Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне

Электронная книга - «Chroniques». Краткое содержание книги:

C'est le besoin d'argent qui, très tôt, pousse le jeune Maupassant, alors employé de ministère, à donner des articles de critique littéraire. Mais il rechigne un peu à se lier à un journal comme à se livrer à une écriture trop hâtive : « Jamais mon nom au bas d'une chronique écrite en moins de deux heures. » Et cependant, après la publication de « Boule de suif » au printemps de 1880 - il a trente ans tout juste -, sa réputation de conteur change la donne : c'est une rémunération d'écrivain reconnu qu'on lui offre et, l'année suivante, une soixantaine de chroniques paraissent dans Le Gaulois. D'autres journaux accueilleront aussi sa signature jusqu'à ce que, en 1887, il décide de pleinement se consacrer à ses derniers livres. Mais il aura écrit près de deux cent cinquante chroniques, dont le présent volume offre une anthologie ordonnée selon quatre grands thèmes : société et politique, murs du jour, flâneries et voyages, lettres et arts. Ainsi se dessine un témoignage capital sur son époque, mais ainsi se construit aussi une part de son uvre qu'on ne saurait négliger : dans les journaux, les chroniques alternent avec les contes ou les nouvelles, et des parentés de structure ou de thèmes ne manquent pas d'apparaître au point que l'on hésite à faire de tel texte une nouvelle plutôt qu'une chronique. Assurément, l'unité est ici celle d'un monde et d'une époque : mais c'est aussi bien celle que leur imposent le regard et la plume d'un homme qui a pu se dire « acteur et spectateur de lui-même et des autres ».
1 ... 248 249 250 251 252 253 254 255 256 ... 313
Перейти на страницу:

Chroniques. Année 1886

Un prophète

(Le Figaro, 1er janvier 1886)

En lisant Le Prêtre de Nemi, drame religieux et philosophique, histoire bizarre d’une sorte de prophète qui prêche sous la plume de M. Renan, la sagesse et la justice, sept cents ans avant l’ère chrétienne, en voyant surtout les paysages charmants dans lesquels le grand écrivain français a enveloppé son étrange sujet, le souvenir m’est venu d’un livre lu à Rome au printemps dernier et qui contient aussi l’histoire saisissante d’un prophète.

M. le professeur Barzellotti raconte dans son intéressante étude la vie singulière d’un illuminé, d’un fondateur de religion, né en 1835 à Arcidosso, province de Grosseto (Toscane), et mort en martyr, il y a quelques années à peine. On se rappellera sans doute le fait de cette mort dont nous avons ignoré jusqu’ici les détails.

Si cet inspiré était venu à une époque de foi, il est probable qu’il aurait entraîné des peuples et converti à sa doctrine une succession de générations, car on retrouve en lui les traits originaux des grands semeurs de croyances, et ce singulier mélange de franchise et de charlatanisme qu’il faut pour séduire les hommes.

Né en 1835, sur les confins des États pontificaux, David Lazzaretti montra dès son enfance une sensibilité et une imagination tellement remarquables, que les habitants du pays l’avaient surnommé Mille idées.

N’est-ce point là une marque qu’on retrouve chez tous les fondateurs de religions ?

Il fit preuve de très bonne heure d’une tendance à l’exaltation religieuse dont on signala, paraît-il, des traces héréditaires dans sa famille ; et il eut, à l’âge de treize ans, une apparition.

C’était pendant les événements de 1848. Un personnage mystérieux le rencontra et lui prédit tous les événements futurs de son existence.

Mais sa vie active et pénible dut arrêter le développement de sa vocation d’illuminé. Il fut dans sa jeunesse une sorte de barde célèbre déjà par ses poèmes rustiques, par ses chants, par sa beauté et par sa force physique.

Comme il transportait d’ordinaire du charbon et de la terre de Sienne sur le dos de ses trois mulets, les habitants des pays qu’il traversait se réunissaient autour de lui pendant ses haltes pour l’écouter déclamer les chants du Tasse ou de l’Arioste, et parfois aussi ses propres vers.

Il avait les yeux bleus, les cheveux et la barbe noirs, la taille haute, et sa vigueur était telle qu’il se débarrassa, un jour de foire, de trois colosses qui l’attaquaient, en leur lançant un tonneau plein de vin qu’il souleva comme un panier vide.

Son adresse à manier le bâton et sa vie aventureuse le rendaient populaire. Des légendes commençaient à courir sur lui, comme i : s’en forme toujours sur ceux qui ont ou qui doivent avoir de l’action sur les foules ; et il exerçait déjà une influence personnelle singulière sur tous ceux qui l’entouraient ou qui l’approchaient.

A cette époque, cependant, sa vocation de prophète semble subir un arrêt, car il se mit à blasphémer ; mais ses blasphèmes, loin de lui nuire, accrurent encore sa réputation, augmentèrent son autorité. Le blasphème, d’ailleurs, n’est-il pas une des formes de la foi ? Nier violemment, n’est-ce pas attester qu’on peut croire avec passion ? Insulter un dieu, c’est presque lui rendre hommage ; c’est montrer qu’on le craint, puisqu’on le brave, c’est armer qu’on croit à sa puissance puisqu’on l’attaque. Entre blasphémer et croire, il y a juste la même différence qu’entre aimer et haïr. Ceux-là seuls qui peuvent aimer ardemment sont capables de haine furieuse ; et si l’on passe de la haine à l’amour, l’amour alors devient excessif.

A vingt-deux ans, David Lazzaretti se maria et il devint père.

En 1860, il s’engagea comme volontaire. Il prit part au combat de Castelfidardo et composa des hymnes patriotiques que ses amis répétaient en chœur.

Au mois d’avril 1868, David eut une nouvelle apparition qui détermina la direction de sa vie, et il se retira, en solitaire, sur une montagne déserte et sauvage de la Sabine, non loin de Rome. Il vécut là en ermite errant, changeant sans cesse de retraite, se contentant des moindres nourritures.

Au cours de cette vie vagabonde, il rencontra un Prussien, Ignace Micas, qui vivait depuis quinze ans dans l’ermitage de Sainte-Barbe et qui paraît avoir été un homme bizarre et supérieur.

Il est à remarquer comme cette terre italienne est bien une terre religieuse qui appelle les ermites et les fait éclore ainsi qu’un fruit naturel de ce sol miraculant.

Micas eut sur les idées de Lazzaretti une influence profonde et peut-être décisive. C’est lui qui semble avoir mis en son esprit cette graine étrange du mysticisme qui envahit une âme, comme la folie. Jusque-là, en effet, David n’était qu’un exalté ; à partir de sa rencontre avec Ignace Micas, il devint un mystique. Ignace s’attacha à son nouvel ami, quitta pour lui sa retraite, l’accompagna plus tard en son pays natal, où il mourut au milieu des disciples de David. Il fut assisté à ses derniers moments par un médecin qui déclara au professeur Barzellotti que ce Prussien était un homme vraiment remarquable et très mystérieux.

Le séjour de Lazzaretti sur la montagne de la Sabine fut rempli de visions. Il reçut d’abord la visite d’un guerrier qui lui indiqua, dans la grotte même habitée par David, l’endroit où étaient enfouis ses os. Lazzaretti appela à son aide l’archiprêtre voisin, et tous deux, s’étant mis à creuser, découvrirent en effet des ossements humains qu’ils enterrèrent en lieu saint.

Le guerrier, satisfait, apparut une seconde fois au solitaire mais il n’était plus seul, s’étant fait accompagner de la Sainte Vierge et de saint Pierre. Comme remerciement du service rendu, il raconta à David sa très curieuse histoire, qu’on trouvera tout au long dans l’étude du professeur Barzellotti.

C’est ici que, pour la première fois, nous allons constater chez le prophète italien une de ces supercheries familières aux faiseurs de miracles. Saint Pierre, avant de remonter au ciel, lui imprima sur le front le signe bizarre que voici : )+(. A partir de ce moment, il deviendra bien difficile de démêler exactement ce qui se passe dans l’esprit de cet illuminé, de faire la part de la bonne foi, du mysticisme exalté et sincère, et, en même temps, la part de la ruse naïve et native, de la ruse campagnarde du paysan toscan ingénument crédule et roué, aussi simple que pratique. Il a passé, sans doute, par une série d’évolutions et de transformations, par une suite d’étapes où tantôt il se croyait vraiment envoyé du ciel, et tantôt s’ingéniait à se faire prendre pour un apôtre, sans être lui-même absolument certain de sa mission.

Peu à peu, il s’est mis à jouer son rôle, employant tous les moyens que lui suggéraient sa finesse et son intelligence, convaincu parfois que ce rôle lui était imposé par Dieu, et comprenant parfois aussi qu’il en imposait à ses concitoyens. Puis il est entré lentement dans la peau du personnage, ainsi qu’on dit au théâtre ; il s’est pris pour un messie ; la conscience de la comédie jouée s’est noyée dans l’acclamation de la foule, dans la popularité grandissante, dans l’admiration générale, pour ne plus lui laisser que l’orgueil de son triomphe et la certitude de sa mission. L’exaltation se développant en lui comme une ivresse qui grandit l’a mené sûrement à la folie mystique aiguë.

1 ... 248 249 250 251 252 253 254 255 256 ... 313
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)