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Les Mille Et Une Nuits Tome I

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Les Mille Et Une Nuits Tome I
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L’entretien du sultan et du roi des Îles Noires se termina par les plus tendres embrassements. Après quoi, le jeune prince ne songea qu’aux préparatifs de son voyage. Ils furent achevés en trois semaines, au grand regret de toute sa cour et de ses sujets, qui reçurent de sa main un de ses proches parents pour leur roi.

Enfin, le sultan et le jeune prince se mirent en Chemin avec cent chameaux chargés de richesses inestimables, tirées des trésors du jeune roi, qui se fit suivre par cinquante cavaliers bien faits, parfaitement bien montés et équipés. Leur voyage fut heureux; et lorsque le sultan, qui avait envoyé des courriers pour donner avis de son retardement et de l’aventure qui en était la cause, fut près de sa capitale, les principaux officiers qu’il y avait laissés vinrent le recevoir, et l’assurèrent que sa longue absence n’avait apporté aucun changement dans son empire. Les habitants sortirent aussi en foule, le reçurent avec de grandes acclamations, et firent des réjouissances qui durèrent plusieurs jours.

Le lendemain de son arrivée, le sultan fit à tous ses courtisans assemblés un détail fort ample des choses qui, contre son attente, avaient rendu son absence si longue. Il leur déclara ensuite l’adoption qu’il avait faite du roi des quatre Îles Noires, qui avait bien voulu abandonner un grand royaume pour l’accompagner et vivre avec lui. Enfin, pour reconnaître la fidélité qu’ils lui avaient tous gardée, il leur fit des largesses proportionnées au rang que chacun tenait à sa cour.

Pour le pêcheur, comme il était la première cause de la délivrance du jeune prince, le sultan le combla de biens, et le rendit, lui et sa famille, très-heureux le reste de leurs jours.

Scheherazade finit là le conte du pêcheur et du génie. Dinarzade lui marqua qu’elle y avait pris un plaisir infini, et Schahriar lui ayant témoigné la même chose, elle leur dit qu’elle en savait un autre plus beau que celui-là, et que si le sultan le lui voulait permettre, elle le raconterait le lendemain, car le jour commençait à paraître. Schahriar, se souvenant du délai d’un mois qu’il avait accordé à la sultane, et curieux d’ailleurs de savoir si ce nouveau conte serait aussi agréable qu’elle le promettait, se leva dans le dessein de l’entendre la nuit suivante.

XXVIII NUIT.

Dinarzade, suivant sa coutume, n’oublia pas d’appeler la sultane lorsqu’il en fut temps: Ma chère sœur, lui dit-elle, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour, de me raconter un de ces beaux contes que vous savez. Scheherazade, sans lui répondre, commença d’abord, et adressant la parole au sultan:

HISTOIRE DE TROIS CALENDERS, FILS DE ROIS, ET DE CINQ DAMES DE BAGDAD.

Sire, dit-elle, en adressant la parole au sultan, sous le règne du calife [15] Haroun Alraschid, il y avait à Bagdad, où il faisait sa résidence, un porteur qui, malgré sa profession basse et pénible, ne laissait pas d’être homme d’esprit et de bonne humeur. Un matin qu’il était, à son ordinaire, avec un grand panier à jour près de lui, dans une place où il attendait que quelqu’un eût besoin de son ministère, une jeune dame de belle taille, couverte d’un grand voile de mousseline, l’aborda, et lui dit d’un air gracieux: «Écoutez, porteur, prenez votre panier, et suivez-moi.» Le porteur, enchanté de ce peu de paroles prononcées si agréablement, prit aussitôt son panier, le mit sur sa tête, et suivit la dame en disant: «Ô jour heureux! Ô jour de bonne rencontre!»

D’abord la dame s’arrêta devant une porte formée, et frappa. Un chrétien, vénérable par une longue barbe blanche, ouvrit, et elle lui mit de l’argent dans la main, sans lui dire un seul mot. Mais le chrétien, qui savait ce qu’elle demandait, rentra, et peu de temps après apporta une grosse cruche d’un vin excellent: «Prenez cette cruche, dit la dame au porteur, et la mettez dans votre panier.» Cela étant fait, elle lui commanda de la suivre, puis elle continua de marcher, et le porteur continua de dire: «Ô jour de félicité! ô jour d’agréable surprise et de joie!»

La dame s’arrêta à la boutique d’un vendeur de fruits et de fleurs, où elle choisit plusieurs sortes de pommes, des abricots, des pêches, des coings, des limons, des citrons, des oranges, du myrte, du basilic, des lis, du jasmin, et de quelques autres sortes de fleurs et de plantes de bonne odeur. Elle dit au porteur de mettre tout cela dans son panier, et de la suivre. En passant devant l’étalage d’un boucher, elle se fit peser vingt-cinq livres de la plus belle viande qu’il eût; ce que le porteur mit encore dans son panier, par son ordre. À une autre boutique, elle prit des câpres, de l’estragon, de petits concombres, de la percepierre et autres herbes, le tout confit dans le vinaigre; à une autre, des pistaches, des noix, des noisettes, des pignons, des amandes, et d’autres fruits semblables; à une autre encore, elle acheta toutes sortes de pâtes d’amande. Le porteur, en mettant toutes ces choses dans son panier, remarquant qu’il se remplissait, dit à la dame: «Ma bonne dame, il fallait m’avertir que vous feriez tant de provisions: j’aurais pris un cheval, ou plutôt un chameau pour les porter. J’en aurai beaucoup plus que ma charge pour peu que vous en achetiez d’autres.» La dame rit de cette plaisanterie, et ordonna de nouveau au porteur de la suivre.

Elle entra chez un droguiste, où elle se fournit de toutes sortes d’eaux de senteur, de clous de girofle, de muscade, de poivre, de gingembre, d’un gros morceau d’ambre gris, et de plusieurs autres épiceries des Indes; ce qui acheva de remplir le panier du porteur, auquel elle dit encore de la suivre. Alors ils marchèrent tous deux jusqu’à ce qu’ils arrivèrent à un hôtel magnifique dont la façade était ornée de belles colonnes, et qui avait une porte d’ivoire. Ils s’y arrêtèrent, et la dame frappa un petit coup…

En cet endroit, Scheherazade aperçut qu’il était jour, et cessa de parler. Franchement, ma sœur, dit Dinarzade, voilà un commencement qui donne beaucoup de curiosité: je crois que le sultan ne voudra pas se priver du plaisir d’entendre la suite. Effectivement, Schahriar, loin d’ordonner la mort de la sultane, attendit impatiemment la nuit suivante, pour apprendre ce qui se passerait dans l’hôtel dont elle avait parlé.

XXIX NUIT.

Dinarzade, réveillée avant le jour, adressa ces paroles à la sultane: Ma sœur, si vous ne dormez pas, je vous prie de poursuivre l’histoire que vous commençâtes hier. Scheherazade aussitôt la continua de cette manière:

Pendant que la jeune dame et le porteur attendaient que l’on ouvrît la porte de l’hôtel, le porteur faisait mille réflexions. Il était étonné qu’une dame, faite comme celle qu’il voyait, fît l’office de pourvoyeur: car enfin il jugeait bien que ce n’était pas une esclave: il lui trouvait l’air trop noble pour penser qu’elle ne fut pas libre, et même une personne de distinction. Il lui aurait volontiers fait des questions pour s’éclaircir de sa qualité; mais dans le temps qu’il se préparait à lui parler, une autre dame, qui vint ouvrir la porte, lui parut si belle, qu’il en demeura tout surpris; ou plutôt il fut si vivement frappé de l’éclat de ses charmes, qu’il en pensa laisser tomber son panier avec tout ce qui était dedans, tant cet objet le mit hors de lui-même. Il n’avait jamais vu de beauté qui approchât de celle qu’il avait devant les yeux.

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[15] Calife ou khalife (khalifah) est un mot arabe qui signifie vicaire, et sous lequel sont désignés les souverains de l’empire des Arabes, successeurs de Mahomet.

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