Le rosier de Madame Husson (1888)
- Автор: Де Мопассан Ги
- Серия: L’œuvre de Guy de Maupassant #30
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le rosier de Madame Husson (1888)». Краткое содержание книги:
Un ami du narrateur, très imbu de l'histoire locale, raconte l'anecdote suivante : Mme Husson, modèle de vertu de Gisors, s'est mis en tête de promouvoir la chasteté dans sa ville en couronnant une rosière. Mais aucune fille ne résiste à l'enquête de mœurs, aussi Mme Husson se rabat-elle sur l'esprit simple du village, Isidore, qui est couronné « rosier ». Or celui-ci utilise sa récompense pour s'encanailler à Paris.
Il s’en alla sans rien me donner. Je ne m’en aperçus seulement pas. Il pleuvait, comme je vous l’disais. C’est d’puis ce jour-là que j’ai des douleurs que je n’ai pas pu m’en guérir, vu que j’ai dormi toute la nuit dans la crotte.
Je fus réveillée par deux sergots qui me mirent au poste, et puis, de là, en prison, où je restai huit jours, pendant qu’on cherchait ce que je pouvais bien être et d’où je venais. Je ne voulus point le dire par peur des conséquences.
On le sut pourtant et on me lâcha, après un jugement d’innocence.
Il fallait recommencer à trouver du pain. Je tâchai d’avoir une place, mais je ne pus pas, à cause de la prison d’où je venais.
Alors je me rappelai d’un vieux juge qui m’avait tourné de l’œil, pendant qu’il me jugeait, à la façon du père Lerable, d’Yvetot. Et j’allai le trouver. Je ne m’étais point trompée. Il me donna cent sous quand je le quittai, en me disant : « T’en auras autant toutes les fois ; mais viens pas plus souvent que deux fois par semaine. »
Je compris bien ça, vu son âge. Mais ça me donna une réflexion. Je me dis : « Les jeunes gens, ça rigole, ça s’amuse ; mais il n’y a jamais gras, tandis que les vieux, c’est autre chose. » Et puis je les connaissais maintenant, les vieux singes, avec leurs yeux en coulisse et leur petit simulacre de tête.
Savez-vous ce que je fis, Monsieur ? Je m’habillai en bobonne qui vient du marché, et je courais les rues en cherchant mes nourriciers. Oh ! Je les pinçais du premier coup. Je me disais : « En v’là un qui mord. »
Il s’approchait. Il commençait :
— Bonjour, mamzelle.
— Bonjour, Monsieur.
— Ousque vous allez comme ça ?
— Je rentre chez mes maîtres.
— Ils demeurent loin, vos maîtres ?
— Comme ci, comme ça. Alors il ne savait plus quoi dire. Moi je ralentissais le pas pour le laisser s’expliquer. Alors il prononçait, tout bas, quelques compliments, et puis il me demandait de passer chez lui. Je me faisais prier, vous comprenez, puis je cédais. J’en avais de la sorte deux ou trois pour chaque matin, et toutes mes après-midi libres. Ç’a été le bon temps de ma vie. Je ne me faisais pas de bile. Mais voilà. On n’est jamais tranquille longtemps. Le malheur a voulu que je fisse la connaissance d’un grand richard du grand monde. Un ancien président qui avait bien soixante-quinze ans. Un soir, il m’emmena dîner dans un restaurant des environs. Et puis, vous comprenez, il n’a pas su se modérer. Il est mort au dessert.
J’ai eu trois mois de prison, vu que je n’étais point sous la surveillance.
C’est alors que je vins à Paris.
Oh ! Ici, Monsieur, c’est dur de vivre. On ne mange pas tous les jours, allez. Y en a trop. Enfin, tant pis, chacun sa peine, n’est-ce pas ?
Elle se tut. Je marchais à son côté, le cœur serré. Tout à coup, elle se remit à me tutoyer.
— Alors tu ne montes pas chez moi, mon chéri ?
— Non, je te l’ai déjà dit.
— Eh bien ! Au revoir, merci tout de même, sans rancune. Mais je t’assure que tu as tort.
Et elle partit, s’enfonçant dans la pluie fine comme un voile. Je la vis passer sous un bec de gaz, puis disparaître dans l’ombre. Pauvre fille !
La fenêtre
Je fis la connaissance de Mme de Jadelle à Paris, cet hiver. Elle me plut infiniment tout de suite. Vous la connaissez d’ailleurs autant que moi…, non… pardon… presque autant que moi… Vous savez comme elle est fantasque et poétique en même temps. Libre d’allures et de cœur impressionnable, volontaire, émancipée, hardie, entreprenante, audacieuse, enfin au-dessus de tout préjugé, et, malgré cela, sentimentale, délicate, vite froissée, tendre et pudique.
Elle était veuve, j’adore les veuves, par paresse. Je cherchais alors à me marier, je lui fis la cour. Plus je la connaissais, plus elle me plaisait ; et je crus le moment venu de risquer ma demande. J’étais amoureux d’elle et j’allais le devenir trop. Quand on se marie, il ne faut pas trop aimer sa femme, parce qu’alors on fait des bêtises ; on se trouble, on devient en même temps niais et brutal. Il faut se dominer encore. Si on perd la tête le premier soir, on risque fort de l’avoir boisée un an plus tard.
Donc, un jour, je me présentai chez elle avec des gants clairs et je lui dis : « Madame, j’ai le bonheur de vous aimer et je viens vous demander si je puis avoir quelque espoir de vous plaire, en y mettant tous mes soins, et de vous donner mon nom. »
Elle me répondit tranquillement : « Comme vous y allez, Monsieur ! J’ignore absolument si vous me plairez tôt ou tard ; mais je ne demande pas mieux que d’en faire l’épreuve. Comme homme, je ne vous trouve pas mal. Reste à savoir ce que vous êtes comme cœur, comme caractère et comme habitudes. La plupart des mariages deviennent orageux ou criminels, parce qu’on ne se connaît pas assez en s’accouplant. Il suffit d’un rien, d’une manie enracinée, d’une opinion tenace sur un point quelconque de morale, de religion ou de n’importe quoi, d’un geste qui déplaît, d’un tic, d’un tout petit défaut ou même d’une qualité désagréable pour faire deux ennemis irréconciliables, acharnés et enchaînés l’un à l’autre jusqu’à la mort, des deux fiancés les plus tendres et les plus passionnés.
« Je ne me marierai pas, Monsieur, sans connaître à fond, dans les coins et replis de l’âme, l’homme dont je partagerai l’existence. Je le veux étudier à loisir, de tout près, pendant des mois.
« Voici donc ce que je vous propose. Vous allez venir passer l’été chez moi, dans ma propriété de Lauville, et nous verrons là, tranquillement, si nous sommes faits pour vivre côte à côte…
« Je vous vois rire ! Vous avez une mauvaise pensée. Oh ! Monsieur, si je n’étais pas sûre de moi, je ne vous ferais point cette proposition. J’ai pour l’amour, tel que vous le comprenez, vous autres hommes, un tel mépris et un tel dégoût qu’une chute est impossible pour moi. Acceptez-vous ? »
Je lui baisai la main.
— Quand partons-nous, Madame ?
— Le 10 mai. C’est entendu ?
— C’est entendu.
Un mois plus tard, je m’installais chez elle. C’était vraiment une singulière femme. Du matin au soir, elle m’étudiait. Comme elle adore les chevaux, nous passions chaque jour des heures à nous promener par les bois, en parlant de tout, car elle cherchait à pénétrer mes plus intimes pensées autant qu’elle s’efforçait d’observer jusqu’à mes moindres mouvements.
Quant à moi, je devenais follement amoureux et je ne m’inquiétais nullement de l’accord de nos caractères. Je m’aperçus bientôt que mon sommeil lui-même était soumis à une surveillance. Quelqu’un couchait dans une petite chambre à côté de la mienne, où l’on n’entrait que fort tard et avec des précautions infinies. Cet espionnage de tous les instants finit par m’impatienter. Je voulus hâter le dénouement, et je devins, un soir, entreprenant. Elle me reçut de telle façon que je m’abstins de toute tentative nouvelle ; mais un violent désir m’envahit de lui faire payer, d’une façon quelconque, le régime policier auquel j’étais soumis, et je m’avisai d’un moyen.
Vous connaissez Césarine, sa femme de chambre, une jolie fille de Granville, où toutes les femmes sont belles, mais aussi blonde que sa maîtresse est brune.