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Le Roman De La Momie

Электронная книга - «Le Roman De La Momie». Краткое содержание книги:

A la fin du XIXème siècle, deux égyptologues découvrent la momie miraculeusement conservée d'une jeune femme. Tandis que Lord Evandale tombe amoureux de la belle morte, Rumphius, plus ambitieux, va s'évertuer à déchiffrer le papyrus qui raconte la vie de la mystérieuse égyptienne. Evocation troublante de l'Égypte ancienne, amour et antiquité sont au rendez-vous.
Commentaire d'une lectrice: Une très belle histoire d'amour se déroulant dans la fascinante Egypte ancienne.
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elle serait si douce, si attentive, si dévouée, elle mettrait tant d’art et de coquetterie à sa pauvre toilette que certainement Poëri n’y résisterait pas. Alors elle se promettait de lui découvrir que l’humble servante était une fille de haut rang, possédant des esclaves, des terres et des palais, et elle s’arrangeait en rêve, après la félicité obscure, une vie de bonheur splendide et rayonnant.

«D’abord soyons belle», dit-elle en se levant et en se dirigeant vers une des pièces d’eau.

Arrivée là, elle s’agenouilla sur la margelle de pierre, lava son visage, son col et ses épaules; l’eau agitée, dans son miroir brisé en mille morceaux, lui montrait son image confuse et tremblante, qui lui souriait comme à travers une gaze verte, et les petits poissons, voyant son ombre et croyant qu’on allait leur jeter quelques miettes, s’approchaient du bord en troupes.

Elle cueillit deux ou trois fleurs de lotus qui s’épanouissaient à la surface du bassin, en tortilla la tige autour de la bandelette de ses cheveux, et se composa une coiffure que tout l’art de Nofré n’eût pas égalée en vidant les coffres à bijoux.

Quand elle eut fini et qu’elle se releva fraîche et radieuse, un ibis familier, qui l’avait gravement regardée faire, se haussa sur ses longues pattes, tendit son long col, et battit deux ou trois fois des ailes comme pour l’applaudir.

Sa toilette achevée, Tahoser revint prendre sa place sur la porte du pavillon en attendant Poëri. Le ciel était d’un bleu profond; la lumière frissonnait en ondes visibles dans l’air transparent; des arômes enivrants se dégageaient des fleurs et des plantes; les oiseaux sautillaient à travers les rameaux, picorant quelques baies; les papillons se poursuivaient et dansaient sur leurs ailes. A ce riant spectacle se mêlait celui de l’activité humaine, qui l’égayait encore en lui prêtant une âme. Les jardiniers allaient et venaient; des serviteurs rentraient, chargés de bottes d’herbes et de paquets de légumes; d’autres, debout au pied des figuiers, recevaient dans des corbeilles les fruits que leur jetaient des singes dressés à la cueillette et juchés sur les hautes branches.

Tahoser contemplait avec ravissement cette fraîche nature, dont la paix gagnait son âme et elle se dit: «. Oh! qu’il serait doux d’être aimée ici, dans la lumière, les parfums et les fleurs!» Poëri reparut; il avait terminé son inspection, et il se retira dans sa chambre pour laisser passer les heures brûlantes du jour. Tahoser le suivit timidement, se tint près de la porte, prête à sortir au moindre geste; mais Poëri lui fit signe de rester.

Elle s’avança de quelques pas et s’agenouilla sur la natte.

«Tu m’as dit, Hora, que tu savais jouer de la mandore; prends cet instrument accroché au mur; fais résonner les cordes et chante-moi quelque ancien air bien doux, bien tendre et bien lent. Le sommeil est plein de beaux rêves qui vient bercé par la musique.» La fille du prêtre décrocha la mandore, s’approcha du lit de repos sur lequel Poëri s’était étendu, appuyant la tête au chevet de bois creusé en demi-lune, allongea son bras jusqu’au bout du manche de l’instrument, dont elle pressait la caisse sur son cœur ému, laissa errer sa main le long des cordes, et en tira quelques accords. Puis elle chanta d’une voix juste, quoiqu’un peu tremblante, un vieil air égyptien, vague soupir des aïeux transmis de génération en génération, où revenait toujours une même phrase d’une monotonie pénétrante et douce.

«En effet, dit Poëri, en tournant ses prunelles d’un bleu sombre vers la jeune fille, tu ne m’avais pas trompé. Tu connais les rythmes comme une musicienne de profession, et tu pourrais exercer ton art dans le palais des rois. Mais tu donnes à ton chant une expression nouvelle. Cet air que tu récites, on dirait que tu l’inventes, et tu lui prêtes un charme magique. Ta physionomie n’est plus ce qu’elle était ce matin; une autre femme semble apparaître à travers toi comme une lumière derrière un voile. Qui es-tu?

– Je suis Hora, répondit Tahoser; ne t’ai-je pas déjà raconté mon histoire? Seulement j’ai essuyé de mon visage la poussière de la route, rajusté les plis de ma robe fripée, et mis un brin de fleur dans mes cheveux. Si je suis pauvre, ce n’est pas une raison pour être laide, et les dieux parfois refusent la beauté aux riches. Mais te plaît-il que je continue?

– Oui! répète cet air qui me fascine, m’engourdit et m’ôte la mémoire comme ferait une coupe de népenthès; répète-le, jusqu’à ce que le sommeil descende avec l’oubli sur mes paupières.» Les yeux de Poëri, fixés d’abord sur Tahoser, se fermèrent bientôt à demi, puis tout à fait. La jeune fille continuait à faire bourdonner les cordes de la mandore, et répétait d’une voix de plus en plus basse le refrain de sa chanson. Poëri dormait; elle s’arrêta, et se mit à l’éventer avec un éventail de feuilles de palmier jeté sur la table.

Poëri était beau, et le sommeil donnait à ses traits purs une ineffable expression de langueur et de tendresse; ses longs cils abaissés sur ses joues semblaient lui voiler quelque vision céleste, et ses belles lèvres rouges à demi ouvertes frémissaient, comme si elles eussent adressé de muettes paroles à un être invisible.

Après une longue contemplation, enhardie par le silence et la solitude, Tahoser, éperdue, se pencha sur le front du dormeur, retenant son souffle, pressant son cœur de sa main, et y posa un baiser peureux, furtif, ailé; puis elle se releva toute honteuse et toute rougissante.

Le dormeur avait senti vaguement, à travers son rêve, les lèvres de Tahoser; il poussa un soupir et dit en hébreu:

«O Ra’hel, bien-aimée Ra’hel!» Heureusement, ces mots d’une langue inconnue ne présentaient aucun sens à la fille de Pétamounoph; et elle reprit l’éventail de feuilles de palmier, espérant et craignant que Poëri se réveillât.

VII

Lorsque le jour parut, Nofré, qui couchait sur un petit lit aux pieds de sa maîtresse, fut surprise de ne pas entendre Tahoser l’appeler comme d’habitude en frappant ses mains l’une contre l’autre. Elle se souleva sur son coude et vit que le lit était vide. Cependant les premiers rayons du soleil, atteignant la frise du portique, commençaient seulement à jeter sur le mur l’ombre des chapiteaux et le haut du fût des colonnes. Tahoser ordinairement n’était pas si matinale, et elle ne quittait guère sa couche sans l’aide de ses femmes; jamais non plus elle ne sortait qu’après avoir fait réparer dans sa coiffure le désordre de la nuit et verser sur son beau corps des affusions d’eau parfumée qu’elle recevait à genoux, les bras repliés devant sa poitrine.

Nofré, inquiète, jeta sur elle une chemise transparente, plaça ses pieds dans des sandales en fibres de palmier, et se mit à la recherche de sa maîtresse.

Elle la chercha d’abord sous les portiques des deux cours, pensant que, ne pouvant dormir, Tahoser était peut-être allée respirer la fraîcheur de l’aube le long de ces promenoirs intérieurs.

Tahoser n’y était pas.

«Visitons le jardin, se dit Nofré; elle aura peut-être eu la fantaisie de voir briller la rosée nocturne sur les feuilles des plantes et d’assister une fois au réveil des fleurs.» Le jardin, battu en tous sens, ne contenait que la solitude.

Allées, tonnelles, berceaux, bosquets, Nofré interrogea tout sans succès. Elle entra dans le kiosque situé au bout de la treille; point de Tahoser. Elle courut à la pièce d’eau où sa maîtresse pouvait avoir eu le caprice de se baigner, comme elle le faisait quelquefois avec ses compagnes, sur l’escalier de granit descendant du bord du bassin jusqu’à un fond de sable tamisé. Les larges feuilles de nymphaeas flottaient à la surface et ne paraissaient pas avoir été dérangées; les canards plongeant leurs cols d’azur dans l’eau tranquille y faisaient seuls des rides, et ils saluèrent Nofré de leurs cris joyeux. La fidèle suivante commençait à s’alarmer sérieusement; elle donna l’éveil à toute la maison; les esclaves et les servantes sortirent de leurs cellules et, mis au fait par Nofré de l’étrange disparition de Tahoser, se livrèrent aux perquisitions les plus minutieuses; ils montèrent sur les terrasses, fouillèrent chaque chambre, chaque réduit, tous les endroits où elle pouvait être. Nofré, dans son trouble, alla jusqu’à ouvrir les coffres à serrer les robes, les écrins qui renfermaient les bijoux, comme si ces boîtes eussent pu contenir sa maîtresse.

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