Vie De J?sus
- Автор: Ренан Эрнест Жозеф
- Язык: французский
- Жанр: История
Электронная книга - «Vie De J?sus». Краткое содержание книги:
Le succès de la parole du nouveau prophète fut cette fois décisif. Un groupe d'hommes et de femmes, tous caractérisés par un même esprit de candeur juvénile et de naïve innocence, adhérèrent à lui et lui dirent: «Tu es le Messie.» Comme le Messie devait être fils de David, on lui décernait naturellement ce titre, qui était synonyme du premier. Jésus se le laissait donner avec plaisir, quoiqu'il lui causât quelque embarras, sa naissance étant toute populaire. Pour lui, le titre qu'il préférait était celui de «Fils de l'homme,» titre humble en apparence, mais qui se rattachait directement aux espérances messianiques. C'est par ce mot qu'il se désignait [375], si bien que dans sa bouche, «le Fils de l'homme» était synonyme du pronom «je,» dont il évitait de se servir. Mais on ne l'apostrophait jamais ainsi, sans doute parce que le nom dont il s'agit ne devait pleinement lui convenir qu'au jour de sa future apparition.
Le centre d'action de Jésus, à cette époque de sa vie, fut la petite ville de Capharnahum, située sur le bord du lac de Génésareth. Le nom de Capharnahum, où entre le mot caphar, «village», semble désigner une bourgade à l'ancienne manière, par opposition aux grandes villes bâties selon la mode romaine, comme Tibériade [376]. Ce nom avait si peu de notoriété, que Josèphe, à un endroit de ses écrits [377], le prend pour le nom d'une fontaine, la fontaine ayant plus de célébrité que le village situé près d'elle. Comme Nazareth, Capharnahum était sans passé, et n'avait en rien participé au mouvement profane favorisé par les Hérodes. Jésus s'attacha beaucoup à cette ville et s'en fit comme une seconde patrie [378]. Peu après son retour, il avait dirigé sur Nazareth une tentative qui n'eut aucun succès [379]. Il n'y put faire aucun miracle, selon la naïve remarque d'un de ses biographes [380]. La connaissance qu'on avait de sa famille, laquelle était peu considérable, nuisait trop à son autorité. On ne pouvait regarder comme le fils de David celui dont on voyait tous les jours le frère, la sœur, le beau-frère. Il est remarquable, du reste, que sa famille lui fit une assez vive opposition, et refusa nettement de croire a sa mission [381]. Les Nazaréens, bien plus violents, voulurent, dit-on, le tuer en le précipitant d'un sommet escarpé [382]. Jésus remarqua avec esprit que cette aventure lui était commune avec tous les grands hommes, et il se fit l'application du proverbe: «Nul n'est prophète en son pays.»
Cet échec fut loin de le décourager. Il revint à Capharnahum [383], où il trouvait des dispositions beaucoup meilleures, et de là il organisa une série de missions sur les petites villes environnantes. Les populations de ce beau et fertile pays n'étaient guère réunies que le samedi. Ce fut le jour qu'il choisit pour ses enseignements. Chaque ville avait alors sa synagogue ou lieu de séance. C'était une salle rectangulaire, assez petite, avec un portique, que l'on décorait des ordres grecs. Les Juifs, n'ayant pas d'architecture propre, n'ont jamais tenu à donner à ces édifices un style original. Les restes de plusieurs anciennes synagogues existent encore en Galilée [384]. Elles sont toutes construites en grands et bons matériaux; mais leur style est assez mesquin par suite de cette profusion d'ornements végétaux, de rinceaux, de torsades, qui caractérise les monuments juifs [385]. A l'intérieur, il y avait des bancs, une chaire pour la lecture publique, une armoire pour renfermer les rouleaux sacrés [386]. Ces édifices, qui n'avaient rien du temple, étaient le centre de toute la vie juive. On s'y réunissait le jour du sabbat pour la prière et pour la lecture de la Loi et des Prophètes. Comme le judaïsme, hors de Jérusalem, n'avait pas de clergé proprement dit, le premier venu se levait, faisait les lectures du jour (parascha et haphtara), et y ajoutait un midrasch ou commentaire tout personnel, où il exposait ses propres idées [387]. C'était l'origine de «l'homélie,» dont nous trouvons le modèle accompli dans les petits traités de Philon. On avait le droit de faire des objections et des questions au lecteur; de la sorte, la réunion dégénérait vite en une sorte d'assemblée libre. Elle avait un président [388], des «anciens [389],» un hazzan, lecteur attitré ou appariteur [390], des «envoyés [391],» sortes de secrétaires ou de messagers qui faisaient la correspondance d'une synagogue à l'autre, un schammasch ou sacristain [392]. Les synagogues étaient ainsi de vraies petites républiques indépendantes; elles avaient une juridiction étendue. Comme toutes les corporations municipales jusqu'à une époque avancée de l'empire romain, elles faisaient des décrets honorifiques [393], votaient des résolutions ayant force de loi pour la communauté, prononçaient des peines corporelles dont l'exécuteur ordinaire était le hazzan [394].
Avec l'extrême activité d'esprit qui a toujours caractérisé les Juifs, une telle institution, malgré les rigueurs arbitraires qu'elle comportait, ne pouvait manquer de donner lieu à des discussions très-animées. Grâce aux synagogues, le judaïsme put traverser intact dix-huit siècles de persécution. C'étaient comme autant de petits mondes à part, où l'esprit national se conservait, et qui offraient aux luttes intestines des champs tout préparés. Il s'y dépensait une somme énorme de passion. Les querelles de préséance y étaient vives. Avoir un fauteuil d'honneur au premier rang était la récompense d'une haute piété, ou le privilège de la richesse qu'on enviait le plus [395]. D'un autre côté, la liberté, laissée à qui la voulait prendre, de s'instituer lecteur et commentateur du texte sacré donnait des facilités merveilleuses pour la propagation des nouveautés. Ce fut là une des grandes forces de Jésus et le moyen le plus habituel qu'il employa pour fonder son enseignement doctrinal [396]. Il entrait dans la synagogue, se levait pour lire; le hazzan lui tendait le livre, il le déroulait, et lisant la parascha ou la haphtara du jour, il tirait de cette lecture quelque développement conforme à ses idées [397]. Comme il y avait peu de pharisiens en Galilée, la discussion contre lui ne prenait pas ce degré de vivacité et ce ton d'acrimonie qui, à Jérusalem, l'eussent arrêté court dès ses premiers pas. Ces bons Galiléens n'avaient jamais entendu une parole aussi accommodée à leur imagination riante [398]. On l'admirait, on le choyait, on trouvait qu'il parlait bien et que ses raisons étaient convaincantes. Les objections les plus difficiles, il les résolvait avec assurance; le charme de sa parole et de sa personne captivait ces populations encore jeunes, que le pédantisme des docteurs n'avait pas desséchées.
[375] Ce titre revient quatre-vingt-trois fois dans les Évangiles, et toujours dans les discours de Jésus.
[376] Il est vrai que Tell-Hum, qu'on identifie d'ordinaire avec Capharnahum, offre des restes d'assez beaux monuments. Mais, outre que cette identification est douteuse, lesdits monuments peuvent être du IIe et du IIIe siècle après J.-C.
[377] B.J., III, X, 8.
[378] Matth., IX, 4; Marc, II, 4.
[379] Matth., XIII, 54 et suiv.; Marc, VI, 4 et suiv.; Luc, IV, 46 et suiv., 23-24; Jean, IV, 44.
[380] Marc, VI, 3. Cf. Matth., XII, 58; Luc, IV, 23.
[381] Matth., XIII, 57; Marc, VI, 4; Jean, VII, 3 et suiv.
[382] Luc, IV, 29. Probablement il s'agit ici du rocher à pic qui est très-près de Nazareth, au-dessus de l'église actuelle des Maronites, et non du prétendu Mont de la Précipitation , à une heure de Nazareth. V. Robinson, II, 335 et suiv.
[383] Matth., IV, 13; Luc, IV, 31.
[384] A Tell-Hum, à Irbid (Arbela), à Meiron (Mero), à Jiseh (Giscala), à Kasyoun, à Nabartein, deux à Kefr-Bereim.
[385] Je n'ose encore me prononcer sur l'âge de ces monuments, ni par conséquent affirmer que Jésus ait enseigné dans aucun d'eux. Quel intérêt n'aurait pas, dans une telle hypothèse, la synagogue de Tell-Hum La grande synagogue de Kefr-Bereim me semble la plus ancienne de toutes. Elle est d'un style assez pur. Celle de Kasyoun porte une inscription grecque du temps de Septime Sévère. La grande importance que prit le judaïsme dans la haute Galilée après la guerre des Romains permet de croire que plusieurs de ces édifices ne remontent qu'au IIIe siècle, époque où Tibériade devint une sorte de capitale du judaïsme.
[386] II Esdr., VIII, 4; Matth., XXIII, 6; Epist. Jac., II, 3; Mischna, Megilla, III, 1; Rosch hasschana, IV, 7, etc. Voir surtout la curieuse description de la synagogue d'Alexandrie dans le Talmud de Babylone, Sukka, 51 b.
[387] Philon, cité dans Eusèbe, Proep. evang., VIII, 7, et Quod omnis probus liber, § 12; Luc, IV, 16; Act. XIII, 15; XV, 21; Mischna, Megilla, III, 4 et suiv.
[388] Αρχισυναγωγος.
[389] Πρεσβυτεροι.
[390] Υπηρετης.
[391] Αποστολοι ou αγγελοι.
[392] 916()#;ιαχονος. Marc, V, 22, 35 et suiv.; Luc, IV, 20; VII, 3; VIII, 41, 49; XIII, 14; Act., XIII, 15; XVIII, 8, 17; Apoc., II, 1; Mischna, Joma, VII, 1; Rosch hasschana, IV, 9; Talm. de Jérus., Sanhédrin, I, 7; Epiph., Adv. hær., XXX, 4, 11.
[393] Inscription de Bérénice, dans le Corpus inscr. græc., n° 5361; inscription de Kasyoun, dans la Mission de Phénicie, livre IV [sous presse].
[394] Matth., V, 25; X, 17; XXIII, 34; Marc, XIII, 9; Luc, XII, 11; XXI, 12; Act., XXII, 19; XXVI, 11; II Cor., XI, 24; Mischna, Macoth, III, 12 Talmud de Babyl., Megilla, 7b; Epiph., Adv. hær., XXX, 11.
[395] Matth., XXIII, 6; Epist. Jac., II 3; Talm. de Bab., Sukka, 51 b.
[396] Matth., IV, 23; IX, 35; Marc, I, 21,39; VI, 2; Luc, IV, 15, 46, 31, 44; XIII, 10; Jean, XVIII, 20.
[397] Luc, IV, 16 et suiv. Comp. Mischna, Joma, VII, 1.
[398] Matth., VII, 28; XIII, 54, Marc, I, 22; VI, 1; Luc, IV, 22, 32.