Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]
- Автор: Хайнлайн Роберт Энсон
- Год: 1970
- Язык: французский
- Год: OPTA
- Переводчик: Jacques de Tersac
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Route de la gloire [=En route pour la gloire / Glory Road - fr]». Краткое содержание книги:
Vous allez dire que je ne suis jamais content, mais vous ne croyez pas qu'il y a de quoi vous faire regretter notre bonne vieille Terre, Sud-Est asiatique ou pas ? Et encore, je ne vous raconte pas tout !
Et cela continuait ainsi, mêlant les demi-vérités aux demi-mensonges, avec toute l’exagération habituelle aux bons agents de publicité. Un exemple : Star lui raconta que j’avais tué vingt-sept Spectres Cornus, dont un à mains nues. Je ne me rappelle pas en avoir tué tellement et, quant à en avoir tué un à « mains nues », ce fut bien par hasard. Je venais juste de poignarder une de ces vermines quand une autre est venue tomber à mes pieds, poussée par les autres. Je n’avais pas eu le temps de dégager mon épée, aussi avais-je mis un pied sur une de ses cornes et, de la main gauche, j’avais tiré sur l’autre de toutes mes forces ; et ne voilà-t-il pas que sa tête s’est cassée en deux, comme une carcasse de poulet. Mais cela, je l’avais accompli sous le coup du désespoir, ça n’avait pas été prémédité.
Star ajouta même une longue tirade sur l’héroïsme de mon père et prétendit que mon grand-père avait conduit la charge à la colline de San Juan ; après cela, elle chanta les mérites de mes arrière-grands-pères. Elle lui dit même comment j’avais attrapé la cicatrice qui me barrait le visage, de l’œil jusqu’au menton, donnant tous les détails.
Mais remarquez bien une chose : Star m’avait interrogé, la première fois que je l’avais rencontrée, et elle m’avait aussi encouragé à lui en dire plus au cours de la longue marche que nous avions faite la veille. Mais je ne lui avais jamais raconté la plupart des choses qu’elle servait maintenant au Doral. Il faut vraiment qu’elle ait mobilisé pour moi la Sûreté, le F.B.I. et Archie Goodwin[36], tous ensemble et pendant plusieurs mois. Elle nomma même l’équipe contre laquelle j’avais joué quand je m’étais cassé le nez, et je suis bien certain de ne lui avoir jamais donné ce détail.
J’étais donc tout rougissant devant le Doral qui me regardait de haut en bas, sifflant d’admiration, quand Star s’arrêta avec simplicité : « C’est ainsi que les choses se sont passées. » Il laissa échapper un long soupir et dit : « J’aimerais écouter une nouvelle fois ce qui concerne Igli. »
Star se plia à son caprice, avec d’autres mots, et plus de détails. Le Doral l’écouta avec attention, l’approuvant du geste. « C’était une solution héroïque, » dit-il. « C’est donc aussi un mathématicien. Où a-t-il étudié ? »
— « Il est génial de naissance, Jock. »
— « Je le crois volontiers. » Il s’approcha de moi, me regarda droit dans les yeux et me mit une main sur l’épaule. « Le Héros qui a su confondre Igli doit être partout chez lui. Mais daignera-t-il honorer ma demeure en acceptant mon hospitalité pour le gîte… le couvert… et le lit ? »
Il parlait avec une grande solennité, me fixant dans les yeux ; il m’était impossible de regarder Star pour savoir ce que je devais répondre. Et je voulais une indication. Les gens qui disent un peu vite que la politesse est partout la même et que les gens sont partout semblables sont de pauvres individus qui ne sont jamais sortis de Trifouillis-Les-Oies. Je ne suis pas prétentieux mais j’avais assez voyagé pour le savoir. Je venais d’entendre un discours officiel, qui suait le protocole, et qui exigeait une réponse officielle.
Je fis de mon mieux. Je lui mis les mains sur les épaules et répondis gravement : « Je suis très honoré mais c’est vraiment trop, Seigneur. »
— « Mais vous acceptez ? » demanda-t-il avec angoisse.
— « J’accepte de tout mon cœur. » (« cœur » me semble faible. Mais j’avais des difficultés à m’exprimer.)
Il laissa échapper un soupir de soulagement. « Quelle gloire pour moi ! » Il m’attrapa, m’étreignit fortement (il me sembla être pris entre les pattes d’un ours) et m’embrassa sur les deux joues ; seule une esquive rapide m’évita d’être embrassé sur la bouche.
Alors, il se redressa et cria : « Du vin ! de la bière ! du schnaps ! Où sont donc passés mes jongleurs ! Je vais tous les écorcher vifs ! Des sièges ! Qu’on serve le Héros ! Mais, où sont-ils tous passés ? »
Cette dernière question était plutôt surprenante. Pendant que Star chantait quel type magnifique j’étais, une cinquantaine de personnes s’étaient rassemblées sur la terrasse, se poussant, se bousculant, essayant toutes de mieux voir. Parmi ces gens devaient se trouver quelques membres du personnel car on me fourra dans une main une chope de bière et, dans l’autre, un verre plein de quatre onces d’eau de feu à 110 degrés, avant même que le patron ait fini de hurler. Jocko but comme un vrai bouilleur de cru, aussi fis-je de même, puis je fus heureux de pouvoir m’asseoir sur la chaise qui m’avait été apportée : j’avais les dents qui s’entrechoquaient, mon crâne était en feu, et la bière était bien incapable d’éteindre le feu qui m’avait embrasé.
D’autres serviteurs m’apportèrent des fromages, des tranches de viande froide, des quantités de choses, une boisson inconnue des plus savoureuses, n’attendant pas que je les demande mais les enfournant dans ma bouche dès que je l’ouvrais pour dire « Gesundheit ! » J’ai donc mangé ce que l’on m’offrait et j’eus bientôt l’impression d’avaler de l’acide fluorhydrique.
Pendant ce temps, le Doral me présentait sa maisonnée. Il eût mieux valu qu’ils portassent des galons car je n’arrivais pas à les distinguer les uns des autres. Les habits ne m’aidaient pas beaucoup étant donné que le seigneur était vêtu comme un ouvrier agricole et que la deuxième aide-cuisinière pouvait fort bien (et elle le faisait parfois) se mettre en habit de cérémonie et se charger d’or et de bijoux. On ne me les présenta d’ailleurs pas par ordre d’importance.
J’eus de la peine à comprendre qui était la dame du manoir, la femme de Jocko, sa première femme. C’était une femme très âgée et très belle, une brune qui avait quelques livres de trop mais chez qui les volumes étaient répartis de la plus agréable manière. Elle était habillée avec aussi peu de protocole que Jocko mais heureusement, je la remarquai parce qu’elle était allée saluer Star et que je les avais vues s’embrasser toutes les deux comme de vieilles amies, avec beaucoup de chaleur. J’étais donc tout prêt quand on vint me la présenter un instant après, et qu’on l’appela (d’après ce qu’il m’a semblé comprendre) La Doral (exactement comme Jocko était Le Doral), le même nom avec une terminaison féminine.
Je me mis sur pieds, lui pris la main, m’inclinai et la lui baisai. Ce n’était pas là une coutume névianne mais cela fit très bon effet : Mrs. Doral rougit et en sembla heureuse ; Jocko sourit avec fierté.
Ce fut la seule pour laquelle je me suis levé. Tous les hommes et tous les jeunes s’inclinèrent devant moi ; toutes les filles, de six ans à soixante, me firent la révérence, pas la révérence que nous connaissons, mais la révérence à la mode névianne. Cela ressemblait assez à un pas de twist. Un pied en avant, puis profonde inclination en arrière, puis un balancement sur l’autre pied, accompagné d’une courbette, tout en faisant lentement onduler le corps. Cela ne vous paraît peut-être pas très gracieux mais cela l’était quand même et prouvait aussi que, sur le domaine du Doral, il n’y avait pas un seul cas d’arthrite ni un seul déplacement de disque vertébral.
Jocko ne se compliquait pas la vie avec les noms ; les femelles étaient toutes « Mon Petit cœur » ou « Ma Chatte », ou encore « Ma Jolie Poupée » et, quant aux mâles, même ceux qui paraissaient plus âgés que lui, il les appelait « fiston. »
Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’une bonne partie d’entre eux ait été ses enfants. Je n’ai pas très bien compris quelles étaient les institutions de Névia. Cela ressemblait un peu à la féodalité que nous avons connue, – et c’était peut-être bien cela, – mais je n’ai pas su découvrir avec exactitude si tous ces gens étaient pour le Doral des esclaves, des serfs, des mercenaires ou bien tout simplement les membres d’une grande famille. Un mélange de tout cela, je pense. Les titres n’avaient pas grande importance. Le seul titre de Jocko était indiqué par une inflexion grammaticale : il était Le Doral au lieu d’être tout simplement un quelconque parmi deux centaines de Doral. Je glissais bien le titre de « Seigneur » ici ou là, parce que Star et Rufo l’utilisaient, mais ce n’était là qu’un simple terme de courtoisie, sur Névia. Mais il est difficile de traduire ces notions : « Freiherr » ne signifie pas « homme libre », et « monsieur » ne veut pas dire « mon Seigneur ». Star émaillait ses discours de « Seigneur » parce qu’elle était trop polie pour dire « mon pote ! », même à ses intimes.
36
Célèbre scénariste de bandes dessinées aux U.S.A. C’est lui qui, entre autres, est l’auteur des scripts du « X9 » dessiné par Al Williamson.