Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Albin Michel
- ISBN: 978-2-226-22436-1
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:
En fait, il tardait à Julia de relever ce défi, et le visage affligé de Dodee Sanders commença à s’effacer de son esprit.
3
Quand elle entra, Horace lui adressa un regard de reproche. Mais il n’y avait aucune tache humide sur le tapis ni de petits paquets marron sous la chaise de l’entrée — endroit magique que le chien paraissait croire invisible aux yeux humains. Elle lui passa sa laisse, le sortit et attendit patiemment pendant qu’il pissait dans son caniveau préféré, oscillant un peu sur place ; Horace avait quinze ans, ce qui était vieux pour un corgi. Pendant ce temps, Julia regarda la bulle blanche de lumière à l’horizon. Elle lui faisait l’effet d’une image sortie tout droit d’un film de science-fiction de Steven Spielberg. Son éclat était plus puissant que jamais, et Julia entendait les bourdonnements des hélicoptères, lointains mais permanents. Elle aperçut même la silhouette de l’un d’eux, traversant l’immense arc illuminé. Combien de fichus projecteurs étaient donc branchés là-bas ? Motton-nord donnait l’impression d’être devenu un terrain d’atterrissage militaire en Irak.
Horace décrivait maintenant des cercles paresseux, reniflant partout afin de déterminer l’endroit parfait pour le rituel d’élimination de ce soir, effectuant la si populaire danse canine, le tango-crotte. Julia en profita pour essayer une fois de plus son portable. Comme cela s’était produit trop souvent depuis le début de la soirée, elle eut droit à la série normale des bips… puis rien que le silence.
Je vais devoir photocopier le journal. Ce qui signifie que je ne pourrai pas le tirer à plus de sept cent cinquante exemplaires.
Depuis vingt ans, The Democrat n’était plus imprimé sur place. Jusqu’en 2002, Julia avait apporté chaque semaine la maquette à une imprimerie de Castle Rock, mais aujourd’hui elle n’avait même plus à se déplacer. Elle envoyait les pages par courriel tous les jeudis soir, le journal imprimé étant livré par View Printing avant sept heures le lendemain matin, maintenu par du plastique en liasses impeccables. Pour Julia, qui avait connu les corrections faites à la main et les copies tapées à la machine striées de ratures, cela relevait de la magie. Et, comme toute magie, pas tout à fait digne de confiance.
Méfiance justifiée ce soir : elle réussirait peut-être à envoyer la maquette à View Printing, mais personne ne pourrait livrer les exemplaires demain matin. Elle avait bien l’impression que demain matin, personne ne pourrait s’approcher à moins de huit kilomètres des limites de Chester’s Mill. Heureusement pour elle, il y avait un superbe et gros générateur dans l’ancienne salle d’imprimerie, la photocopieuse était un monstre, et elle disposait de plus de cinq cents rames de papier dans la réserve du fond. Si elle pouvait demander un coup de main à Pete Freeman… ou à Tony Guay, qui couvrait les sports…
Horace, pendant ce temps, avait enfin pris position. Quand il eut terminé, elle entra en action avec un petit sac vert étiqueté Doggie Doo, se demandant ce que Horace Greeley aurait pensé d’un monde dans lequel recueillir les crottes de chien dans le caniveau était non seulement socialement recommandé, mais imposé par la loi. Il se serait tiré une balle dans la tête, pensa-t-elle.
Une fois le sac rempli et fermé, elle essaya de nouveau son téléphone.
Rien.
Elle fit rentrer Horace et lui donna à manger.
4
Son portable sonna pendant qu’elle boutonnait son manteau, s’apprêtant à se rendre en voiture jusqu’à la barrière. Elle avait son appareil photo en bandoulière et faillit le laisser tomber en farfouillant nerveusement dans sa poche. Elle regarda le numéro et ne vit que les mots APPEL PRIVÉ.
« Allô ? » dit-elle, avec sans doute une certaine tension dans la voix car Horace — qui attendait près de la porte, plus que prêt pour une expédition nocturne à présent qu’il était soulagé et rassasié — dressa les oreilles et la regarda.
« Mrs Shumway ? » Une voix d’homme. Nette. Un ton officiel.
« Ms Shumway, le corrigea-t-elle. Qui est à l’appareil ?
— Colonel James Fox, Ms Shumway. Armée de terre des États-Unis.
— Et à quoi dois-je l’honneur de cet appel de l’armée de terre des États-Unis ? »
Elle entendit le sarcasme dans sa voix et le regretta aussitôt — ce n’était pas professionnel — mais elle avait peur, et la raillerie était toujours sa première réaction dans ces cas-là.
« J’ai besoin d’entrer en contact avec un homme du nom de Dale Barbara. Est-ce que vous le connaissez ? »
Bien entendu, qu’elle le connaissait. Et elle avait été étonnée de le voir au Sweetbriar Rose, un peu plus tôt dans la soirée. Il était cinglé d’être resté en ville — et Rose ne lui avait-elle pas dit elle-même, hier, qu’il lui avait rendu son tablier ? L’histoire de Barbara était l’une des centaines que Julia connaissait mais qu’elle n’avait jamais écrites. Lorsqu’on publie un journal dans une petite ville, on laisse le couvercle sur bon nombre de pots nauséabonds. Il faut choisir ses combats. À la manière dont Junior Rennie et ses amis avaient choisi le leur, elle en était certaine. Et elle doutait beaucoup que les rumeurs concernant Barbara et la bonne amie de Dodee, Angie, fussent vraies, de toute façon. Ne serait-ce que parce qu’elle pensait que Barbara avait meilleur goût.
« Ms Shumway ? » Voix sèche, officielle. Une voix de l’extérieur. Elle en voulait à son correspondant rien que pour cela. « Vous êtes encore en ligne ?
— Oui, toujours. Oui, je connais Dale Barbara. Il est cuisinier au restaurant de Main Street. Pourquoi ?
— Il n’a pas de téléphone, semble-t-il, et le restaurant ne répond pas.
— Il est fermé…
— Et les lignes fixes ne fonctionnent évidemment pas.
— Rien dans cette ville ne semble très bien fonctionner, ce soir, colonel Cox. Y compris les portables. Je remarque cependant que vous n’avez eu aucun mal à me joindre, ce qui me fait me demander si vos petits camarades ne sont pas responsables de cet état de fait. » Sa fureur — née de sa peur, comme son ton sarcastique — la surprit elle-même. « Qu’avez-vous fait ? Qu’est-ce que vous nous avez fait ?
— Rien. Pour autant que je le sache, rien. »
Elle était tellement stupéfaite qu’aucune répartie ne lui vint à l’esprit. Ce qui ne ressemblait vraiment pas à la Julia Shumway que les résidents de Chester’s Mill connaissaient.
« Sauf pour les téléphones portables, en effet, dit-il. Les appels en provenance de ou vers Chester’s Mill sont à peu près tous coupés. Pour des questions de sécurité nationale. Et avec tout le respect que je vous dois, madame, vous auriez pris la même décision, si vous aviez été à notre place.
— Vous me permettrez d’en douter.
— Vraiment ? » Il paraissait intéressé, pas en colère. « Dans une situation sans précédent dans l’histoire du monde, alors que nous sommes en présence, semble-t-il, d’une technologie allant bien au-delà de ce que nous ou n’importe qui d’autre serait capable de comprendre ? »