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Les sentinelles de la nuit

Электронная книга - «Les sentinelles de la nuit». Краткое содержание книги:

Vous appartenez déjà au monde des Autres, mais vous ne le savez pas... Depuis plus de 1000 ans, défenseurs du Bien ou forces du Mal, les Autres vivent parmi nous dans une trêve fragile. Aujourd'hui, cette trêve est menacée. Le Bien va combattre le Mal. Sentinelles de la Nuit contre Sentinelles du Jour. 
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Une petite ville pareille à un jouet, Préservée des épidémies et des invasions. Où sur la tour de guet rouillait un vieux canon, Qu’aucun voyageur jamais ne traversait. Sans jours ordinaires ni jours de fête, les ans passaient. Toute la ville dormait. En rêve, elle voyait des falaises mortes Et des terres dépeuplées…

Nous roulions sur une grande route. De plus en plus vite, je n’avais jamais roulé aussi vite à travers Moscou. Ni en dehors de Moscou. Si le chef n’avait pas fait le ménage des probabilités, j’aurais demandé au chauffeur de ralentir, mais là, j’éprouvais seulement une légère nervosité.

Parmi les pierres froides une musique jouait, Mais la ville dormait… Où nous appelait-elle ? Qui cherchait-elle ? Personne ne savait.

Romanov, l’auteur des paroles, était aussi un Autre. Mais non initié. On l’avait découvert trop tard. Il avait refusé notre proposition.

C’était aussi un choix.

Combien de fois avait-il entendu cette musique dans la nuit ?

Dans la lourdeur de la nuit Qui n ’a pas refermé ses volets A disparu à jamais. Il est parti chercher le pays Où la vie est pleine de vie, En suivant la musique…

— Tu en veux encore ?

Le député était d’une amabilité confondante. Que lui avaient donc suggéré Tigron et Ours ? Que j’étais son meilleur ami ?

Qu’il m’était profondément redevable ? Que j’étais le fils illégitime, mais tendrement aimé, du président ?

Aucune importance. Il existe des centaines de moyens d’éveiller la confiance, la sympathie et le désir d’aider. La Lumière a ses méthodes. Malheureusement, l’Obscurité n’en manque pas non plus. Mais là n’était pas la question.

La question était : pourquoi le chef a-t-il besoin de ma présence ?

Ilya m’attendait au bord de la route. Les mains dans les poches, il regardait avec dégoût le ciel d’où tombait une neige fine.

— Tu en as mis du temps, a-t-il remarqué quand je suis sorti de la voiture après avoir serré la main du député. Le chef en a assez de t’attendre.

— Que se passe-t-il ?

Ilya a souri, mais d’un sourire sans gaieté.

— Tu verras toi-même. Suis-moi.

Nous avons remonté l’allée, dépassant des femmes chargées de sacs qui revenaient du supermarché. Nous avions désormais de vrais supermarchés, mais la démarche de ces femmes était restée la même qu’à l’époque soviétique, on aurait pu croire qu’elles venaient de faire une heure de queue pour acheter de maigres poulets violacés.

— C’est encore loin ?

— Si c’était loin, nous aurions pris une voiture.

— Et notre géant du sexe ? Il a raté son coup ?

— Ignat a fait de son mieux.

J’ai ressenti un étrange accès de satisfaction, comme si l’échec du bel Ignat était dans mon intérêt. Généralement, si le devoir l’exigeait, il se retrouvait toujours dans le lit de qui il fallait au bout d’une heure ou deux.

— Le chef a lancé une alerte pour l’évacuation, a dit Ilya.

— Comment ça ?

— Tout le monde doit être prêt. Si la tornade ne se stabilise pas, les Autres doivent quitter Moscou.

Il ouvrait la marche et je ne pouvais le regarder dans les yeux. Mais quel besoin aurait-il eu de mentir ?

— La tornade est toujours…, ai-je commencé.

Et je me suis tu. Je venais de l’apercevoir.

Devant moi, sur fond de ciel enneigé, un cyclone noir tournait lentement sur lui-même.

C’était bien plus qu’une tornade : un cyclone gigantesque, surgi non du premier immeuble mais de celui, encore invisible, qui se trouvait derrière. D’après l’angle d’inclinaison, il prenait racine presque au niveau du sol.

— Diable…, ai-je murmuré.

— Ne l’invoque pas, m’a interrompu Ilya. Il pourrait bien répondre à l’invitation.

— Elle doit faire une trentaine de mètres.

— Trente-deux. Et elle grossit toujours.

J’ai tourné la tête vers mon épaule. Olga avait quitté la Pénombre.

Vous avez déjà vu un oiseau en proie à une terreur humaine ?

Ses plumes étaient complètement hérissées. J’ignorais que ce fut possible. Ses yeux étincelaient. Elle avait réduit en charpie l’épaule de mon malheureux anorak et continuait de gratter, comme si elle avait l’intention de creuser jusqu’à ma chair.

— Olga !

Ilya s’est retourné.

— Eh oui, a-t-il dit en hochant la tête. D’après le chef, la tornade qui a précédé la bombe d’Hiroshima était moins haute.

La chouette a battu des ailes et a pris silencieusement son envol. Une femme derrière moi a poussé un cri. Me retournant, j’ai vu son visage stupéfait, elle suivait l’oiseau d’un regard incrédule.

— Ce n’est qu’une corneille, a dit doucement Ilya en lui jetant un bref coup d’œil.

Ses réactions étaient plus rapides que les miennes. Un instant plus tard, la femme nous dépassait, grommelant une remarque sur l’allée étroite et les gens qui bouchaient le passage.

— Elle grandit vite ?

— Par à-coups. Là, elle est en train de se stabiliser. Le chef a rappelé Ignat à temps. Viens…

La chouette a contourné la tornade en traçant un grand cercle avant de revenir nous survoler à basse altitude. Olga avait conservé un certain contrôle d’elle-même, mais sa sortie imprudente indiquait à quel point elle était perturbée.

— Qu’a-t-il donc fait ?

— Rien du tout. A part manifester un peu trop d’aplomb. Il a lié connaissance. Il s’est mis à la draguer et la tornade a grossi… A une vitesse fulgurante.

— Je ne comprends pas. Pour qu’une tornade enfle comme ça, le mage qui a invoqué l’inferno doit augmenter sa charge énergétique.

— Précisément. Il a dû déceler la présence d’Ignat et jeter de l’huile sur le feu. Par ici…

Nous sommes entrés dans le premier immeuble. La chouette s’y est engouffrée derrière nous. J’ai regardé Ilya d’un air surpris, mais je n’ai pas posé de questions. D’ailleurs je n’ai pas tardé à comprendre la raison de notre présence.

L’état-major s’était installé dans un appartement du rez-de-chaussée. La porte blindée, solidement cadenassée dans le monde humain, était grande ouverte au niveau de la Pénombre. Ilya est entré sans ralentir le pas, mais il m’a fallu quelques secondes pour le suivre.

Un quatre-pièces spacieux et bien aménagé. Mais très chaud, très bruyant et très enfumé.

Il y avait là une bonne vingtaine d’Autres. Des patrouilleurs et des ronds-de-cuir comme moi. Personne n’a semblé prêter attention à mon arrivée. Mais beaucoup ont suivi Olga des yeux. J’ai compris que les anciens la connaissaient, cependant, aucun ne lui a dit bonjour ni même esquissé un sourire à son adresse.

De quoi était-elle donc coupable ?

— Le chef est dans la chambre à coucher, a jeté Ilya en se dirigeant vers la cuisine où résonnait un bruit de verres. Sans doute prenaient-ils le thé, ou quelque chose de plus fort. Un bref regard dans l’entrebâillement m’a permis de constater qu’on faisait boire du cognac à Ignat pour qu’il se remette de ses émotions. Notre terroriste sexuel nageait en pleine déprime, il n’était pas accoutumé à l’échec.

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