Les eunuques ne sont jamais chauves
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #164
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Éditions Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-08101-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Les eunuques ne sont jamais chauves». Краткое содержание книги:
Il pleut des morts !
Partout le danger !
D'accord, je baise énormément pour pouvoir conserver le moral, n'empêche que je traverse une zone à hauts risques davantage semée d'embûches que la place de la Concorde.
Là où je vais, si tu veux revoir Paris, faut ouvrir l'œil et serrer les miches.
Seulement moi, tu me connais ?
C'est les poings que je serre et la porte de devant de mon bénard que j'ouvre.
En grand !
C'est bon pour la ventilation de mes aumônières.
Il m’abandonne un instant pour aller considérer le « tronçon d’homme » gisant sur le sol. Puis il se tourne vers moi.
— Je pense que la disparition du docteur Ti-Pol lui est fatale. A ce propos, c’est vous, n’est-ce pas ?
— Moi quoi ?
— Qui avez supprimé l’horrible petit magot ?
— Non.
Il cesse de sourire et me regarde avec commisération.
— San-Antonio ! Pas avec moi !
Je soutiens son regard.
— Croyez-moi ou allez vous faire foutre, mon cher, lui dis-je en connaissance de cause, mais il s’est supprimé lui-même, accidentellement.
— Je ne vous demande pas où vous l’avez caché, reprend l’Anglais, c’est votre problème.
— Exactement.
Il hausse les épaules et ramasse une des deux couvertures traînant sur le sol, la roule avec répulsion car il s’en dégage une grande puanteur ; ensuite il l’applique sur le visage ravagé de l’Arabe. Je comprends son geste, bien que ne l’approuvant pas.
— Ça ne devrait pas être très long, dit Boby. Et il se met à siffloter entre ses dents une vieille ballade irlandaise.
16
TU AS LE CHIBRE EN OR, VICTOR
Windsor est très intéressé par l’astuce dont j’use pour ne pas me laisser repérer par les objectifs balayeurs.
— La débrouillardise française ! ricane-t-il.
— Vous entrez un moment ? lui proposé-je lorsque nous avons atteint la porte de ma chambre.
— Volontiers.
J’ajoute, mi-figue fraîche, mi-raisin sec :
— En tout bien tout honneur, naturellement.
Ça le rend maussade :
— Je vous ai dit que l’homosexualité ne constituait chez moi qu’un moyen, surtout pas un plaisir.
— Je plaisantais.
Nous nous déposons dans « mes » fauteuils.
— Vous aimeriez boire quelque chose ? l’interrogé-je-t-il.
— Non, sans façons : avec ce sac-à-merde de prince, je passe ma vie à biberonner.
Pendant quelques instants, on ne perçoit que le murmure glouglouteur de la piscaille.
— Je peux vous demander ce que vous faites en compagnie de ce salaud ? me risqué-je.
— Il ne m’est pas possible de vous répondre.
— Secret professionnel ?
— Exactement. De mon côté je ne vous poserai pas la question.
— Peut-être nos missions sont-elles similaires ? hypothésé-je.
— Possible ; voire probable.
— Vous trouveriez stupide que nous fassions cause commune, Bob ?
— Impossible.
— Donc vous tenez à faire cavalier seul ?
— Ce n’est pas que j’y tienne : j’y suis contraint.
— Dommage.
— Pas certain.
— Question subsidiaire : est-il envisageable que nous nous portions aide et assistance en cas de gros pépin ?
— C’est tout à fait exclu, mon cher ; la sympathie que vous m’inspirez est certes très vive, mais je ne lèverais pas le petit doigt pour vous secourir si les choses tournaient mal.
— Eh bien, voilà qui est direct.
— Nous ne sommes pas des gens à nous bercer d’illusions.
Quel esprit déterminé ! Tu sais qu’il me fait froid aux noix, ce Britiche implacable ? Il joue à merveille les minets dociles et veules ; en fait une volonté d’airain l’anime.
— Il y a longtemps que vous êtes la maîtresse de Soliman, cher ami ? questionné-je en évitant tout persiflage.
— Six mois, me répond-il. Nous nous sommes connus à Saint-Moritz, l’hiver dernier.
— Fortuitement ?
Il prend une expression commisérée :
— San-Antonio, murmure-t-il ; un homme comme vous…
— Je ne me suis jamais défait d’une grande naïveté dont certains estiment qu’elle fait mon charme, plaidé-je.
Puis, revenant à notre propos :
— En tout cas, vous allez vite en besogne, Boby : devenir en si peu de temps le confident de ce type retors, être dépositaire de ses secrets effroyables, chapeau ! C’est un nouveau Gilles de Rais que ce prince !
Il réprime un bâillement.
— Et encore ne voyez-vous que la partie émergée de l’iceberg, assure Windsor avec cette juvénile désinvolture qui ajoute tant à sa séduction.
Je l’enveloppe d’un de ces regards qui font de la spéléologie dans l’âme humaine.
Lui aussi continue de me défrimer, avec toujours son merveilleux sourire de chérubin.
— Oui, je comprends, finis-je par murmurer.
— Que comprenez-vous ?
— Vous lui avez donné des gages pour le mettre en confiance ; et de sacrés gages, pas vrai ? J’ai la certitude que vous êtes un garçon tout à fait hors normes. Quand il faut « mettre le paquet », vous le mettez sans hésiter. Exact ?
Il se lève.
— C’est le moment de dormir, coupe-t-il. Pour une nuit que je ne vais pas avoir ce salaud contre moi, il me faut en profiter.
— J’ai deux questions innocentes à vous poser auparavant, cher confrère ; vous me les permettez ?
— Dites toujours…
— Pourquoi la secrétaire a-t-elle été égorgée ?
— Parce que la curiosité est un défaut impardonnable, principalement dans ce palais.
— C’est-à-dire ?
— Sa Majesté avait laissé ouverte la porte de son coffre-fort pour aller régler une question d’intendance. La gentille Krystyna qui écrivait dans la pièce a eu la fâcheuse curiosité d’aller couler un œil dans l’armoire blindée. Elle y a vu des choses qui l’ont fait s’évanouir. Soliman est revenu peu après et a compris ce qui se passait. C’est le genre de peccadille qu’il ne peut supporter, aussi lui a-t-il tranché le cou avec un cimeterre d’apparat. Quelle est l’autre question, San-Antonio ?
— Elle me concerne. Le prince nourrit-il quelque doute à mon sujet ?
Et sais-tu ce que l’étrange garçon me répond ?
— Pas encore.
DEUXIÈME PARTIE
AU SERVICE DE LEURS MAJESTÉS
17
VOILÀ QUE TU DÉCONNES, LÉONE
Un vent que n’importe quel romancier médiocre aurait qualifié de violent agitait les branches de sassafras. La forêt dense, d’un vert destructuré, semblait enfanter la nuit. Le couple avançait entre les fûts, tendrement enlacé. Quelques pas en avant de lui, un gros garçon joufflu s’arrêta pour écouter les pépiements provenant d’un nid perché dans les hautes branches. Au sein des Carpates sévères ce doux ramage faisait penser à un hymne céleste.
Le gamin s’arrêta pour repérer le logis des oisillons. Il finit par le discerner, coincé à la fourche d’une haute branche.
— P’pa ! appela-t-il, y a un nid.
— C’est logique, déclara son daron, dans une forêt !
— J’peuve grimper le chercher ?
— Si tu me promettrais d’pas t’casser les reins !
La mère du garnement intervint :
— Voilions ! T’sais bien qu’ c’gosse est dégourdi comme un manche à couilles.
— J’st’ment : faut qu’il acquérisse d’l’espérience ! sentencia le géniteur. Moive, à son âge, j’mettais des noisettes sous la peau d’ma bite.
— J’voye pas l’rapport n’avec grimper aux arbres, fit l’épouse, non sans raison.
— J’aurais eusse pu m’infecter, assura le papa.
Elle ne répondit pas. Leur garnement venait de disparaître à travers les frondaisons et leur solitude matrimoniale lui mettait des langueurs.
— J’ai toujours raffolé les p’tites troussées en forêt, soupira la dame d’une voix en partance.
— L’gosse peut nous voir, déclara le mâle, davantage soucieux de pudeur.