La Dame de Monsoreau Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Год: 17
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Dame de Monsoreau Tome II». Краткое содержание книги:
Le duc jeta lentement sur les gentilshommes présents ce regard si clair et si défiant que nous lui connaissons.
– Est-il bien possible?… murmura-t-il.
– Hélas! oui, monseigneur, dit M. de Morvilliers, un complot menaçant.
– Contez-nous cela, répliqua Chicot en mettant sa galiote terminée dans le bassin de cristal placé sur la table.
– Oui, balbutia le duc d'Anjou, contez-nous cela, monsieur le chancelier.
– J'écoute, dit Henri.
Le chancelier prit sa voix la plus voilée, sa pose la plus courbée, son regard le plus affairé.
– Sire, dit-il, depuis très longtemps je veillais sur les menées de quelques mécontents…
– Oh! fit Chicot… quelques?… Vous êtes bien modeste, monsieur de Morvilliers!…
– C'étaient, continua le chancelier, des hommes sans aveu, des boutiquiers, des gens de métiers ou de petits clercs de robe… il y avait de ci, de là, des moines et des écoliers.
– Ce ne sont pas là de bien grands princes, dit Chicot avec une parfaite tranquillité, et en recommençant un nouveau vaisseau à deux pointes.
Le duc d'Anjou sourit forcément.
– Vous allez voir, sire, dit le chancelier; je savais que les mécontents profitent toujours de deux occasions principales, la guerre ou la religion…
– C'est fort sensé, dit Henri. Après?
Le chancelier, heureux de cet éloge, poursuivit:
– Dans l'armée, j'avais des officiers dévoués à Votre Majesté qui m'informaient de tout; dans la religion, c'est plus difficile. Alors j'ai mis des hommes en campagne.
– Toujours fort sensé, dit Chicot.
Et enfin, continua Morvilliers, je réussis à faire décider par mes agents un homme de la prévôté de Paris.
– À quoi faire? dit le roi.
– À espionner les prédicateurs qui vont excitant le peuple contre Votre Majesté.
– Oh! oh! pensa Chicot, mon ami serait-il connu?
– Ces gens reçoivent les inspirations, non pas de Dieu, sire, mais d'un parti fort hostile à la couronne. Ce parti, je l'ai étudié.
– Fort bien, dit le roi.
– Très sensé, dit Chicot.
– Et j'en connais les espérances, ajouta triomphalement Morvilliers.
– C'est superbe! s'écria Chicot.
Le roi fit signe au Gascon de se taire.
Le duc d'Anjou ne perdit pas de vue l'orateur.
– Pendant plus de deux mois, dit le chancelier, j'entretins aux gages de Votre Majesté des hommes de beaucoup d'adresse, d'un courage à toute épreuve, d'une avidité insatiable, c'est vrai, mais que j'avais soin de faire tourner au profit du roi; car, tout en les payant magnifiquement, j'y gagnais encore. J'appris d'eux que, moyennant le sacrifice d'une forte somme d'argent, je connaîtrais le premier rendez-vous des conspirateurs.
– Voilà qui est bon, dit Chicot, paye, mon roi, paye!
– Eh! qu'à cela ne tienne, s'écria Henri, voyons… chancelier, le but de ce complot, l'espérance des conspirateurs?…
– Sire! il ne s'agit de rien moins que d'une seconde Saint-Barthélemy.
– Contre qui?
– Contre les huguenots. Les assistants se regardèrent surpris.
– Combien cela vous a-t-il coûté, à peu près? demanda Chicot.
– Soixante-quinze mille livres d'une part, cent mille de l'autre.
Chicot se retourna vers le roi.
– Si tu veux, pour mille écus, je te dis le secret de M. de Morvilliers, s'écria le Gascon.
Celui-ci fit un geste de surprise; le duc d'Anjou fit meilleur visage qu'on n'eût pu s'y attendre.
– Dis, répliqua le roi.
– C'est la Ligue pure et simple, fit Chicot, la Ligue commencée depuis dix ans. M. de Morvilliers a découvert ce que tout bourgeois parisien sait comme son pater.
– Monsieur… interrompit le chancelier.
– Je dis la vérité… et je le prouverai, s'écria Chicot d'un ton d'avocat.
– Dites-moi le lieu de la réunion des ligueurs, alors.
– Très volontiers, 1° la place publique; 2° la place publique; 3° les places publiques.
– Monsieur Chicot veut rire, dit en grimaçant le chancelier, et leur signe de ralliement?
– Ils sont habillés en parisiens et remuent les jambes lorsqu'ils marchent, répondit gravement Chicot.
Un éclat de rire général accueillit cette explication. M. de Morvilliers crut qu'il serait de bon goût de céder à l'entraînement, et il rit avec les autres. Mais, redevenant sombre:
– Enfin, dit-il, mon espion a assisté à l'une de leurs séances, et cela dans un lieu que M. Chicot ne connaît pas.
Le duc d'Anjou pâlit.
– Où cela? dit le roi.
– À l'abbaye Sainte-Geneviève!
Chicot laissa tomber une poule en papier qu'il embarquait dans la barque amirale.
– L'abbaye Sainte-Geneviève! dit le roi.
– C'est impossible, murmura le duc.
– Cela est, dit Morvilliers, satisfait de l'effet produit et regardant avec triomphe toute l'assemblée.
– Et qu'ont-ils fait, monsieur le chancelier? qu'ont-ils décidé? demanda le roi.
– Que les ligueurs se nommeraient des chefs, que chaque enrôlé s'armerait, que chaque province recevrait un envoyé de la métropole insurrectionnelle, que tous les huguenots chéris de Sa Majesté, ce sont leurs expressions…
Le roi sourit.
– Seraient massacrés à un jour désigné.
– Voilà tout? demanda Henri.
– Peste! dit Chicot, on voit que tu es catholique.
– Est-ce bien tout? dit le duc.
– Non, monseigneur…
– Peste! je crois bien que ce n'est pas tout. Si nous n'avions que cela pour cent soixante-quinze mille livres, le roi serait volé.
– Parlez, chancelier, dit le roi.
– Il y a des chefs…
Chicot vit s'agiter sur le cœur du duc son pourpoint, que soulevaient les battements.
– Tiens, tiens, tiens, dit-il, un complot qui a des chefs; c'est étonnant. Cependant il nous faut encore quelque chose pour nos cent soixante-quinze mille livres.
– Ces chefs… leurs noms? demanda le roi; comment s'appellent ces chefs?
– D'abord, un prédicateur, un fanatique, un énergumène, dont j'ai acheté le nom dix mille livres.
– Et vous avez bien fait.
– Le frère génovéfain Gorenflot!
– Pauvre diable! fit Chicot avec une commisération véritable. Il était dit que cette aventure ne lui réussirait pas!
– Gorenflot! dit le roi en écrivant ce nom; bien… après…
– Après… dit le chancelier avec hésitation, mais, sire, c'est tout…
Et Morvilliers promena encore sur l'assemblée son regard inquisiteur et mystérieux, qui semblait dire: Si Votre Majesté était seule, elle en saurait bien davantage.
– Dites, chancelier, je n'ai que des amis ici… dites.