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La Marquise De Pompadour Tome I

Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:

Un jour de 1744, Jeanne Poisson, belle jeune femme, rencontre, au hasard d'un bois, le roi Louis XV qui chasse, et obtient de lui la grâce d'un cerf. A la suite d'un chantage visant son père, Jeanne est bientôt obligée d'épouser un homme qu'elle n'aime pas, Henri d'Etioles. Mais le roi a à son tour succombé au charme de Jeanne et leur idylle éclate au grand jour. Les intrigues s'échafaudent et de sinistres personnages comme le comte du Barry ou le mystérieux M. Jacques manigancent dans l'ombre. Quel sera le destin de Jeanne?
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– Une surprise que te fait ce brave Henri, dit Tournehem. Cette pièce est l’exacte reproduction de celle que tu aimais tant… mais elle se trouve bien dans l’hôtel d’Étioles. Ah! çà! ajouta-t-il avec un sourire navré, mais on dirait que tu espérais… que tu croyais… Voyons… viens t’asseoir… là… sur mes genoux, comme autrefois lorsque tu étais toute petite… quand je venais te voir… entre mes longs voyages… Alors, enfant, tu mettais tes bras autour de mon cou… tu posais ta chère petite tête blonde sur mon épaule… et, levant vers moi tes yeux lumineux, tu me souriais… comme si tu avais vraiment connu l’inapaisable douleur de ma vie… comme si tu avais voulu me donner une précieuse consolation… Et alors, ma Jeanne, ma fille adorée, je sentais en effet mon désespoir s’apaiser et mes remords se fondre comme la glace sous le sourire du soleil… Tu réchauffais mon âme…

Jeanne s’était assise, avait mis ses bras autour du cou de son père et laissé tomber sa tête sur son épaule.

Mais elle ne levait pas les yeux; elle ne souriait pas: elle pleurait doucement, sans bruit.

Tournehem garda un moment le silence, puis tout à coup, gravement, il demanda:

– Jeanne… ma bien-aimée, pourquoi pleures-tu?…

– Taisez-vous, père… oh!… taisez-vous!…

– Jeanne! je veux savoir pourquoi tu pleures! Le serment que je fis à la pauvre morte de l’Ermitage; le serment que, devant toi, j’ai renouvelé sur la dalle qui couvre son éternel sommeil, Jeanne, je le tiendrai! J’ai consacré ma vie à ton bonheur: tu seras heureuse!… Réponds-moi, mon enfant… réponds-moi seulement par oui et par non… je veux t’éviter jusqu’au chagrin pénible d’un aveu… je veux chercher pour toi… Voyons.

Il parlait d’une voix grave, douce, tendre, et mettait son énergie à ne pas trembler.

– Voyons… est-ce que ce mariage te déplaît?

Par un prodigieux effort de tout son être raidi. Jeanne parvint à ne pas tressaillir…

Seulement, elle continua de pleurer, doucement.

– Tu as pu te tromper… ces choses-là arrivent… C’est cela, n’est-ce pas?… Tu as cru aimer ce pauvre Henri… tu as accepté de devenir Mme d’Étioles… et au moment suprême, tu t’es aperçue qu’il n’y avait dans ton cœur que de l’affection familiale pour ton cousin… c’est cela, parbleu! Eh bien, rassure-toi… je parlerai à Henri… Ce mariage, je parviendrai à le briser…

Cette fois, Jeanne frémit, – mais non d’espoir. Une épouvante insensée s’empara d’elle. Si son père essayait de briser l’infâme union, c’était la calomnie qui le guettait! C’était la dénonciation toute prête! C’était la formidable accusation de concussion! C’était l’échafaud!…

Elle se mordit les lèvres pour ne pas crier.

– Ce pauvre Henri! continua Tournehem. C’est un excellent cœur, je le sais. Il m’a rendu d’immenses services en s’occupant activement de la gestion de ma ferme royale, pendant mes voyages. Il mérite toute ma gratitude et toute notre affection… mais enfin je dois avouer qu’il n’est pas beau… Je m’étonnais aussi de cet amour… mais devant tes affirmations venant après les siennes, je m’étais incliné. Au fond, je n’étais pas fâché de te voir épouser mon neveu. Ainsi tu restais dans la famille… plus près de moi. C’était de l’égoïsme. J’eusse dû ouvrir les yeux, étudier, analyser… Allons, ne pleure pas, mon enfant chérie… je vais, à l’instant même, parler à Henri…

Jeanne se dressa toute droite.

La vision de son père montant à l’échafaud passa devant ses yeux.

Elle essuya ses larmes, et, d’une voix ferme, d’une voix où il y eût été impossible de saisir une hésitation, d’une voix qui traduisait admirablement le sacrifice de sa vie, elle prononça:

– Vous vous trompez, mon père: mon mariage avec Henri ne m’inspire aucun regret, aucune amertume…

– Je me trompe! s’écria Tournehem stupéfait.

– Et ce mariage, acheva Jeanne, s’il était à refaire, je n’en souhaiterais pas d’autre…

– Ainsi, tu l’aimes… vraiment?…

– Je l’aime! répondit Jeanne, sublime à coup sûr dans cette minute.

– Et tu es heureuse?…

– Oui, mon père: heureuse!…

Tournehem, pensif, prit la main de Jeanne. Cette main était glacée. Mais l’intrépide jeune femme n’avait pas un tressaillement… et elle souriait!

– Ces larmes… ton évanouissement…

– Caprice… vapeurs d’une pauvre petite tête exaltée…

– Jeanne!…

– Ces chants à l’église, ces lumières, ces parfums d’encens, la marche triomphale des orgues… vous savez, mon père, que je suis une petite détraquée… et que la musique me met les nerfs en pelote…

– Jeanne!… mon enfant… tu mens!… tu mens à ton père!…

– Je vous jure que je dis la vérité!

– Tu le jures?…

– Sur votre tête… oui, dit Jeanne dont le fin visage s’illumina de l’auréole des martyrs; sur votre chère tête, je le jure!…

– Oh! songea Tournehem au plus profond de sa conscience, est-ce que ce serait plus grave encore que je n’avais supposé? Je pressens quelque trame souterraine et formidable autour du bonheur de mon enfant!… Quoi?… Je le saurai! Dussé-je y employer ma fortune et ma vie!…

Quelques minutes plus tard, celle qui le matin encore s’appelait Jeanne-Antoinette Poisson, selon l’extrait du registre de sa paroisse, et qui s’appelait maintenant Mme Le Normant d’Étioles, Jeanne, souriante, fit son apparition dans la grande salle des fêtes, au milieu d’une foule qui représentait tout ce que Paris comptait alors de gens illustres en finances, en art et en littérature.

Elle fut acclamée.

Elle traversa au bras de son père les groupes empressés à l’admirer.

Et avec une liberté d’esprit qui eût paru prodigieuse si l’on eût connu les véritables pensées de cette enfant, avec une promptitude charmante et un merveilleux tact, elle répondit à chacun, trouva pour les artistes et les gens de lettres le mot qui flatte la vanité et amène ce sourire de gloire satisfaite sur les lèvres épanouies.

Il apparut à tous qu’elle serait une incomparable maîtresse de maison.

– Désormais, s’écria Crébillon qui avait de l’esprit même quand il n’était pas ivre, désormais il y a dix muses au lieu de neuf. Il était réservé à notre siècle de créer la muse des fêtes… sans compter que par un raffinement de grâce, il y a dans son nom un admirable anagramme…

– Lequel? fit-on curieusement.

– Sans doute; elle ne s’appelle pas d’Étioles: elle est l’étoile des Étoiles…

Ce mot fit pâlir d’envie toutes les femmes des financiers qui se trouvaient là, lesquelles se vengèrent en organisant une cabale contre le pauvre Crébillon à la première représentation de son Catilina.

À quoi tiennent les destinées d’un poète!…

La nuit vint. Vers onze heures, les derniers invités se retirèrent; Jeanne, réfugiée dans le salon du premier étage, sonna une femme de chambre et se fit conduire à la chambre à coucher. Alors elle renvoya cette fille d’un geste, et poussa les verrous. Puis elle s’assura qu’il n’y avait pas d’autre issue, d’autre porte par où celui dont elle portait le nom pût pénétrer jusqu’à elle.

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