Laissez tomber la fille [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #2
- Год: 1950
- Язык: французский
- ISBN: 226508090X
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Laissez tomber la fille [fr]». Краткое содержание книги:
En revanche, je vous jure, mes amis, que j’ai déjà entendu un saxophone jouer du morse. Dans un cabaret ! Au début, je n’y prêtais pas attention, vu que tout mon intérêt était porté sur la ravissante créature assise à mon côté. Moi, vous me connaissez… très enclin à la bagatelle, mais jamais dépourvu du sens du devoir. Si vous pouviez savoir ce qu’il racontait ce saxo, sous ses airs langoureux, vous m’excuseriez d’avoir laissé tomber la fille !
Mais vous n’allez pas tarder à le savoir, fidèles comme je vous connais.
C’est très divertissant, je vous le jure !
Mais pour le moment, il y a une forêt de mitraillettes pointées dans nos reins et il vaut mieux attendre les événements.
Les Allemands nous font entrer dans un bâtiment lugubre et nous emmènent dans une salle qui ressemble à une salle de classe. P’t-être même que c’en était une avant-guerre.
Nous attendons chacun à une extrémité de la pièce, sous la surveillance d’une demi-douzaine de soldats. Il fait un froid de canard dans cet endroit… Mais nous n’avons pas le temps de trembler. La trouille nous accroche un petit radiateur portatif au dargeot, tout ce qu’il y a de mignon.
Soudain il se fait un remue-ménage et la porte s’ouvre devant le pseudo-Renard. Ce fumarot est accompagné de sa soi-disant fille, et de deux officiers allemands.
Ce joli monde s’assied à une table et se met à discutailler à voix basse. Puis Renard, qui paraît commander la séance, se tourne vers les soldats et leur ordonne de me fouiller. Un grand blond, qui ressemble à un lavement, vide mes poches. Il sort leur contenu et le porte à ses chefs. Renard ne met pas longtemps pour sauter sur le paquet précieux. Il le déplie fébrilement et ouvre la boîte de carton. Une exclamation jaillit de ses lèvres. La boîte ne contient qu’un verre dont on se sert pour poser les ventouses.
Rappelez-vous que le plus ahuri c’est bibi.
J’ai assisté aux tours de passe-passe de Bénévol, mais ce verre à ventouse occupant la petite boîte de l’ampoule, c’est ce que j’ai vu de mieux jusqu’à présent en matière de prestidigitation. Si vous êtes un tout petit peu plus malin qu’une paire de sabots, essayez de me donner une explication valable, tas de branques ! Moi je suis flic, mais si la magie noire se met de la partie, alors j’aime mieux m’engager dans le corps d’élite des déboucheurs d’éviers…
En attendant, un qui fait une drôle de tronche, c’est Renard. Il est tout pâle et me regarde avec des yeux blancs.
— Approchez ! me dit-il.
Je fais quelques pas en direction de l’aréopage.
— Ainsi vous avez voulu nous jouer ! grince-t-il.
Alors là, je fais un vache barnum :
— Non mais dites donc, qui est-ce qui a joué l’autre ? Sans blague ! Qui est-ce qui fait le bon sauveur, le vieux patriotard, le père de famille qui va dégommer Jeanne d’Arc ? Hein, qui est-ce qui se conduit comme un bougre de fumelard et qui, par la plus tocarde des comédies, attire les pauvres mecs confiants dans un guet-apens ?
« Vois-tu, Toto, à la guerre on peut employer bien des moyens et y a beaucoup de sales coups permis, mais pour utiliser celui-ci, faut avoir un piège à fouine à la place du cœur. Faut être l’enfant d’un loup et d’une vipère rouge… Et je vais te dire une bonne chose : un pays qui s’amuse de la sorte se prépare les pires ennuis ; ses carottes sont cuites…
Renard ne m’a pas interrompu une seule fois. Son visage est aussi impassible qu’un ouvre-boîte.
— Karl, murmure Florence, ne pensez-vous pas que ce garçon mérite une correction ?
Je lui fais un gentil sourire.
— Toi, la grue maison, je vais te flanquer une fessée…
Elle rougit et s’approche de moi, le regard brillant.
Elle me gifle à toute volée. Les soldats sont obligés de me contenir parce que si je suivais mon penchant naturel, cette grognasse, je la transformerais en paillasson…
— Calmez-vous Greta, ordonne Renard.
Il s’approche à son tour et me parle très calmement.
— Mon cher commissaire, je comprends votre indignation ; elle est très naturelle… Avec vous, je reconnais que nous avons usé d’un moyen très particulier. Lorsque nous vous avons découvert l’autre nuit, près du pont de Poissy, accroché à une barque, vous étiez évanoui. Comme nous avions des amis dans la région, nous vous avons conduit chez eux pour vous ranimer car nous tenions à votre petite santé. Vous avez lentement repris connaissance, alors l’idée nous est venue de vous jouer la petite comédie qui a l’air de tant vous déplaire… Nous espérions obtenir par la confiance plus de précieux renseignements que par la force. Il faut croire que j’ai commis une erreur. Seulement, il y a une chose que je ne m’explique pas, monsieur le commissaire : si vous vous étiez rendu compte que nous vous roulions, ou même si aviez eu un doute, vous n’auriez pas risqué votre vie et celle de cette jeune fille en revenant ce soir, n’est-ce pas ? Donc vous aviez pleine confiance ; alors, pourquoi n’avez-vous pas pris l’ampoule avec vous ?
Je réfléchis : « Je suis dans un drôle de pastis, mes pauvres gars, parce qu’il ne faut pas perdre de vue que je suis le premier blousé. Quelqu’un est allé prendre l’ampoule au commissariat de l’Étoile. Comment se fait-il que le brigadier ne m’ait rien dit ? Est-il complice ? Mais surtout, qui, QUI a pu savoir que j’avais planqué l’ampoule à cet endroit ? »
Autant de questions insolubles auxquelles il est vraisemblable que je ne pourrai jamais répondre. J’ai toujours été plutôt optimiste, vous le savez, mais cette fois, je ne me fais pas pour vingt-cinq grammes d’illusions…
— Écoutez bien, dis-je à Renard, j’ignore ce qu’est devenue l’ampoule. Je l’avais planquée chez moi, on a dû l’y prendre. Je n’ai pas songé à vérifier le contenu du paquet…
— C’est tout ce que vous avez à déclarer ?
La question me surprend.
— C’est tout !
— Vous savez parfaitement que vous n’êtes pas allé chez vous…
Aïe ! Je suis le roi des tordus en affirmant ça. Évidemment j’ai été suivi et ils se sont bien rendu compte que je n’ai pas mis les pieds dans ma crèche…
Renard (je continue à lui donner ce nom) ordonne à ses hommes de fouiller Gisèle. Malgré les protestations de la pauvre gosse, elle est palpée sous toutes les coutures.
La fouille, bien entendu, est négative.
Les Frisés se concertent. Pas longtemps. Un officier fait un signe à ses hommes et nous sommes entraînés dans des couloirs glacés. Je voudrais pouvoir murmurer des paroles de réconfort à Gisèle. Mais ces brutes nous séparent à un croisement des couloirs.
Je suis poussé dans un réduit obscur, sans fenêtre, et la porte se ferme derrière moi.
Comme des rats !
On me laisse pourrir pendant vingt-quatre heures dans ce placard, sans m’apporter à briffer. Ces gars-là ont dû entendre parler des méthodes de Louis XI. Quand ils m’ouvrent la porte, je tombe en digue-digue, étourdi par la faiblesse et la lumière. Je suffoque car mes poumons sont anémiés. Je ne me rends plus compte de ce qui se passe autour de moi. On me pousse et je marche… Me revoici dans la salle de classe. Je retrouve Renard et Greta — je me souviens que c’est ce prénom que mon traître a donné à Florence.
Ils sont seuls derrière la table. Lui est vêtu en colonel de la Gestapo. L’uniforme lui sied à ravir.
— Bonjour, monsieur le commissaire !
Je leur fais un petit signe de la main. Ça commence à mieux aller. Le grand air m’a fait du bien. Si je pouvais me taper une entrecôte et un litre de vin, je serais vite en état de marche…
— Alors, questionne Renard, vous êtes revenu à de meilleurs sentiments ?
— Pardon ?
— Vous avez parfaitement entendu ma question.
— De quels sentiments voulez-vous parler ?
— Allons, ne faites pas l’innocent. Dites-nous où vous avez caché l’objet que nous cherchons et vous avez ma parole que je vous envoie en prison jusqu’à la fin des hostilités, vous et votre amie.