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Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]

Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:

Le Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort. A la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand — ou si — il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient. Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran de l’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville…
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Bien entendu, son Horace à elle considérait qu’elle était une réussite, ce qui en faisait le chien le plus sympa de la terre, selon les critères de Julia. Elle lui ferait faire sa promenade dès qu’elle serait arrivée chez elle, puis l’amadouerait en ajoutant quelques restes de steak à sa pâtée. Cela leur ferait du bien à tous les deux, et pour une raison ou pour une autre, elle avait besoin de se faire du bien — parce qu’elle était troublée, ce soir.

Ce qui n’avait rien de nouveau pour elle. Cela faisait quarante-trois ans qu’elle habitait Chester’s Mill et, depuis dix ans, elle aimait de moins en moins ce qui se passait dans sa ville natale. Elle s’inquiétait de l’inexplicable détérioration du réseau d’égouts et de l’usine de traitement des eaux usées, en dépit de tout l’argent qui avait été mis dedans ; elle s’inquiétait de la fermeture prochaine de Cloud Top, la station de ski de la ville ; elle craignait que Jim Rennie ne pille davantage les caisses de la municipalité que ce qu’elle soupçonnait déjà (et elle le soupçonnait de s’en mettre plein les poches depuis des années). Et elle était bien entendu inquiète à cause des derniers éléments, qui lui paraissaient trop énormes pour être compréhensibles. Chaque fois qu’elle essayait de les analyser, son esprit se rabattait sur un élément secondaire, mais concret : par exemple, la difficulté croissante qu’elle avait à utiliser son téléphone portable. Et elle n’avait pas reçu un seul appel, ce qui était des plus troublants. Sans même parler des parents et amis à l’extérieur de la ville qui avaient certainement tenté de la joindre, elle aurait dû être noyée sous les appels des autres journaux : le Lewiston Sun, le Press Herald de Portland et peut-être même le New York Times.

Tout le monde avait-il le même problème à Chester’s Mill ?

Elle devrait se rendre jusqu’à la ligne de démarcation de Motton et voir par elle-même ce qu’il en était. Si elle n’arrivait pas à joindre Pete Freeman, son meilleur photographe, au téléphone, elle pourrait prendre quelques clichés avec son appareil numérique, qu’elle appelait son Nikon de secours. Elle avait entendu dire que des zones de quarantaine avaient été établies côté Motton et Tarker’s Mill de la barrière — et probablement du côté de toutes les autres villes mitoyennes — mais il était possible de s’en approcher, de l’intérieur. On pourrait bien lui crier tout ce qu’on voudrait, si la barrière était aussi imperméable qu’on le disait, cela n’irait pas plus loin.

« Bâtons et pierres me jetteront à terre, jamais les mots ne seront source de maux », dit-elle à voix haute. Tout à fait vrai. Si les mots avaient pu la blesser, Jim Rennie l’aurait expédiée depuis longtemps en soins intensifs, après l’article qu’elle avait pondu sur la mascarade de l’audit ordonné par l’État, trois ans auparavant. Certes, il s’était beaucoup répandu en menaces de procès, mais ce n’était que des menaces ; elle avait même un instant envisagé un éditorial sur la question, surtout parce qu’elle avait trouvé une manchette sensationnelle : OÙ SONT DU PROCÈS LES MENACES PASSÉES ?

Si bien que oui, elle avait des raisons de s’inquiéter. Des raisons inhérentes à son boulot. Elle avait moins l’habitude de s’inquiéter de son propre comportement ; mais aujourd’hui, alors qu’elle se tenait à l’angle de Main Street et de Commonwealth Street, c’était le cas. Au lieu de tourner à gauche sur Main, elle regarda le chemin qu’elle venait de parcourir. Et murmura, du ton qu’elle employait d’ordinaire avec Horace : « Je n’aurais pas dû laisser cette gamine tout seule. »

Ce que n’aurait pas fait Julia si elle avait été en voiture. Mais elle était à pied et, de plus, Dodee avait beaucoup insisté. Elle dégageait une odeur, aussi. De l’herbe ? On aurait bien dit. Non pas que Julia y fût foncièrement opposée. Elle avait pas mal fumé elle-même, dans le temps. Et cela aurait peut-être un effet calmant sur la fille. Émousserait un peu un chagrin si aigu qu’elle risquait de s’y blesser.

« Ne vous inquiétez pas pour moi, lui avait dit Dodee, je trouverai mon papa. Mais il faut tout d’abord que je me change. » Elle avait montré la robe qu’elle portait.

« Je vais t’attendre », avait répondu Julia… qui n’en avait aucune envie. La journée était loin d’être terminée, à commencer par le chien qu’il fallait promener. Horace devait être sur le point d’exploser, n’ayant pas pu sortir à cinq heures, et il devait avoir faim. Quand cette question serait réglée, il lui faudrait aller voir ce que les gens appelaient la barrière. Aller la voir de ses propres yeux. Photographier ce qu’il y avait à photographier.

Elle n’en aurait pas fini pour autant. Elle allait devoir prévoir une édition spéciale du Democrat. C’était important pour elle, et cela pouvait être important pour la ville. Certes, toute l’affaire risquait d’être terminée dès demain, mais Julia avait l’impression — que ce soit dans sa tête ou dans son cœur — qu’il n’en serait rien.

N’empêche. Dodee Sanders n’aurait pas dû se retrouver toute seule. Elle avait paru tenir le coup, mais ce n’était peut-être que le choc et le déni passant pour du calme. Et l’herbe, bien sûr. Cependant, elle s’était montrée cohérente.

« Ce n’est pas la peine, avait-elle répondu. Je ne veux pas que vous m’attendiez.

— Je ne suis pas sûre qu’il soit très sage que tu restes toute seule, mon petit.

— Je vais aller chez Angie », avait répondu Dodee. Elle avait paru se rasséréner un peu à cette idée, même avec les larmes qui continuaient à couler sur sa figure. « Elle m’accompagnera pour chercher papa. » Elle avait hoché la tête. « C’est avec Angie que j’ai envie d’être. »

De l’avis de Julia, la petite McCain n’avait guère plus de jugeote que la petite Sanders, laquelle avait hérité du physique de sa mère mais, hélas, des capacités intellectuelles de son père. Angie était une amie, cependant, et s’il y avait jamais eu amie ayant besoin d’une amie, ce soir, c’était bien Dodee Sanders.

« Je pourrais vous accompagner… » Sauf qu’elle n’en avait pas envie et que la fille, en dépit de son chagrin tout neuf, devait sans doute s’en rendre compte.

« Non, c’est juste à quelques coins de rue.

— Eh bien…

— Ms Shumway… êtes-vous certaine ? Êtes-vous certaine que ma mère… »

À contrecœur, Julia avait acquiescé. C’était Ernie Calvert qui lui avait donné confirmation du numéro, sur la queue de l’avion. Il lui avait donné aussi un autre élément, quelque chose qu’il aurait davantage convenu de confier à la police. Julia aurait peut-être insisté pour qu’Ernie le fasse, s’il n’y avait eu cette nouvelle affligeante que Duke Perkins était mort et que c’était cette fouine incompétente de Randolph qui le remplaçait.

Ce qu’Ernie avait donné à Julia était le permis de conduire taché de sang de Claudette. Il était dans sa poche au moment où elle se tenait sur le porche des Sanders, et dans sa poche il était resté. Elle le restituerait à Andy ou à cette gamine pâle aux cheveux frisottés le moment venu… car ce n’était pas le moment.

« Merci », avait dit Dodee d’une voix polie et triste. Et maintenant, partez. Je n’ai pas envie d’être désagréable, mais… »

Et qu’avait fait Julia Shumway ? Obéi à l’ordre d’une jeune fille bourrelée de chagrin qui était peut-être trop shootée pour être entièrement responsable d’elle-même. Mais Julia avait, elle aussi, des responsabilités à prendre ce soir, aussi délicate qu’eût été la situation. Horace, déjà. Et le journal. Les gens pouvaient bien rigoler des photos granuleuses en noir et blanc de Pete Freeman, ou bien des longs articles que The Democrat consacrait à des événements comme la fête de l’école (« Le bal de la nuit enchantée du collège de Chester’s Mill ») ; ils pouvaient bien prétendre que la seule utilité pratique de ce canard était de servir de litière pour les chats, ils en avaient besoin, en particulier quand il se passait quelque chose de dramatique. Julia entendait bien livrer le journal le lendemain, même si elle devait rester debout toute la nuit pour ça. C’était d’autant plus probable que les deux reporters qu’elle employait régulièrement se trouvaient hors de la ville pour le week-end.

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