La Lionne des Kagonestis
- Автор: Berberick Nancy Varian
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-07818-2
- Переводчик: Anne-Virginie Tarall
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Lionne des Kagonestis». Краткое содержание книги:
Le silence de Kerian en dit long...
— Je ne te traiterai plus d’idiote, mais un jour, il faudra que tu apprennes à réfléchir avant d’agir. Tu as l’esprit vif, Kerian, et tu es brillante.
« Cela dit, ma fille, tu as quitté le palais de ton roi pour la forêt dans le but de retrouver un frère qui n’a pas eu le bon sens de s’en réjouir. Maintenant, tu échafaudes un plan dont ton souverain ne doit même pas oser rêver. Tu t’enthousiasmes vite. Parfois, c’est un bien... Pas toujours !
Kerian flanqua un coup de pied dans la poussière. Jeratt fit de même. À eux deux, ils étouffèrent le feu.
— Même quand j’estime que tu... hum... n’es pas très sensée, je suis avec toi, Kerianseray du Qualinesti. J’aime l’éclat de ta lame.
Si Jeratt aimait l’éclat de la lame de Kerian, le seigneur Thagol apprit vite à le haïr... Il dut bientôt doubler les escortes des caravanes en route pour Acris. Au début, on prit les attaques pour des incidents sporadiques, mais il fallut rapidement se rendre à l’évidence. Quel que soit le nombre de chevaliers, les rebelles faisaient preuve d’une grande efficacité. Les survivants parlaient d’une horde d’elfes qui semblait sans cesse grossir. Et la tactique de ces hors-la-loi n’était pas prévisible – pour la simple raison qu’ils la réinventaient chaque jour.
Bayel et Felan se joignirent à Kerian et Jeratt. D’autres jeunes fermiers et fermières des vallées se rallièrent à eux. Ils ne formaient jamais un groupe identifiable. Tantôt ils attaquaient à huit, tantôt à neuf ou à dix. Ensuite, ils se dispersaient et retournaient à leurs travaux agricoles, comme de paisibles citoyens d’un royaume qui saignait... Leurs tâches accomplies, ils répondaient à l’appel, et chacun se méfiait des collaborateurs, ces ennemis invisibles. Tous tenaient leur langue.
On les nomma les Ombres de la Nuit, car ils frappaient souvent à la lumière de la lune et disparaissaient avant d’avoir pu être identifiés. Leurs visages noircis à la suie faisaient ressortir leurs yeux.
Les Ombres de la Nuit... Kerian prononçait ce nom devant ses guerriers de plus en plus nombreux comme s’il s’agissait d’un Ordre renommé...
— Ils sont sortis du bois, de partout..., souffla un chevalier agonisant à son maître.
Le Chevalier du Crâne prit la tête de l’homme entre ses mains et se pencha, jusqu’à ce qu’il voie uniquement ses pupilles. Le mourant frissonna, et sa blessure saigna de plus belle. Il sentit Thagol arpenter son esprit.
Le seigneur voulait un nom, un visage, une silhouette... connaître son ennemi. Mais l’agonisant ne put rien lui donner de tout ça.
Il n’eut pas le temps de mourir de ses blessures...
Les Ombres de la Nuit changèrent de stratégie.
Les rebelles frappèrent plus vite et plus fort, tuant autant de chevaliers que possible avant d’attirer les survivants dans un piège... D’autres elfes leur tombaient dessus en lançant des cris de guerre à glacer les sangs. Les rebelles ne faisaient pas de quartier – et aucun prisonnier, chevalier ou draconien. Ils détroussaient leurs victimes, collectaient les pièces d’équipement dont ils avaient besoin, et détruisaient le reste.
Parfois, des Ombres de la Nuit mouraient dans les combats, mais leurs frères d’armes emportaient les corps. Ainsi, les occupants ne savaient plus à qui se fier.
Dans sa taverne, à Acris, Thagol sonda brutalement l’esprit de ses blessés. Puis il envoya un message à la cantonade : l’elfe qui lui apporterait la tête d’un des hors-la-loi serait richement récompensé.
Même alors, il ne connut pas le visage de son ennemi.
Jusqu’au jour où il eut vent d’une attaque avant qu’elle n’arrive.
XIV
Felan se tenait devant le seigneur des chevaliers. De ses mains tremblantes, il faisait craquer le parchemin qu’il tendait, sa peur nettement visible. De la sueur coulait sur ses tempes.
— M-mon... seigneur, balbutia-t-il.
Thagol ne leva pas les yeux de la carte de la région étalée devant lui. Felan y vit la route de Qualinost qui reliait la capitale au reste du royaume. Ce jour-là, confié à la garde de chevaliers et de draconiens, un chariot de grains attendait dans un endroit tenu secret. D’autres le rejoindraient en nombre, et une fois le convoi formé, ce serait le départ pour Qualinost. Un des chariots serait rempli d’armes, un autre des antiques trésors dont Béryl raffolait.
Dans le Sud, colonisé par les riches manoirs, les seigneurs et les dames commençaient à s’acquitter du tribut avec leurs bijoux de famille.
Felan remarqua sur la carte une série de points rouges : les sites des dernières rencontres musclées entre les chevaliers et les Ombres de la Nuit... Aucune n’avait été à l’avantage des humains, et lors de la dernière escarmouche, quatorze hommes avaient trouvé la mort. Deux hors-la-loi avaient aussi péri, l’un d’un coup d’épée, l’autre dans la flaque d’acide laissée par le kapak qu’il venait d’occire.
Souhaitant que ses mains cessent de trembler, Felan déglutit. Il avait soif, mais il n’osait pas prendre sa gourde. Le garde draconien l’avait délesté de toutes ses armes... L’elfe avait supporté son contact glacial et son haleine puante quand il s’était emparé de sa dague, de son arc, de ses flèches et même de son couteau – que tout le monde gardait sur soi. Encore maintenant, il sentait ses mains griffues sur lui...
Vouloir prendre sa gourde serait une erreur.
— Mon seigneur..., répéta-t-il.
Derrière son comptoir, le tavernier leva la tête. Ils étaient quatre dans la salle : le chevalier, le draconien, Felan et le tavernier... Dans cette région, Thagol avait fait de l’établissement son quartier général. Le confort de la capitale lui manquait-il ? Felan en doutait. Le Chevalier du Crâne semblait être dans son élément à La Croisée des Chemins. Il y avait passé l’hiver précédent puis l’été. Le tavernier n’était pas payé pour le vin et la nourriture qu’il fournissait aux chevaliers et aux draconiens, et aucun elfe ne fréquentait plus son établissement.
Le pauvre était ruiné.
Thagol fît une autre marque sur sa carte neuve. Son visage était d’une pâleur de mort. Près de sa main, l’encrier évoquait un carafon de sang. Il l’écarta, posa sa plume et croisa le regard de l’elfe, dont les genoux tremblèrent. Son sang se glaçant dans ses veines, Felan crut que ce froid surnaturel allait provoquer l’arrêt de son cœur...
— Je vous connais ? fit Thagol.
En imagination, l’elfe entendit des bruits de pas, et il faillit se retourner. Il déglutit péniblement.
— Je suis Felan des Vallées du Nord, seigneur. Je... Nous ne nous sommes jamais rencontrés. Je vous ai apporté une... missive.
En imagination, il entendit les pas se rapprocher et jeta un discret coup d’œil par-dessus son épaule...
Le draconien puant était toujours près de la porte.
Felan tendit le parchemin taché de sueur. Mais l’encre n’avait pas coulé. Quand Thagol le prit, ses doigts effleurèrent ceux de l’elfe.
Thagol lut les quelques lignes. Le message était clair : son porteur devait être récompensé comme il le méritait.
— Et comment jugerais-je de votre mérite ?
Felan regrettait d’être là. Il aurait voulu fuir, disparaître dans la nuit...
— J’ai des informations, mon seigneur.
Thagol releva la tête. Felan songea que son visage était pâle comme la cicatrice d’une brûlure. Et ses yeux semblaient morts...
En imagination, il entendit les pas ralentir, comme s’ils approchaient du but.
— Quelles informations ?
— Les hors-la-loi... les Ombres de la Nuit... Je sais des choses... sur eux.
Le chevalier garda le silence.
— J’ai gagné leur confiance, mon seigneur... (La gorge sèche, il déglutit péniblement.) Ils jaillissent de la forêt pour faire leur sale besogne, et disparaissent aussi vite. Mais ils ne sont pas invisibles... Et leurs chefs sont seulement quatre.