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Les sentinelles de la nuit

Электронная книга - «Les sentinelles de la nuit». Краткое содержание книги:

Vous appartenez déjà au monde des Autres, mais vous ne le savez pas... Depuis plus de 1000 ans, défenseurs du Bien ou forces du Mal, les Autres vivent parmi nous dans une trêve fragile. Aujourd'hui, cette trêve est menacée. Le Bien va combattre le Mal. Sentinelles de la Nuit contre Sentinelles du Jour. 
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J’ai poussé la porte voisine.

C’était la chambre d’enfant. Un bambin de cinq ans dormait dans son petit lit. Ses parents et sa sœur adolescente somnolaient paisiblement sur le tapis. Rien d’étonnant. On avait endormi les propriétaires du lieu pour qu’ils ne traînent pas dans nos jambes. L’état-major aurait pu s’installer dans la Pénombre, mais à quoi bon dilapider de l’énergie ?

On m’a tapé sur l’épaule. Je me suis retourné. C’était Semion.

— Le chef est là. Vas-y.

Apparemment, tout le monde savait que le chef m’attendait.

Je suis entré dans la pièce suivante et sur le moment, je suis demeuré interloqué.

Difficile d’imaginer spectacle plus absurde qu’un état-major du Contrôle de la Nuit installé dans un appartement.

Au-dessus de la coiffeuse encombrée de cosmétiques et de bijoux en toc planait une sphère magique de diamètre moyen. Elle transmettait l’image de la tornade vue d’en haut. Léna, notre meilleur opératrice, était assise sur un pouf, silencieuse et concentrée. Ses yeux étaient fermés, mais à mon entrée, elle a bougé la main pour me dire bonjour.

L’opérateur d’une sphère peut voir tout l’espace environnant, impossible de passer inaperçu.

Le chef était à moitié étendu sur le lit, entouré de coussins et d’oreillers. Il portait une longue tunique orientale bariolée, des babouches et un fez. La douce fumée d’un petit narguilé emplissait la pièce. La chouette blanche était perchée à côté de lui. Apparemment, ils communiquaient sur un mode non verbal.

Dans les moments de grande tension, le chef revenait à ses habitudes acquises en Asie centrale, où il avait travaillé dans les dernières années du XIXe siècle et au début du XXe. D’abord sous l’identité d’un mufti, puis d’un chef de basmatchis en lutte contre les bolcheviks, puis d’un commissaire rouge et enfin, pendant près de dix ans, d’un secrétaire local du parti.

Danil et Farid se tenaient devant la fenêtre. Même mes modestes capacités étaient suffisantes pour percevoir la lueur rouge des baguettes magiques dissimulées dans leurs manches.

Rien d’étonnant. Un état-major se doit d’être gardé. Danil et Farid n’étaient pas des combattants de première classe, mais ils avaient de l’expérience, ce qui est souvent plus important que la force brutale.

Mais comment expliquer la présence du dernier Autre installé dans la chambre ?

Il était discrètement assis en tailleur dans un coin. Maigre comme un bâton, les joues creuses, les cheveux noirs coupés très court, de grands yeux tristes. D’un âge indéterminé : peut-être trente ans ou peut-être trois cents. Des vêtements sombres. Son costume souple et sa chemise grise s’harmonisaient à son physique. On aurait pu le prendre pour un membre d’une petite secte. Ce qui était partiellement vrai.

C’était un mage noir. Du plus haut niveau. Lorsqu’il m’a regardé, j’ai senti mon bouclier de défense – pourtant posé par bien plus fort que moi – craquer et se déformer sur les bords.

J’ai reculé d’un pas, malgré moi. Mais le mage avait déjà baissé les yeux, comme pour indiquer qu’il m’avait sondé involontairement, par accident.

— Boris Ignatievitch…, ai-je soufflé d’une voix un peu rauque.

Le chef s’est tourné vers le mage noir et leurs regards se sont croisés.

— Donne-lui une amulette, a-t-il ordonné.

La voix du mage noir était douce et mélancolique, comme celle d’un homme qui porte le poids de tous les malheurs du monde :

— Je ne fais rien, qui soit interdit par le Traité…

— Moi non plus. Mes collaborateurs doivent être immunisés contre les observateurs.

C’était donc ça ! Un observateur du Contrôle du Jour. Leur état-major était certainement établi à proximité ; en contrepartie, l’un des nôtres se trouvait parmi eux.

Le mage a plongé la main dans la poche de son veston et en a extirpé un petit médaillon d’ivoire pendu à une chaînette de cuivre. Il me l’a tendu.

— Lance-le, ai-je dit.

Il a souri avec indulgence. J’ai attrapé le médaillon.

— Ton nom ? ai-je demandé.

— Zébulon.

Je ne l’avais jamais entendu auparavant. Soit il n’était pas très connu, soit, au contraire, il se trouvait au sommet de leur hiérarchie.

— Zébulon, ai-je répété en regardant l’amulette. Tu n’as plus de pouvoir sur moi.

Le médaillon est devenu tiède. Je l’ai mis par-dessus ma chemise, j’ai adressé un signe de tête au mage noir et je me suis approché du chef.

— Voilà où nous en sommes, Anton, a grommelé celui-ci sans retirer son narguilé de sa bouche. Tu as vu ?

J’ai regardé par la fenêtre et j’ai acquiescé.

La tornade noire provenait d’un immeuble de huit étages identique à celui où nous nous trouvions. Sa tige fine et mobile émergeait d’un appartement du rez-de-chaussée. A travers la Pénombre, je pouvais localiser l’appartement.

— Comment cela a-t-il pu se produire ? Boris Ignatievitch, il ne s’agit plus d’une brique sur la tête, ni même d’une explosion de gaz dans l’immeuble.

— Nous faisons notre possible, a dit le chef, comme s’il devait me rendre des comptes. Toutes les bases de fusées sont sous contrôle, chez nous, aux États-Unis et en France. En Chine aussi, ils auront bientôt la situation en main. Pour l’arsenal nucléaire, c’est plus difficile. Nous avons du mal à retrouver tous les satellites laser en état de marche. Et Moscou grouille de saloperies bactériologiques… Il y a une heure, on a évité de justesse une catastrophe à l’institut de virologie.

— On ne saurait tromper le sort, ai-je remarqué prudemment.

— C’est bien le hic. Nous sommes en train de colmater les brèches d’un navire qui est sur le point de se briser en deux.

Soudain, j’ai remarqué qu’ils étaient tous en train de me regarder : le mage noir, Olga, Léna et les deux gardes. De quoi me mettre mal à l’aise.

— Boris Ignatievitch ?

— Tu es lié à elle.

— Hein ?

Le chef a lâché sa pipe, une fumée froide aux effluves d’opium a filtré vers le sol.

— Toi, Anton Gorodetski, informaticien, célibataire, aux capacités moyennes, tu es lié à la jeune femme que vise cette fichue tornade.

Zébulon a poussé un léger soupir. Je n’ai rien trouvé de mieux que de demander :

— Pourquoi ?

— Je n’en sais rien. Nous lui avons envoyé Ignat. Qui a fait un sans-faute. Tu sais bien qu’il est capable de séduire n’importe qui.

— Mais avec elle, ça n’a pas marché ?

— Si. Sauf que la tornade s’est mise à grandir. Ils ont bavardé pendant une demi-heure, et la tornade qui faisait un mètre et demi est passée à vingt-cinq mètres. Il a fallu le rappeler d’urgence.

J’ai coulé un regard en direction du mage noir. Zébulon contemplait le plancher, mais il a aussitôt levé les yeux. Cette fois, ma défense n’en a pas été affectée : l’amulette me protégeait efficacement.

— Ça ne sert pas nos intérêts, a-t-il dit doucement. Seul un sauvage est capable de tuer un éléphant pour se faire cuire un steak.

La comparaison m’a déplu. Mais apparemment, il ne mentait pas.

— Des destructions d’une pareille ampleur nous sont rarement nécessaires, a-t-il ajouté. Nous ne poursuivons actuellement aucun projet qui puisse exiger un tel flot d’énergie.

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