La Lionne des Kagonestis
- Автор: Berberick Nancy Varian
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-07818-2
- Переводчик: Anne-Virginie Tarall
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Lionne des Kagonestis». Краткое содержание книги:
Toute la saison qui suivit son humiliation, le Chevalier du Crâne se fit rare.
Kerian lâcha les lièvres, posa son arc et s’accroupit près d’un cadavre, un humain en armure noire qui avait la gorge percée de six flèches empennées de blanc.
— Des Kagonestis ont eu le chevalier, dit Jeratt. Ils n’ont pas tué les autres...
Trois elfes avaient été massacrés à coups d’épée. Des chasseurs... L’un d’eux avait péri exsangue, l’artère de la jambe gauche sectionnée. L’épais filet de sang noirci évoquait un fil tiré pour détricoter sa vie... Le deuxième avait eu la gorge tranchée.
Le crâne fracassé, le troisième avait été piétiné à mort.
Quant au chevalier qui les avait tués... Kerian eut un sourire carnassier.
L’homme avait payé de sa vie.
— Tu as un drôle d’air, Kerianseray...
Elle montra le sang gelé.
— Les chevaliers tuent des elfes dans les collines, Jeratt, des Kagonestis et des Qualinestis. Devrais-je m’en réjouir ?
Hantée par leurs conversations passées, Kerian dévisagea son compagnon. Les tributs exigés par Béryl saignaient à blanc un royaume jadis riche et prospère. Accablés par les rigueurs de l’hiver, les rebelles tentaient de se réchauffer en partageant leurs espoirs, et ils se remémoraient les rois d’antan, jusqu’à Silvanos qui avaient rassemblé les elfes au Silvanesti...
De tels récits enflammaient les cœurs et les imaginations. Mais les exilés accepteraient-ils de combattre les chevaliers quand Kerian en donnerait l’ordre ? Lèveraient-ils leurs épées au nom d’un roi qu’ils avaient toutes les raisons de mépriser ?
Tu peux compter sur eux, répétait Jeratt chaque fois qu’elle lui faisait part de ses doutes.
Kerian ramassa ses lièvres.
— Viens. Tu veux les donner à la veuve ou tu préfères que j’y aille seule ?
Ils descendirent au pied de la colline. L’air frais leur rougissant les joues, les deux amis marchaient vite. Une pierre ici, un tronc d’arbre cagneux là... Ils n’avaient pas besoin d’autres repères. Ils contournèrent un rocher et continuèrent vers l’ouest, passant sous les branches chargées de neige des pins, si basses qu’elles formaient un tunnel. Puis ils marquèrent une pause et observèrent la vallée qui s’étendait devant eux, avec sa chaumière caractéristique en pierre... Elle avait appartenu à un fermier prospère et à sa famille. Mais son fils et lui étaient morts, victimes d’un accident de chasse.
Felyce, la veuve, refusait de quitter son domaine.
De la fumée montait de la cheminée. Des poules picoraient le sol boueux de la cour, cherchant les grains de maïs qui leur avaient échappé. Rien ne bougeait autour de l’étable et de la grange, construites au nord de la propriété.
Alertée par un silence anormal, Kerian tendit l’oreille. Les vaches devaient être rentrées dans l’étable. En cette saison, la nuit tombant toujours très vite, Felyce n’aimait pas courir après ses laitières...
Jeratt se rapprocha de sa compagne, son souffle lui chatouillant la joue.
— C’est trop calme...
Subrepticement, Kerian saisit son arc.
Des effluves de sève, de musc... Un daim... Elle crut même percevoir une odeur d’équidé. Mais le vent retomba.
Un vol de corbeaux assombrit le ciel.
Une lampe s’alluma à la fenêtre, près de la porte.
— Bien, soupira Jeratt.
Il dévala la colline à grandes enjambées. Son ascendance humaine le faisait paraître légèrement plus vieux qu’un elfe de pure souche au même âge. Mais la lumière rasante de fin du jour et l’impatience le rajeunissaient singulièrement...
Kerian le suivit, ouvrant l’œil. Elle huma l’air et capta de nouveau une odeur caractéristique de daim. Aucun relent habituel d’étable, en revanche... Elle ne sentit pas non plus de fumet alléchant de soupe, de ragoût ou de rôti. Pourtant, à une heure si tardive, une fermière était toujours à ses fourneaux.
La jeune elfe s’arrêta et tendit l’oreille. Le ciel était dégagé. Pourquoi les vaches se taisaient-elles ?
— Jeratt..., appela-t-elle tout bas.
Le demi-elfe se retourna et la vit écarquiller les yeux... Felyce était sortie sur le seuil de sa demeure. Même à cette distance, sa pâleur anormale et la manière dont elle se tordait nerveusement les mains se remarquaient forcément.
Kerian rattrapa Jeratt et le retint.
— Attends..., murmura-t-elle.
Sous ses doigts, elle le sentit trembler.
S’armant de naturel, Kerian lança :
— Bonsoir, Felyce ! On passe à l’improviste, alors j’espère que ça ne te dérange pas... Nous t’apportons des lapins.
— En effet, je ne vous attendais pas, maîtresse Gellis..., répondit Felyce, entrant dans le jeu. Je vous croyais en visite dans votre famille...
— L’hiver nous a pris de court, lança Kerian. Je suis coincée par ici, que ça me plaise ou non. Au printemps... (elle flanqua un coup de coude à Jeratt) ... mon père et moi irons à Lauranost.
Outré, Jeratt écarquilla les yeux... Mais il se tut. Il tendit les lièvres à Felyce, qui approcha.
— Partez, murmura-t-elle, très pâle, la peur brillant dans ses yeux. Il y a un chevalier dans la maison. Et d’autres vont arriver.
Une ombre noire se découpa derrière la fenêtre.
— Tu vas bien, Felyce ? demanda Jeratt.
— Oui. (Elle écarta une mèche de sa joue.) L’homme ne m’a pas fait de mal. Il attend ses camarades.
— Pourquoi sont-ils ici ?
Felyce secoua la tête.
— Je l’ignore. Il est du genre taciturne. Je crois que ce sont des éclaireurs, Kerian. Ils traquent les Kagonestis, mais ils n’ont pas oublié ce qui les a attirés ici, l’an dernier.
Kerian flanqua une claque sur l’épaule de Jeratt.
— Allons-y.
L’elfe sembla hésiter.
— Pars, insista Felyce, du rose colorant ses joues pâles. Merci pour le gibier. Maintenant, partez !
Ils obéirent avant que l’hôte indésirable de Felyce ne revienne à la fenêtre. Mais ils ne s’éloignèrent pas et contournèrent la vallée en quête d’un bon poste d’observation. Puis ils s’installèrent sur un éperon rocheux qui dominait la région.
La nuit tomba. Trois chevaliers visiblement éreintés arrivèrent par la piste que les deux elfes venaient d’emprunter. L’un d’eux désigna la lumière et éperonna son cheval. Les autres l’imitèrent.
Pensive, Kerian les observa. Quand ils eurent atteint la porte, elle se pencha vers Jeratt.
— Ils passeront la nuit là. Je doute qu’ils s’en prennent à Felyce.
Jeratt leva son arc.
— Non ! dit Kerian. Si nous intervenons, ces hommes la tueront. Tu peux y compter. Retourne au camp.
En cette saison, le fief rebelle abritait tout juste dix-huit guerriers.
— Ramène dix des nôtres. En ton absence, il n’arrivera rien de mal à Felyce. Ensuite, ces salauds seront faits comme des rats !
Jeratt sourit. Et s’éclipsa sans un mot.
Il ne fut pas long à revenir.
Kerian suivit du regard une chouette qui, les ailes déployées, planait en silence. Du haut de son perchoir, indétectable, elle écoutait le vent murmurer dans les arbres. Tels de gros yeux orange, les fenêtres de la ferme brillaient dans la nuit. Parfois, un chevalier passait devant l’une d’elles, à l’étage ou au rez-de-chaussée.
— Ils sont en terrain conquis, ma parole ! fulmina Jeratt. Ils se croient chez eux, ces chiens !
— Ils ne lui feront pas de mal tant qu’ils auront besoin d’elle pour cuisiner et les servir, rappela Kerian, méprisante.
Ils avaient vu Felyce sortir trois fois pour aller puiser de l’eau au ruisseau, derrière la ferme. Grâce à la lumière de la cheminée, ils l’avaient regardée mettre la table et servir des portions généreuses aux intrus.