apparences, de simples états de conscience dont la valeur est évidemment relative. Mais quand nous nous plaçons au point de vue social nous pouvons dire que pour un âge donné et pour une société donnée, il y a des conditions d'existence, des lois morales, des institutions qui ont une valeur absolue, puis que cette société ne saurait subsister sans elles. Dès que leur valeur est contestée et que le doute se répand dans les esprits, la société est condamnée à bientôt mourir.

Ce sont là des vérités que l'on peut enseigner hardiment, car elles ne sont pas de celles qu'aucune science puisse contester. Un langage contraire ne peut qu'engendrer les plus désastreuses conséquences. Le nihilisme philosophique, que des voix autorisées propagent aujourd'hui dans de faibles esprits, les fait immédiatement conclure à l'injustice absolue de notre ordre social, à l'absurdité de toutes les hiérarchies, leur inspire la haine de tout ce qui existe et les mène directement au socialisme et à l'anarchisme. Les hommes d'Etat modernes sont trop persuadés de l'influence des institutions et trop peu de l'influence des idées. La science leur montre pourtant que les premières sont toujours filles des secondes et n'ont jamais pu subsister sans s'appuyer sur elles. Les idées représentent les ressorts invisibles des choses. Quand elles ont disparu, les supports secrets des institutions et des civilisations sont brisés. Ce fut toujours pour un peuple une heure redoutable que celle où ses vieilles idées sont descendues dans la sombre nécropole où reposent les Dieux morts.

Laissant maintenant de côté les causes pour étudier les effets, nous devons reconnaître qu'une visible décadence menace sérieusement la vitalité de la plupart des grandes nations européennes, et notamment de celles dites latines et qui le sont bien en réalité, sinon par le sang, du moins parles traditions et l'éducation. Elles perdent chaque jour leur initiative, leur énergie, leur volonté et leur aptitude à agir. La satisfaction de besoins matériels toujours croissants tend à devenir leur unique idéal. La famille se dissocie, les ressorts sociaux se détendent. Le mécontentement et le malaise s'étendent à toutes les classes, des plus riches aux plus pauvres. Semblable au navire ayant perdu sa boussole et errant à l'aventure au gré des vents, l'homme moderne erre au gré du hasard dans les espaces que les dieux peuplaient jadis et que la science a rendus déserts. Il a perdu la foi et du même coup l'espérance. Devenues impressionnables et mobiles à l'excès, les foules, qu'aucune barrière ne retient plus, semblent condamnées à osciller sans cesse de la plus furieuse anarchie au plus pesant despotisme. On les soulève avec des mots, mais leurs divinités d'un seul jour sont bientôt leurs victimes. En apparence elles semblent souhaiter la liberté avec ardeur; en réalité elles la repoussent toujours et demandent sans cesse à l'Etat de leur forger des chaînes. Elles obéissent aveuglément aux plus obscurs sectaires, aux plus bornés despotes. Les rhéteurs qui croient guider les masses, et le plus souvent qui les suivent, confondent l'impatience et la nervosité faisant sans cesse changer de maître avec le véritable esprit d'indépendance, empêchant de supporter aucun maître. L'Etat, quel que soit le régime nominal, est la divinité vers laquelle se tournent tous les partis. C'est à lui qu'on demande une réglementation et une protection chaque jour plus lourdes, enveloppant les moindres actes de la vie des formalités les plus byzantines et les plus tyranniques. La jeunesse renonce de plus en plus aux carrières demandant du jugement, de l'initiative, de l'énergie, des efforts personnels et de la volonté. Les moindres responsabilités l'épouvantent. Le médiocre horizon des fonctions salariées par l'Etat lui suffit. Les commerçants ignorent les chemins des colonies et celles-ci ne sont peuplées que par des fonctionnaires[20]. L'énergie et l'action sont remplacées chez les hommes d'Etat par des discussions personnelles effroyablement vides, chez les foules par des enthousiasmes ou des colères d'un jour, chez les lettrés par une sorte de sentimentalisme larmoyant, impuissant et vague, et de pâles dissertations sur les misères de l'existence. Un égoïsme sans bornes se développe partout. L'individu finit par n'avoir plus d'autre préoccupation que lui-même. Les consciences capitulent, la moralité générale s'abaisse et graduellement s'éteint[21].

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20

Dans un discours prononcé à la Chambre des députés le 27 novembre 1890 par M. Etienne, sous-secrétaire d'Etat aux colonies, je relève le très caractéristique passage suivant que j'emprunte au journal le Siècle.

«La Cochinchine comprend 1,800,000 âmes; dans ce total, on compte 1,600 Français dont 1,200 fonctionnaires. Elle est administrée par un conseil colonial élu par ces 1,200 fonctionnaires; elle a un député. Et vous voulez que l'anarchie ne règne pas dans ce pays! (Exclamations et rires sur un grand nombre de bancs.)

… Eh bien, savez-vous ce que produit un pareil système. Il produit ce phénomène que votre budget réduit à 22 millions est absorbé pour 9 millions par les dépenses des fonctionnaires.

Oui, en 1877, j'ai essayé de réduire les fonctionnaires; je les ai réduits pour 3,500,000 francs sur 9; j'ai pris cette mesure au mois d'octobre. Or, au mois de décembre, le cabinet dont je faisais partie disparaissait, et, au mois de mars suivant, tous les fonctionnaires licenciés ont reparu.»

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21

Cet abaissement de la moralité est grave quand il s'observe dans des professions telles que la magistrature et le notariat, chez lesquelles la probité était jadis aussi générale que le courage chez les militaires. En ce qui concerne le notariat, la moralité est descendue aujourd'hui à un niveau fort bas. Les statisticiens officiels ont constaté «qu'il y a dans le notariat une proportion de 43 accusés sur 10,000 individus, alors que la moyenne pour l'ensemble de la population de la France est de un accusé pour le même nombre d'individus». Dans un rapport du garde des sceaux au Président de la République, publié par l'Officiel le 31 janvier 1890, je trouve le passage suivant: «Les désastres qui, dès 1840, avaient commencé à jeter l'inquiétude dans le public, s'accrurent progressivement à ce point qu'en 1876 un de mes prédécesseurs dut appeler spécialement l'attention des magistrats du parquet sur la situation du notariat. Les destitutions et les catastrophes notariales se reproduisaient avec un caractère de gravité et de fréquence inaccoutumé. Le chiffre des sinistres s'élevait successivement de 31 en 1882; à 41 en 1883; à 54 en 1884; à 71 en 1886, et le total des détournements commis par les notaires représentait plus de 62 millions pour la période comprise en 1880 et 1886. En 1889, enfin, 103 notaires ont dû être destitués ou contraints de céder leur étude.» Si l'on rapproche de ces faits la chute successive de nos plus grandes entreprises financières (Comptoir d'escompte, Dépôts et comptes courants, Panama, etc.), il faut bien reconnaître que les invectives des socialistes contre la moralité des classes dirigeantes ne sont pas sans fondement. Les mêmes symptômes de démoralisation profonde s'observent malheureusement chez tous les peuples latins. Le scandale des banques d'Etat italiennes où le vol se pratiquait sur une immense échelle par les hommes politiques les plus haut placés, la faillite du Portugal, la misérable situation financière de l'Espagne et de l'Italie, la décadence profonde des républiques latines de l'Amérique, prouvent que le caractère et la moralité de certains peuples ont reçu d'incurables atteintes et que leur rôle dans le monde est bien près d'être terminé.

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