— On se calme, monsieur À-la-rescousse. Un seul idiot, ça suffit largement.
— Je ne t’ai pas entendu proposer mieux.
Angalo fit siffler la hache dans les airs une ou deux fois.
— Je n’ai rien de mieux à proposer.
Un petit voyant rouge se mit à clignoter sur la surface du Truc.
Au bout d’un moment, un minuscule orifice de forme carrée s’ouvrit, on entendit un vrombissement infime et le Truc déploya une petite lentille au bout d’une tige. L’objet tourna lentement.
Puis le Truc parla.
— Où se trouve cet endroit ? demanda-t-il.
Il inclina la lentille vers le haut et il resta silencieux, le temps d’examiner le visage de l’humain qui le regardait.
— Et pourquoi ? ajouta-t-il.
— Je ne sais pas réellement, répondit Masklinn. Nous sommes dans une pièce d’un grand bâtiment. Les humains ne m’ont pas fait de mal. Je crois que l’un d’eux essaie de me parler.
— Il semblerait que nous nous trouvions dans un récipient de verre.
— Ils m’ont même donné un petit lit, expliqua Masklinn. Et je crois que le machin, là-bas, c’est comme des toilettes, mais… écoute-moi ! Et le Vaisseau ?
— Je présume qu’il est en route, annonça calmement le Truc.
— Tu présumes ? Tu présumes ? Tu veux dire que tu n’en sais rien ?
— Beaucoup de choses peuvent ne pas se dérouler selon les prévisions. Si tout a bien fonctionné, le Vaisseau sera ici sous peu.
— Et sinon, je suis coincé ici pour la vie, termina Masklinn sur un ton amer. C’est à cause de toi si je suis ici, tu sais.
— Oui, je le sais. Merci.
Masklinn se détendit un peu.
— Ils sont très gentils, expliqua-t-il. (Il réfléchit à ce qu’il venait de dire.) Enfin, je crois, ajouta-t-il. C’est difficile à dire.
Il regarda à travers la paroi transparente. Une foule d’humains était venue le regarder au cours des minutes qui venaient de s’écouler. Il n’était pas bien fixé : était-il un invité de marque ou un prisonnier, voire quelque chose entre les deux ?
— Ça m’a paru être le seul espoir, sur le coup, acheva-t-il sur un ton embarrassé.
— Je surveille les communications.
— Comme toujours.
— La plupart parlent de toi. Toutes sortes d’experts vont se précipiter ici pour t’examiner.
— Quel genre d’experts ? Des experts en gnomes ?
— Des experts en dialogue avec des créatures venues d’un autre monde. Les humains n’ont jamais rencontré personne qui vienne d’un autre monde, mais ils ont quand même des experts pour parler avec eux.
— J’espère que ça va marcher, fit Masklinn, grave. Les humains connaissent vraiment l’existence des gnomes, désormais.
— Mais pas leur vraie nature. Ils croient que tu viens juste d’arriver.
— C’est la pure vérité.
— Non, que tu viens juste d’arriver ici. Sur cette planète. Arrivé des étoiles.
— Mais ça fait des milliers d’années qu’on est là ! On vit ici !
— Les humains trouvent beaucoup plus facile de croire à des petits bonshommes venus de l’espace qu’à de petits bonshommes terrestres. Ils préfèrent croire aux petits hommes verts plutôt qu’aux farfadets.
Le front de Masklinn se fronça.
— J’ai rien compris.
— Ne t’inquiète pas, c’est sans importance.
Le Truc fit pivoter sa lentille pour inspecter le reste de la pièce.
— Très bien. Très scientifique.
Puis il la braqua sur un plateau en plastique blanc posé près de Masklinn.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Oh ! des fruits, des noix, de la viande, des trucs comme ça. Je crois qu’ils m’observent pour voir ce que je mange. J’ai l’impression que ce sont des humains très intelligents, Truc. J’ai montré ma bouche du doigt, et ils ont compris que j’avais faim.
— Ah ! fit le Truc. Conduisez-moi à votre chef cuisinier.
— Pardon ?
— Je vais m’expliquer. Je t’ai dit que je surveillais leurs communications ?
— Tout le temps.
— Il existe une plaisanterie, c’est-à-dire une anecdote ou histoire humoristique, que racontent les humains. Elle parle d’un Vaisseau venu d’un autre monde qui se pose sur cette planète. D’étranges créatures en sortent et demandent une pompe à essence, une poubelle, une machine à sous ou un engin mécanique de nature comparable : « Conduisez-moi à votre chef. » Je suppose que c’est parce qu’ils ne savent pas quelle apparence ont les humains. J’ai ajouté le mot « cuisinier », par allusion aux humains qui s’occupent de la cuisine. C’est un trait d’humour, un jeu sur les mots visant à un effet hilarant.