Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Le journal d’une femme de chambre
Le journal d’une femme de chambre - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le journal d’une femme de chambre

Электронная книга - «Le journal d’une femme de chambre». Краткое содержание книги:

C?lestine entre dans sa nouvelle place de femme de chambre, en province, au service de M. et Mme Lanlaire et aux c?t?s de la cuisini?re Marianne et du palefrenier Joseph. Elle se souvient de ses anciens ma?tres, comme ce vieillard fascin? par les bottines, ou cette vieille femme qui va s'encanailler, ou encore cette ?pouse qui attend chaque nuit d'?tre honor?e par son mari. C?lestine est mise au courant de tous les ragots de la ville par les autres servantes: Madame est une femme acari?tre et Monsieur, coureur de jupons, se laisse dominer par elle. Leurs voisins – un vieux capitaine et sa servante, Rose, qui lui sert de ma?tresse – les d?testent. ? la nouvelle de la mort de sa m?re, C?lestine se rem?more son enfance et sa premi?re exp?rience amoureuse. Monsieur entreprend C?lestine, qui le repousse…
1 ... 23 24 25 26 27 28 29 30 31 ... 81
Перейти на страницу:

La grand’mère n’avait pas menti… M. Georges était un enfant charmant, adorable. Son visage imberbe avait la grâce d’un beau visage de femme; d’une femme aussi, ses gestes indolents, et ses mains longues, très blanches, très souples, où transparaissait le réticule des veines… Mais quels yeux ardents!… Quelles prunelles dévorées d’un feu sombre, dans des paupières cernées de bleu et qu’on eût dites brûlées par les flammes du regard!… Quel intense foyer de pensée, de passion, de sensibilité, d’intelligence, de vie intérieure!… Et comme déjà les fleurs rouges de la mort envahissaient ses pommettes!… Il semblait que ce ne fût pas de la maladie, que ce ne fût pas de la mort qu’il mourait, mais de l’excès de vie, de la fièvre de vie qui était en lui et qui rongeait ses organes, desséchait sa chair… Ah! qu’il était joli et douloureux à contempler!… Quand la grand’mère me mena près de lui, il était étendu sur une chaise longue et il tenait, dans sa longue main blanche, une rose sans parfum… Il me reçut, non comme une domestique, presque comme une amie qu’il attendait… Et moi, dès ce premier moment, je m’attachai à lui, de toutes les forces de mon âme.

L’installation à Houlgate se fit sans incidents, comme s’était fait le voyage. Tout était prêt, lorsque nous y arrivâmes… Nous n’avions plus qu’à prendre possession de la villa, une villa spacieuse, élégante, pleine de lumière et de gaîté, qu’une large terrasse, avec ses fauteuils d’osier et ses tentes bigarrées, séparait de la plage. On descendait à la mer par un escalier de pierre, pratiqué dans la digue, et les vagues venaient chanter sur les premières marches, aux heures de la marée montante. Au rez-de-chaussée, la chambre de M. Georges s’ouvrait par de larges baies, sur un admirable paysage de mer… La mienne, – une chambre de maître, tendue de claire cretonne, – en face de celle de M. Georges, de l’autre côté d’un couloir, donnait sur un petit jardin où poussaient quelques maigres fusains et de plus maigres rosiers. Exprimer par des mots ma joie, ma fierté, mon émotion, tout ce que j’éprouvai d’orgueil pur et nouveau à être ainsi traitée, choyée, admise comme une dame, au bien-être, au luxe, au partage de cette chose si vainement convoitée, qu’est la famille… expliquer comment, par un simple coup de baguette de cette miraculeuse fée: la bonté, il arriva, instantanément que c’en fut fini du souvenir de mes humiliations passées, et que je conçus tous les devoirs auxquels m’astreignait cette dignité d’être humain, enfin conférée, je ne le puis… Ce que je puis dire, c’est que, véritablement, je connus la magie de la transfiguration… Non seulement le miroir attesta que j’étais devenue subitement plus belle, mais mon cœur me cria que j’étais réellement meilleure… Je découvris en moi des sources, des sources, des sources… des sources intarissables, des sources sans cesse jaillissantes de dévouement, de sacrifice… d’héroïsme… et je n’eus plus qu’une pensée: sauver à force de soins intelligents, de fidélités attentives, d’ingéniosités merveilleuses, sauver M. Georges de la mort…

Avec une foi robuste dans ma puissance de guérison, je disais, je criais à la pauvre grand’mère, qui ne cessait de se désespérer et souvent, dans le salon voisin, passait ses journées à pleurer:

– Ne pleurez plus, Madame… Nous le sauverons… Je vous jure que nous le sauverons…

De fait, au bout de quinze jours, M. Georges se trouva beaucoup mieux. Un grand changement s’opérait dans son état… Les crises de toux diminuaient, s’espaçaient; le sommeil et l’appétit se régularisaient… Il n’avait plus, la nuit, ces sueurs abondantes et terribles, qui le laissaient, au matin, haletant et brisé… Ses forces revenaient au point que nous pouvions faire de longues courses en voiture, et de petites promenades à pied, sans trop de fatigue… C’était, en quelque sorte, une résurrection… Comme le temps était très beau, l’air très chaud, mais tempéré par la brise de mer, les jours que nous ne sortions pas, nous en passions la plus grande partie, à l’abri des tentes, sur la terrasse de la villa, attendant l’heure du bain, «de la trempette dans la mer», ainsi que le disait, gaîment, M. Georges… Car il était gai, toujours gai, et jamais il ne parlait de son mal… jamais il ne parlait de la mort. Je crois bien que, durant ces jours-là, jamais il ne prononça ce mot terrible de mort… En revanche, il s’amusait beaucoup de mon bavardage, le provoquait, au besoin, et moi, confiante en ses yeux, rassurée par son cœur, entraînée par son indulgence et sa gentillesse, je lui disais tout ce qui me traversait l’esprit, farces, folies et chansons… Ma petite enfance, mes petits désirs, mes petits malheurs, et mes rêves, et mes révoltes, et mes diverses stations chez des maîtres cocasses ou infâmes, je lui racontais tout sans trop masquer la vérité car, si jeune qu’il fût, si séparé du monde, si enfermé qu’il eût toujours été, par une prescience, par une divination merveilleuse qu’ont les malades, il comprenait tout, de la vie… Une vraie amitié, que facilita sûrement son caractère et que souhaita sa solitude, et, surtout, que les soins intimes et constants dont je réjouissais sa pauvre chair moribonde amenèrent pour ainsi dire automatiquement, s’était établie entre nous… J’en fus heureuse au delà de ce que je puis exprimer, et j’y gagnai de dégrossir mon esprit au contact incessant du sien.

M. Georges adorait les vers… Des heures entières, sur la terrasse, au chant de la mer, ou bien, le soir, dans sa chambre, il me demandait de lui lire des poèmes de Victor Hugo, de Baudelaire, de Verlaine, de Maeterlinck. Souvent, il fermait les yeux, restait immobile, les mains croisées sur sa poitrine, et croyant qu’il s’était endormi, je me taisais… Mais il souriait et il me disait:

– Continue, petite… Je ne dors pas… J’entends mieux ainsi ces vers… j’entends mieux ainsi ta voix… Et ta voix est charmante…

Parfois, c’est lui qui m’interrompait. Après s’être recueilli, il récitait lentement, en prolongeant les rythmes, les vers qui l’avaient le plus enthousiasmé, et il cherchait – ah! que je l’aimais de cela! – à m’en faire comprendre, à m’en faire sentir la beauté…

Un jour il me dit… et j’ai gardé ces paroles comme une relique:

– Ce qu’il y a de sublime, vois-tu, dans les vers, c’est qu’il n’est point besoin d’être un savant pour les comprendre et pour les aimer… au contraire… Les savants ne les comprennent pas et, la plupart du temps, ils les méprisent, parce qu’ils ont trop d’orgueil… Pour aimer les vers, il suffit d’avoir une âme… une petite âme toute nue, comme une fleur… Les poètes parlent aux âmes des simples, des tristes, des malades… Et c’est en cela qu’ils sont éternels… Sais-tu bien que, lorsqu’on a de la sensibilité, on est toujours un peu poète?… Et toi-même, petite Célestine, souvent tu m’as dit des choses qui sont belles comme des vers…

– Oh!… monsieur Georges… vous vous moquez de moi…

– Mais non!… Et tu n’en sais rien que tu m’as dit ces choses belles… Et c’est ce qui est délicieux…

Ce furent pour moi des heures uniques; quoi qu’il arrive de la destinée, elles chanteront dans mon cœur, tant que je vivrai… J’éprouvai cette sensation, indiciblement douce, de redevenir un être nouveau, d’assister, pour ainsi dire, de minute en minute, à la révélation de quelque chose d’inconnu de moi et qui, pourtant, était moi… Et, aujourd’hui, malgré de pires déchéances, toute reconquise que je sois par ce qu’il y a en moi de mauvais et d’exaspéré, si j’ai conservé ce goût passionné pour la lecture, et, parfois, cet élan vers des choses supérieures à mon milieu social et à moi-même, si, tâchant à reprendre confiance en la spontanéité de ma nature, j’ai osé, moi, ignorante de tout, écrire ce journal, c’est à M. Georges que je le dois…

Ah oui!… je fus heureuse… heureuse surtout de voir le gentil malade renaître peu à peu… ses chairs se regonfler et refleurir son visage, sous la poussée d’une sève neuve… heureuse de la joie, et des espérances, et des certitudes que la rapidité de cette résurrection donnait à toute la maison, dont j’étais, maintenant, la reine et la fée… On m’attribuait, on attribuait à l’intelligence de mes soins, à la vigilance de mon dévouement et, plus encore peut-être, à ma constante gaieté, à ma jeunesse pleine d’enchantements, à ma surprenante influence sur M. Georges, ce miracle incomparable… Et la pauvre grand’mère me remerciait, me comblait de reconnaissance et de bénédictions, et de cadeaux… comme une nourrice à qui l’on a confié un baby presque mort et qui, de son lait pur et sain, lui refait des organes… un sourire… une vie.

1 ... 23 24 25 26 27 28 29 30 31 ... 81
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)