Laissez tomber la fille [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #2
- Год: 1950
- Язык: французский
- ISBN: 226508090X
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Laissez tomber la fille [fr]». Краткое содержание книги:
En revanche, je vous jure, mes amis, que j’ai déjà entendu un saxophone jouer du morse. Dans un cabaret ! Au début, je n’y prêtais pas attention, vu que tout mon intérêt était porté sur la ravissante créature assise à mon côté. Moi, vous me connaissez… très enclin à la bagatelle, mais jamais dépourvu du sens du devoir. Si vous pouviez savoir ce qu’il racontait ce saxo, sous ses airs langoureux, vous m’excuseriez d’avoir laissé tomber la fille !
Mais vous n’allez pas tarder à le savoir, fidèles comme je vous connais.
« Un cadavre !
Si je lisais les révélations de San-Antonio j’aurais pas plus envie de me bidonner qu’à cette minute précise. Je n’avais plus pensé au gars Farous dit Tifs-en-Brosse, que j’ai refroidi dans l’appartement de mon sosie. Mieux ! j’ai complètement oublié, avant-hier, de signaler la chose à Guillaume… Cet oubli va peut-être sauver la mise ; en effet, ce cadavre donne de la vraisemblance à mon soi-disant aveu.
— Malédiction ! m’écrié-je. La bande des kangourous a remis la main dessus.
Je profite de la confusion qui règne dans l’esprit de Karl pour demander :
— Vous ne les avez donc pas tous abattus, l’autre soir, au Vésinet ?
Notez que cette question est risquée car elle peut donner à Renard l’idée d’interroger les rescapés, s’il y en a. Et ainsi il saura que Farous a été tué par moi, bien avant ma capture…
— Hélas, non ! répond Karl. Trois de ces crapules ont pu s’enfuir. Les autres étaient mortes…
Tiens, tiens, tiens ! Il y a des kangourous en liberté : voilà qui m’ouvre des horizons sur la disparition de l’ampoule, en tout cas, Karl vient de m’offrir sans le savoir une porte de sortie.
— Quel malheur ! fais-je. L’autre nuit, avant que vous n’arriviez ils venaient de me faire avouer où se trouvait l’ampoule… Ils ont dû se précipiter à l’adresse indiquée pour la prendre et ils se sont battus pour se l’approprier… Il ne vous reste plus qu’à mettre la main sur les fugitifs.
Karl médite.
— Nous allons voir ça.
« Venez avec moi ! ordonne-t-il.
J’ai la frousse qu’il ne me mette un pruneau dans la nuque ; en somme je ne sers plus à rien désormais puisque je suis dépouillé de l’invention. Il ne faut pas trop compter sur la clémence de Renard.
Nous pénétrons dans une sorte de salle à manger où des officiers dégustent des liqueurs en fumant des cigares gros comme des mâts de misaine. J’aperçois des femmes parmi l’honorable société, dont Greta.
Y a pas à dire, elle est bath, cette gosse, et on a beau être son ennemi intime, on ne peut se défendre de l’admirer. Elle porte un tailleur noir avec un corsage blanc et un collier d’ivoire. Elle fume, en prenant une pose languissante, une longue cigarette à bout doré.
— Voilà le commissaire de mon cœur, murmure-t-elle. Venez donc vous asseoir près de moi, commissaire.
Je suis ahuri par cet accueil, auquel j’étais loin de m’attendre. Vous savez que je suis l’homme qui s’adapte à toutes les situations. Sans sourciller, je m’assieds à ses côtés.
— Vous prendrez bien un verre d’alcool ?
— Vous voulez dire que j’en prendrais une pleine bonbonne, baronne…
Elle rit et me verse du cognac.
Ah ! ils se soignent, ces chimpanzés ! Pour être du bon cognac, c’est du bon cognac… Si je m’écoutais je prendais une petite biture gentillette, dans cette ambiance distinguée.
— Alors, je lui demande, comme ça, ma chère tendre amie, vous avez campo aux abattoirs aujourd’hui ?
— Mon Dieu, oui.
Elle a l’air bien décidée à ne pas se fâcher. Les autres nous écoutent, impassibles.
— Vous savez que vous êtes en beauté ?
— Pas possible !
— Comment, m’exclamé-je en feignant la surprise. Y a pas un de ces arracheurs d’ongles qui vous l’ait dit ! Ah ! chère Greta, la bonne vieille galanterie allemande se perd !
Elle se penche pour arrêter une maille qui file à son bas. Machinalement je respire son parfum et jette un coup d’œil à ses roberts. C’est une habitude qui est presque un réflexe chez moi. Seulement je suis de la revue parce que son corsage est fermé très haut par une broche. Je regarde donc la broche et je me mets à baver de surprise. Il y a une inscription sur ce bijou, une inscription qui m’en rappelle une autre…
Personne ne s’aperçoit de mon trouble ; c’est heureux…
— Vous avez devant vous, mesdemoiselles et messieurs, le fameux commissaire San-Antonio, des services secrets français, déclare Karl. C’est un garçon qui nous a causé bien des misères avant-guerre. Et qui continue ! Entre autres prouesses, il a réussi à prendre à ces crapules de kangourous notre B Z 22 ; il est à noter toutefois que ces derniers ne sont pas restés sur cette défaite et qu’ils ont réussi à s’approprier de nouveau notre invention.
Karl saisit un verre de cherry et se le téléphone dans le cornet. Après quoi il clape de la langue avec une réelle satisfaction et poursuit :
— Normalement, ce bon commissaire n’étant plus en cause, il ne nous resterait plus qu’à l’adosser contre un mur et à lui donner les douze balles auxquelles il a droit…
Il prend un temps.
— Mais, enchaîne-t-il, il m’est venu une autre idée : pourquoi n’utiliserions-nous pas les merveilleuses qualités de cet homme ? Il a réussi déjà une fois à mettre la main sur l’ampoule de B Z 22 ; il n’y a pas de raisons pour qu’il ne renouvelle pas le même exploit…
Ces messieurs hochent du chef d’une façon dubitative. L’un d’eux dégoise un truc en allemand, mais Karl l’interrompt :
— Soyons fair-play, mon cher commandant, dit-il. Je préfère que cet homme suive notre conversation…
— Eh bien, reprend le commandant avec un accent aussi épais que du goudron, il me paraît, monsieur le colonel, que ce serait dangereux de libérer le commissaire… Rien ne nous donne l’assurance qu’une fois hors d’ici il ne cherchera pas à passer en Angleterre… Si avant de partir, il parvenait à remettre la main sur le B Z 22, ce serait une vilaine affaire. Évidemment nous avons toutes facilités pour le surveiller de très près, mais, de votre affirmation personnelle, il ressort que nous avons à faire à un être rusé…
Karl sourit.
— Rassurez-vous, von Schtibbe, si j’ouvre les portes de cette prison à San-Antonio, c’est que j’ai un argument de valeur pour le tenir à la raison.
— Peut-on connaître cet argument, monsieur le colonel ?
— C’est un rat.
Je comprends son raisonnement.
— Nous gardons sa bien-aimée, comme otage, explique Karl.
« Nous avons la preuve qu’il lui est très attaché. Il ne voudrait pas qu’il lui arrivât de gros, gros malheurs, n’est-ce pas, cher commissaire ?
Faut-il vous dire, bandes de tocards, que cette proposition me botte vachement ? Tout est préférable à la détention dans cet abominable réduit. Une fois à l’air libre, je trouverai certainement une combine pour tirer Gisèle de là. Vous allez me trouver exagérément optimiste, mais je m’en tamponne l’abdomen avec un fer à friser ; une de mes devises favorites, c’est : « Tant qu’y a de la vie, y a de la joie. »
Je finis mon glass et je réponds gracieusement à Karl :
— Ça me paraît faisable. Seulement, je voudrais savoir ce qui se passera après les résultats que j’aurai obtenus.
« Est-ce que vous allez me transformer en engrais azoté ou me balancer la Croix de fer ?
Karl remplit mon verre.
— Entre ces deux solutions, ne croyez-vous pas qu’il y a une compromission possible ? Vous savez, ma proposition d’hier tient toujours. Vous avez ma parole d’officier que si vous me remettez l’ampoule vous aurez la vie sauve, vous et votre amie. Je donnerai même des instructions pour que votre internement s’effectue dans les meilleures conditions possibles pour vous.
— Vous êtes gentil.
— Je ne voudrais pas trop faire de projets, dit-il encore, mais peut-être pourrons-nous envisager, si vous nous donnez satisfaction, une plus ample collaboration. Notre gouvernement se plaît à utiliser toutes les énergies…
Ce que je peux avoir envie de me boyauter, c’est rien de le dire. Ce Karl est décidément un rigolo. À l’en croire il peut me fournir un petit emploi de gauleiter !