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Contes du jour et de la nuit (1885)

Электронная книга - «Contes du jour et de la nuit (1885)». Краткое содержание книги:

Contes du jour et de la nuit est un recueil de contes de Guy de Maupassant paru en 1885 aux éditions Marpon-Flammarion, coll. Bibliothèque illustrée.
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Mais comment me tirer d’affaire ? Si elle quittait la maison, on se douterait de quelque chose et on jaserait. Si je la gardais, on verrait bientôt l’ bouquet ; et puis, je ne pouvais la lâcher comme ça.

J’en parlai à mon oncle, le baron de Creteuil, un vieux lapin qui en a connu plus d’une, et je lui demandai un avis. Il me répondit tranquillement :

— Il faut la marier, mon garçon.

Je fis un bond.

— La marier, mon oncle, mais avec qui ?

Il haussa doucement les épaules :

— Avec qui tu voudras, c’est ton affaire et non la mienne. Quand on n’est pas bête on trouve toujours.

Je réfléchis bien huit jours à cette parole, et je finis par me dire à moi-même : « Il a raison, mon oncle. »

Alors, je commençai à me creuser la tête et à chercher ; quand un soir le juge de paix, avec qui je venais de dîner, me dit :

— Le fils de la mère Paumelle vient encore de faire une bêtise ; il finira mal, ce garçon-là. Il est bien vrai que bon chien chasse de race.

Cette mère Paumelle était une vieille rusée dont la jeunesse avait laissé à désirer. Pour un écu, elle aurait vendu certainement son âme, et son garnement de fils par-dessus le marché.

J’allai la trouver, et tout doucement, je lui fis comprendre la chose.

Comme je m’embarrassais dans mes explications, elle me demanda tout à coup :

— Qué qu’vous lui donnerez, à c’te p’tite ?

Elle était maligne, la vieille, mais moi, pas bête, j’avais préparé mon affaire.

Je possédais justement trois lopins de terre perdus auprès de Sasseville, qui dépendaient de mes trois fermes de Villebon. Les fermiers se plaignaient toujours que c’était loin ; bref, j’avais repris ces trois champs, six acres en tout, et, comme mes paysans criaient, je leur avais remis, pour jusqu’à la fin de chaque bail, toutes leurs redevances en volailles. De cette façon, la chose passa. Alors, ayant acheté un bout de côte à mon voisin, M. d’Aumonté, je faisais construire une masure dessus, le tout pour quinze cents francs. De la sorte, je venais de constituer un petit bien qui ne me coûtait pas grand’chose, et je le donnais en dot à la fillette.

La vieille se récria : ce n’était pas assez ; mais je tins bon, et nous nous quittâmes sans rien conclure.

Le lendemain, dès l’aube, le gars vint me trouver. Je ne me rappelais guère sa figure. Quand je le vis, je me rassurai ; il n’était pas mal pour un paysan ; mais il avait l’air d’un rude coquin.

Il prit la chose de loin, comme s’il venait acheter une vache. Quand nous fûmes d’accord, il voulut voir le bien ; et nous voilà partis à travers champs. Le gredin me fit bien rester trois heures sur les terres ; il les arpentait, les mesurait, en prenait des mottes qu’il écrasait dans ses mains, comme s’il avait peur d’être trompé sur la marchandise. La masure n’étant pas encore couverte, il exigea de l’ardoise au lieu de chaume, parce que cela demande moins d’entretien !

Puis il me dit :

— Mais l’mobilier, c’est vous qui le donnez ?

Je protestai :

— Non pas ; c’est déjà beau de vous donner une ferme.

Il ricana :

— J’ crai ben, une ferme et un éfant.

Je rougis malgré moi. Il reprit :

— Allons, vous donnerez l’lit, une table, l’ormoire, trois chaises et pi la vaisselle, ou ben rien d’fait.

J’y consentis.

Et nous voilà en route pour revenir. Il n’avait pas encore dit un mot de la fille. Mais tout à coup, il demanda d’un air sournois et gêné :

— Mais, si a mourait, à qui qu’il irait, çu bien ?

Je répondis :

— Mais, à vous, naturellement.

C’était tout ce qu’il voulait savoir depuis le matin. Aussitôt, il me tendit la main d’un mouvement satisfait. Nous étions d’accord.

Oh ! Par exemple, j’eus du mal pour décider Rose. Elle se traînait à mes pieds, elle sanglotait, elle répétait : « C’est vous qui me proposez ça ! C’est vous ! C’est vous ! » Pendant plus d’une semaine, elle résista malgré mes raisonnements et mes prières. C’est bête, les femmes ; une fois qu’elles ont l’amour en tête, elles ne comprennent plus rien. Il n’y a pas de sagesse qui tienne, l’amour avant tout, tout pour l’amour !

À la fin je me fâchai et la menaçai de la jeter dehors. Alors elle céda peu à peu, à condition que je lui permettrais de venir me voir de temps en temps.

Je la conduisis moi-même à l’autel, je payai la cérémonie, j’offris à dîner à toute la noce. Je fis grandement les choses, enfin. Puis : « Bonsoir mes enfants ! » J’allai passer six mois chez mon frère en Touraine.

Quand je fus de retour, j’appris qu’elle était venue, chaque semaine au château me demander. Et j’étais à peine arrivé depuis une heure que je la vis entrer avec un marmot dans les bras. Vous me croirez si vous voulez, mais ça me fît quelque chose de voir ce mioche. Je crois même que je l’embrassai.

Quant à la mère, une ruine, un squelette, une ombre. Maigre, vieillie. Bigre de bigre, ça ne lui allait pas, le mariage ! Je lui demandai machinalement :

— Es-tu heureuse ?

Alors elle se mit à pleurer comme une source, avec des hoquets, des sanglots, et elle criait :

— Je n’peux pas, je n’peux pas m’passer de vous maintenant. J’aime mieux mourir, je n’peux pas !

Elle faisait un bruit du diable. Je la consolai comme je pus et je la reconduisis à la barrière.

J’appris en effet que son mari la battait ; et que sa belle-mère lui rendait la vie dure, la vieille chouette.

Deux jours après elle revenait. Et elle me prit dans ses bras, elle se traîna par terre :

— Tuez-moi, mais je n’veux pas retourner là-bas.

Tout à fait ce qu’aurait dit Mirza si elle avait parlé !

Ça commençait à m’embêter, toutes ces histoires ; et je filai pour six mois encore. Quand je revins… Quand je revins, j’appris qu’elle était morte trois semaines auparavant, après être revenue au château tous les dimanches… toujours comme Mirza. L’enfant aussi était mort huit jours après.

Quant au mari, le madré coquin, il héritait. Il a bien tourné depuis, paraît-il, il est maintenant conseiller municipal.

Puis, M. de Varnetot ajouta en riant :

— C’est égal, c’est moi qui ai fait sa fortune, à celui-là !

Et M. Séjour, le vétérinaire, conclut gravement en portant à sa bouche un verre d’eau-de-vie :

— Tout ce que vous voudrez, mais des femmes comme ça, il n’en faut pas !

Adieu

Les deux amis achevaient de dîner. De la fenêtre du café ils voyaient le boulevard couvert de monde. Ils sentaient passer ces souffles tièdes qui courent dans Paris par les douces nuits d’été, et font lever la tête aux passants et donnent envie de partir, d’aller là-bas, on ne sait où, sous des feuilles, et font rêver de rivières éclairées par la lune, de vers luisants et de rossignols.

L’un d’eux, Henri Simon, prononça, en soupirant profondément :

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