Les eunuques ne sont jamais chauves
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #164
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-08101-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Les eunuques ne sont jamais chauves». Краткое содержание книги:
Il pleut des morts !
Partout le danger !
D'accord, je baise énormément pour pouvoir conserver le moral, n'empêche que je traverse une zone à hauts risques davantage semée d'embûches que la place de la Concorde.
Là où je vais, si tu veux revoir Paris, faut ouvrir l'œil et serrer les miches.
Seulement moi, tu me connais ?
C'est les poings que je serre et la porte de devant de mon bénard que j'ouvre.
En grand !
C'est bon pour la ventilation de mes aumônières.
Aujourd’hui, c’est fête. De quoi ? De qui ? Je l’ignore. En tout cas ça festoie dans le landerneau. A l’auberge, l’alcool coule abondamment et deux musicos travaillent de l’accordéon et du saxo en virtuoses.
A distance, je regarde Berthy dans ses œuvres. Elle boute-en-traîne avec les militaires de la forteresse, réservant sa séduction au gradé déjà mentionné. Un type qui a le gabarit de la cathédrale de Chartres, avec une forte moustache du genre celle des poilus de la Quatorze au départ.
L’homme en question (en anglais : in question) mesure cinq pieds six pouces et tu lis sa force sur sa gueule, aussi clairement que sa connerie.
Mon compagnon, murgé comme toute la Pologne, ne pense plus à son coéquipier. Je l’emmène au dodo sans difficulté, pousse la magnanimité jusqu’à lui retirer ses tartines ainsi que son bénoche. Ensuite de quoi j’éteins la lumière et retourne au musette afin de capter la situasse sous tous ses angles.
La mère Berthy est la reine de la fête. Juchée sur un bout d’estrade, elle exécute un french-cancan qui ferait dégobiller de jalousie les jolies demoiselles du Casino de Paris.
Sa jupe paysanne virevolte autour de sa taille. Comme la dame ne porte pas de culotte afin que sa babasse puisse « respirer à l’aise », elle est le centre d’intérêt de la soirée et les hommes se bousculent pour se placer au premier rang.
Béru qui m’a retapissé, me rejoint, l’œil allumé, la pommette d’api, les lèvres dégoulinantes.
— On dira c’qu’ tu voudras, dit-il, plus épanoui qu’un dahlia en train de se flétrir, mais ma Berthe est tunique. La manière qu’elle te fout une ambiance, tu croives une vraie professionnelle !
Je ne lui demande pas de quelle profession il veut parler.
— Où en es-tu de tes renseignements, Gros ?
— Ça carbure. L’un des gus de la garnison jacte le français aussi bien que moi. D’après s’lon c’qu’y m’a causé, y crèchent à la prison : au reste-chaussé. Les prisonniers occupent l’premier laitage. Les gardiens sont tous célibataires. Y sont par quatre dans les logements ; j’peux m’gourer, mais c’est un’ planque d’père d’famille que matoner dans c’t’ pension. Y aurait qu’une dizaine de taulards, des politiques, uniqu’ment. Si bien qu’ pour c’qu’est du boulot, ça baigne.
Là-bas, sur le petit praticable, la Baleine se livre à mort. N’hésite pas à rester troussée pour exhiber sa babasse babineuse à ces messieurs congestionnés. Tu croirais un film porno teuton. Elle ferait carrière chez les tronches carrées, la grosse vachasse !
— Alexandre-Benoît, dis-je, de ce ton pénétré qui galvanise les individus primaires, ce sera cette noye ou jamais !
— Quoice ?
Poursuivant ma poussée irrésistible, je continue :
— Qu’on va tenter le coup. A cause de la fête, la plupart des gardes seront gelés. Berthy doit absolument se laisser emporter dans la citadelle. Je vais lui remettre ce qu’il faut pour neutraliser ces bonshommes. Quand elle aura épongé son moustachu, elle agira. En ton âme et conscience, la crois-tu capable de suivre à la lettre mes instructions ?
— T’es injurieur d’m’poser la question, grand ! C’t’un êt’ d’élitre, ma femme. Ell’ est d’la race à Jeanne d’Arc, Maâme Curie, Simone Vieille !
— Alors, quand elle aura terminé ses conneries scéniques, dis-lui de me rejoindre aux gogues pour y recevoir mes instructions.
Le Mastard bandonéone du frontal.
— Aux chiottes ! grommelle-t-il. Tu s’ras corréque, j’espère !
20
FAUT PAS DÉCONNER, RENÉ
Sur les testicules de deux plombes of the morning, la fête ne battit plus son plein, faute de festoyeurs en état. Peu avant dix heures, il y eut une relève de la garnison à l’auberge. Les gardes ivres allèrent prendre leur turbin, vite remplacés par ceux dont les prestations à la citadelle venaient de cesser. Pour ces derniers, Berthe renouvela son numéro de cancan-sans-culotte qui obtint un succès aussi vif. Seul le gradé moustachu était resté. Il se faisait de plus en plus pressant avec son Isadora Duncan française, allant jusqu’à la prendre sur ses genoux et lui palper la cressonnière devant ses hommes admiratifs.
La soirée dodelina. Les ivrognes les plus avancés s’écroulèrent, emportés tant mal que bien par ceux qui pouvaient encore mettre un pied devant l’autre. Vint enfin l’instant du couvre-feu, décidé par les aubergistes, un couple d’ours pas léchés du tout qui paraissaient ne prendre aucun plaisir aux festivités qu’ils avaient cependant (d’oreilles) organisées. Car telle est l’existence : au bal, les musiciens ne dansent jamais.
L’euphorie mourante profita à Alexandre-Benoît que le chef, bonne âme, convia également à la caserne. Je compris dans ma grande sagesse fortement étayée par l’expérience, qu’on se fait couramment une fausse idée des choses et des gens. La perspective d’une rébarbative citadelle transformée en geôle invitait à la croire inexpugnable, alors qu’en fait il s’agissait plutôt d’un endroit oublié, hébergeant des prisonniers auxquels personne ne pensait plus, les événements qui les avaient conduits là ayant depuis déjà lurette cessé de passionner les Roumains. Les Ceauşescu, rondement jugés et mis à mort, généraient une indifférence qui s’étendait à ceux qui vivaient encore après avoir participé à leur sanglant régime. Bref, la vie continuait avec son cortège de nouveaux problèmes.
La forteresse Bistroka n’intéressait guère que ceux qui avaient à charge de la faire fonctionner. Tout un chacun s’y plumait à ne plus en pouvoir, donc devenait d’un laxisme de fraisier[12]. Ce qui t’explique en grande partie, mon lecteur imprescriptible, l’aisance avec laquelle le Cheval de Troie constitué par les Bérurier s’introduisit dans le féodal bâtiment carpatien.
Je fus rassuré de voir le Mastard accompagner sa dame pétassière.
Sa Majesté est un être d’action et sa profonde connerie hérédito-sédimentaire n’a jamais entravé son indomptable énergie. S’il m’est devenu indispensable, au long de ma carrière, c’est par ce côté flic surdoué en qui l’absence de toute intelligence (il est seulement madré) rend facile une totale disposition.
Au cas où cette phrase te resterait absconse, tu n’aurais qu’à écrire de ma part à M. Jean Dutourd qui se ferait une joie de la mettre à ta portée sans trahir cette langue française dont il est l’un des serviteurs les plus zélés.
Seul dans ma chambre, je me fais l’effet de ces fauconniers d’antan qui lâchaient leur rapace sur une proie et attendaient le résultat en caressant le trou du luth de leur belle.
Les ronflements de Blint, dans la pièce voisine, me font songer à cette course de Formule I à laquelle j’ai assisté, il y à peine naguère en Ritalerie. Fallait se filer des boules dans les coquilles pour ne pas saigner des tympans. Un qu’a pas connu Monza en est resté à la course de chars de Ben-Hur.
J’évoque les péripéties périphériques de ces dernières heures. Le connard d’Apollon-Jules qui tombe d’un arbre en jouant les dénicheurs, le vilain Howard qui, peu après, choit du sien parce que le Gros lui a ajusté un gadin dans la trombine ! Bis repetita placent, comme dit un videur de poubelles opérant dans mon quartier.
Je revois la soirée endiablée, avec la grosse Bertha donnant du pétrousquin pour allumer les fêtards, y parvenant au-delà de toute espérance.
C’est à présent que les choses sérieuses ont lieu. Si j’avais un autre cierge que celui qui fait l’orgueil de mon Eminence, je l’allumerais pour la réussite de ce coup de main brusqué, improvisé même !
Et puis, des évocations récentes je passe au futur imminent. Ça se met à bouillonner sous ma bigouden. Tant de gros, d’épineux problos à régler !
12
Nous avons demandé à notre célèbre auteur ce qu’il entendait par un « laxisme de fraisier ». Il nous a répondu que tel était son bon plaisir et qu’il était grandement inutile de lui casser les noix avec une telle question. Les Éditeurs.