Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Историческая проза » Paris vaut bien une messe
Paris vaut bien une messe - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Paris vaut bien une messe

Электронная книга - «Paris vaut bien une messe». Краткое содержание книги:

Paris vaut bien une messe
1 ... 27 28 29 30 31 32 33 34 35 ... 57
Перейти на страницу:

Mais la vertu, Seigneur, était-elle encore de ce monde ?

J’étais ainsi dans mes pensées, cherchant l’auberge où je devais passer la nuit, quand des hommes m’ont entouré, l’épée à la main.

J’ai reconnu Séguret, Jean-Baptiste Colliard, d’autres spadassins huguenots que j’avais vus à Paris devant la maison du n° 7 de la rue de l’Arbre-Sec ou devant l’hôtel de Ponthieu.

Il ne me servait à rien de tirer mon épée hors du fourreau.

— Tu vas rendre gorge pour notre amiral et nos compagnons que vous avez massacrés, a rugi Séguret.

Il a levé son arme, en appuyant la pointe contre ma poitrine.

J’ai pensé à Anne de Buisson.

Et tout à coup elle a été là avec des serviteurs qui portaient des torches.

Elle s’est avancée, se plaçant devant moi, disant qu’elle me devait la vie et qu’il faudrait la lui prendre avant que de me tuer. Les spadassins ont rengainé leurs armes et je me suis retrouvé en face d’elle, dans la lueur mouvante des torches. Anne me fixait, le visage altier, la bouche boudeuse, avec un air d’arrogant défi.

— Partez ! a-t-elle dit. Sinon, ils vous tueront, quoi qu’en pensent Henri de Navarre et mon époux.

Elle a haussé la voix en sorte que je ne perde aucun des mots qu’elle prononçait.

— Ils veulent venger le sang des nôtres avec le vôtre.

Peut-être allais-je arguer que je n’avais pas participé au massacre ? Elle m’a devancé.

— Vous m’avez sauvée plusieurs fois, en Espagne, rue de l’Arbre-Sec, je ne l’ai pas oublié. Mais tant d’autres ont été tués par les gens de votre camp !

— Je ne veux être que du camp de Dieu.

— Sur terre, il n’y a que des hommes, a-t-elle répondu. Ce ne sont pas les hommes qui choisissent Dieu, mais Dieu qui les choisit.

La pluie s’est mise à tomber, drue et froide. Les flammes des torches ont vacillé.

— Votre époux ? ai-je murmuré.

Ses tresses, sous l’averse, s’étaient dénouées et ses longues mèches couvraient ses épaules. Sa robe collait à son corps, en dessinant les formes, et je fus saisi par le désir de la serrer contre moi, comme autrefois, sous cet escalier du palais du Louvre, le jour du mariage entre ce Henri de Navarre, le Puant, et Marguerite de Valois dont elle, Anne, paraissait l’amie.

Elle a ri.

— C’est un présent du roi de Navarre, a-t-elle dit.

Le porc l’avait mariée à un gentilhomme complaisant, ai-je d’abord pensé. Puis, tout à coup, j’ai porté la main à mon épée en me souvenant de ce que Henri de Navarre avait dit du présent qu’il avait offert à mon frère Guillaume.

Il avait donc fait cela, et Guillaume avait accepté de prendre Anne de Buisson pour épouse afin de complaire à son souverain !

Tuer, tuer !

Oui, Seigneur, j’ai été emporté par la rage.

J’ai saisi Anne par les épaules et l’ai secouée en hurlant.

Les serviteurs se sont précipités, me repoussant avec les flammes de leurs torches.

— Je suis maintenant de votre famille, a-t-elle lancé en s’éloignant.

Tuer, tuer !

Ce prince et ce frère cyniques qui pouvaient enfermer dans leurs bras le corps d’Anne de Buisson, que je voyais disparaître dans cette nuit rayée par la pluie.

23.

— Qu’ils crèvent tous !

J’ai crié ces mots en quittant Nérac sous un déluge qui me glaçait les os.

Mort-Dieu !

J’ai blasphémé en éperonnant mon cheval jusqu’à ce qu’il tombe, jambes brisées, après avoir heurté un arbre que le vent avait déraciné et qui barrait le chemin.

Il a tenté de se redresser, sa croupe agitée de soubresauts.

Je me souviens que j’ai caressé son encolure, ému aux larmes, prêt à m’agenouiller, à Vous implorer, Seigneur, pour lui et pour moi.

Et puis j’ai reculé d’un pas.

Mort-Dieu !

Vous m’aviez infligé la plus humiliante, la plus inattendue des souffrances ! Que pouvais-je craindre de l’enfer ? J’étais déjà au fond de l’abîme, le corps broyé, écorché vif.

Celle que j’aimais, celle que Vous aviez mise sur ma route, à qui j’avais sauvé la vie – ce que Vous aviez permis, Seigneur –, respirait à présent la puanteur de l’hérétique, qu’il fut roi de Navarre ou mon propre frère !

Qu’avais-je à attendre de Vous, mort-Dieu ?

Elle l’avait dit, cette putain blonde, cette huguenote : Dieu choisit les hommes qu’il veut sauver.

Mort-Dieu, Vous ne m’aviez pas élu ! Vous me replongiez le visage dans la fange !

J’ai cherché mon cornet à poudre. J’ai armé mon pistolet. Mais l’amorce était trempée par cette pluie qui n’avait pas cessé.

Vous vouliez donc que ce cheval agonise, qu’il soit la proie des loups qui viendraient le flairer, le déchiqueter encore vivant !

C’était cela, le monde, mort-Dieu !

J’ai tué mon cheval en lui tranchant la gorge et le sang a jailli, me couvrant les mains, chaud, brûlant même.

Mort-Dieu, c’était cela, la vie !

Point de paix ! Point de pitié ! Point d’entente entre sujets du même royaume ! Mais la guerre !

Qu’ils crèvent tous, mort-Dieu !

J’ai vécu la tête pleine de ces pensées durant des mois et même des années.

Vico Montanari s’étonnait. Je refusais de rencontrer Michel de Polin, qui continuait d’espérer que Henri de Navarre et Henri III firent alliance pour établir la paix dans le respect des religions de l’un et de l’autre. N’étaient-elles pas toutes deux issues de l’enseignement du Christ ?

« Ne vaudrait-il pas mieux ouïr cinq cents messes tous les jours ou cinq cents lectures de la Bible, que d’allumer une guerre civile ? » disait Michel de Polin.

Je ricanais lorsque Montanari me rapportait ces propos.

J’avais vu le porc de Navarre entouré de ses truies, qu’elles eussent pour noms Anne de Buisson, la Petite Fosseuse, la comtesse de Guiche ou la reine Margot, sans oublier toutes ces autres, servantes et paysannes, châtelaines et suivantes, filles vierges ou épouses rouées.

J’étais son ennemi.

Qu’on le tue ! Qu’ils crèvent tous !

Le père Veron ne prêchait-il pas que le devoir de tout catholique était de livrer à Dieu le corps mort de l’hérétique ?

J’étais de cet avis.

Diego de Sarmiento me serrait contre lui.

— Tu es de Castille ! se rengorgeait-il.

Il m’envoya auprès de Henri le Balafré, duc de Guise, lui remettre les milliers de doublons que lui offrait Philippe II pour lever des troupes qui, le jour venu, pourraient servir les desseins de l’Espagne, vaincre l’armée huguenote et porter sur le trône de France un roi décidé à soutenir la politique espagnole, en lieu et place de ce Henri III qui balançait comme une femme.

Je déposai devant Henri de Guise les sacs remplis de pièces d’or.

J’approuvais Diego de Sarmiento, Enguerrand de Mons, les pères Verdini et Veron quand ils s’indignaient des propos tenus par Henri III à ses mignons.

Le frère de Henri III étant mort, c’était désormais Henri de Navarre qui se trouvait être l’héritier du trône.

J’imaginais déjà les bals et les banquets donnés au Louvre, mon frère Guillaume s’avançant vers le nouveau souverain, accompagné de son épouse, Anne de Buisson.

Mort-Dieu, n’avais-je donc vécu que pour assister à cela ?

Que pour entendre Henri III dire, en tendant ses mains baguées vers le feu de la cheminée :

— Je reconnais le roi de Navarre pour mon seul et unique héritier. C’est un prince bien né et de bon naturel. Mon naturel a toujours été de l’aimer et je sais qu’il m’aime. Il est un peu colère et piquant, mais le fond en est bon. Je m’assure que mes humeurs lui plairont et que nous nous accommoderons bien ensemble…

Il fallait à tout prix empêcher cela !

1 ... 27 28 29 30 31 32 33 34 35 ... 57
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)