Humeurs et humour du Général
- Автор: Ragueneau Philippe
- Год: 1990
- Язык: французский
- Год: Éditions Jacques Grancher
- ISBN: 978-2733902745
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Humeurs et humour du Général». Краткое содержание книги:
Mais bien peu soupçonne que cet homme, dont l'immense stature physique, intellectuelle et morale intimidait tous ceux qui l'approchaient, aimait aussi rire et provoquer le rire ; qu'il était doué d'un humour, tantôt subtil, tantôt féroce ou caustique, qu'il maniait avec le même bonheur et la même délectation, le sarcasme, la malice et l'ironie ; que la provocation délibérée et la mauvaise foi consciente libéraient chez lui un grand rire intérieur ; que ses rognes et ses grognes s'exprimaient en mots savoureux ; que ses traits d'esprit faisait le tour de son entourage ; mais qu'il savait aussi manifester, à point nommé, sollicitude et bienveillance.
Ces humeurs et cet humour du Général, nous les avons traqués dans les souvenirs de ceux qui l'ont approché. On en trouvera dans ce recueil, qui s'est voulu honnête, la fidèle expression.
Biographie de l'auteur
Philippe Ragueneau, Compagnon de la Libération, a vécu 14 ans dans la familiarité du Général de Gaulle : pendant la guerre, dans les Forces Françaises Libres, puis au Rassemblement du Peuple Français, successivement comme chargé de mission, directeur des services de presse, propagande et information et, en 1958, à son Cabinet, comme chargé de mission, responsable des relations avec la presse.
Mais à peine était-il arrivé à La Baule qu’un message de l’Élysée lui annonçait que le Général voulait le voir d’urgence.
Douze heures plus tard, il se pointait chez le Président du Conseil qui, en le voyant entrer, lui lançait, avec de la malice dans l’œil :
« Alors, Guichard, toujours en vacances ?… »
(Précisons que le soir même, Guichard était autorisé à retrouver les siens.)
Un mois après la « semaine des barricades » déclenchée, à Alger, par les partisans de l’Algérie française, le Président de la République et de la Communauté entreprend, du 3 au 7 mars 1960, un voyage d’inspection en Algérie.
À Aumale, où il arrive en voiture le 4 mars 1961, il est accueilli par une manifestation hostile des pieds-noirs. Les imprécations fusent de toutes parts : « De Gaulle démission ! » — « Massu au pouvoir ! » — « De Gaulle go home !
Le général Salan, qui l’accompagne, ne sait plus où se mettre…
De Gaulle se tourne vers lui :
« Dites donc, Salan, il semble que dans cette ville vous ne soyez guère populaire… »
En 1960, le Président de la République a programmé, du 18 avril au 4 mai, un voyage au Canada, aux États-Unis, en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe.
En Amérique du Nord, le périple va le conduire à Ottawa, Québec, Montréal, Toronto, Washington, Gettysburg, New York, San Francisco et La Nouvelle-Orléans, et il a demandé à Roger Vaurs, Chef du Service de Presse de l’Ambassade de France aux U.S.A., et qu’il connaît bien, de lui servir d’interprète.
Lors de chacun des repas officiels qui ponctuent le voyage, Roger Vaurs s’assied donc derrière le général pour traduire les propos, graves ou badins, qui s’échangent autour de la table.
À La Nouvelle-Orléans, on en voit le bout… Un grand déjeuner de gala a été offert, à l’hôtel Roosevelt, par le maire et le comité de réception de la ville et, après les discours, Roger Vaurs et Gaston de Bonneval raccompagnent le Général à son hôtel.
À la porte de sa chambre, de Gaulle se tourne vers Vaurs :
« Alors, et votre déjeuner ? »
« Pas de déjeuner, mon Général… Il m’est passé sous le nez, comme d’habitude…
— Mais c’est intolérable ! Ça ne peut pas continuer comme ça ! Arrangez-vous pour déjeuner après nous. »
Et, à l’instant de refermer sa porte, il ajoute :
« Venez me prendre dans cinq minutes. »
De Gaulle rentre de Roumanie.
En ce 18 mai 1968, l’agitation estudiantine et ouvrière bat son plein. Au Quartier Latin, les excités scient les platanes, les C.R.S. chargent dans l’âcre odeur des fumigènes, les rues dépavées sont jonchées de débris, des voitures flambent, et dix millions de travailleurs sont en grève.
À Orly, dans le salon réservé aux hautes personnalités, et que l’on appelle l’Isba, les Ministres, l’air sombre, accueillent le Chef de l’État.
Il est 22 h 30.
De Gaulle apparaît.
Il se dirige tranquillement vers André Malraux :
« Alors, Malraux, ils vous ont pris l’Odéon ? »
Puis il se tourne vers Alain Peyrefitte :
« Et vos étudiants ? Toujours la chienlit ?…
Ce Conseil du 16 novembre 1968 ressemble à un conseil de guerre…
Les troubles du mois de mai, les longues grèves dans les entreprises, la désorganisation des services publics, les largesses des accords de Grenelle, — tout cela a sérieusement malmené le franc.
En dépit de mesures drastiques de restriction du crédit et d’une sévère compression des dépenses de l’État, inscrite dans le projet de la loi de finances de 1969, la dévaluation de la monnaie semble à tous inévitable, et même nécessaire. La grande majorité des ministres l’exprime avec force et conviction.
Et de Gaulle ouvre le Conseil suivant, le 23 novembre, par cette déclaration narquoise qui en abasourdit plus d’un :
« Ainsi que la plupart d’entre vous me l’ont conseillé, le franc ne sera pas dévalué. »
LA HARGNE, LA GROGNE ET LA ROGNE
Dans la nuit du 29 au 30 septembre 1938, Neville Chamberlain, pour la Grande-Bretagne, et Édouard Daladier, pour la France, signaient les honteux et funestes « accords de Munich » qui stipulaient l’évacuation du territoire des Sudètes, par les Tchèques, et son occupation progressive par les troupes allemandes.
Adolf Hitler avait joué au poker et gagné au bluff avec une paire de sept. Les routes de Prague, de Vienne et de Varsovie lui étaient ouvertes…
En France et en Angleterre, les populations exhalent un lâche soulagement. « La paix est sauvée ! » crient les imbéciles. Et à Metz, les soldats du 507e régiment de chars, que de Gaulle commande par intérim, fleurissent leurs chars comme pour une fête.
Le commandant de Gaulle entre dans une violente colère et convoque ses officiers :
« Messieurs ! On ne pavoise pas quand on vient de recevoir une claque ! »
Le 2e bataillon de chars de la 4e Division cuirassée a été, le 21 mai 1940, décimé au combat, et le lieutenant Jourdain s’évertue à rassembler ce qu’il en reste.
Au colonel de Gaulle, à qui il fait rapport, il propose une décoration pour ceux de ses hommes qui ont réussi à regagner les lignes françaises.
« Ont-ils, au moins, incendié leur char ?
— Euh… Je ne crois pas, mon colonel… »
De Gaulle lève les bras au ciel :
« Et c’est pour ces exploits que vous proposez des citations ?… »
À Londres, où il vient d’arriver, le Général de Gaulle, sous-secrétaire d’État à la Guerre, annonce à Paul Reynaud, le 16 juin 1940 à 16 h 30, que Winston Churchill propose que « désormais la France et la Grande-Bretagne ne soient plus deux nations, mais une nation franco-britannique indissoluble. »
Le président du Conseil français donne aussitôt son accord et Churchill prie donc le Général Spears de faire taper ce texte de toute urgence.
Dans le bureau des secrétaires, où tout le monde se transporte, deux filles jacassent près d’une fenêtre. Une autre sert le thé. Il y a là, aussi, la comtesse Hélène de Portes, l’égérie de Paul Reynaud, et, nous rappelle André Castelot, elle s’avance aussitôt vers le dactylographe, se penche pour lire le texte par-dessus son épaule, lui retient le bras lorsqu’il veut tourner une page, trop vite à son gré, et commente à haute voix ce qu’elle déchiffre et dont elle retarde la frappe. À la longue, de Gaulle n’y tient plus :
« Je refuse de discuter des intérêts supérieurs de la patrie dans une volière ! »
Pierre Clostermann et Jacques Remlinger reviennent des îles Orcades où, depuis trois mois, leur escadrille — la 602 — assurait, avec la R.A.F., la protection de la Royal Navy.
Que faire à Londres, en ce mois de janvier 1944, lorsqu’on est permissionnaire ? Tomber des mignonnes, bien sûr…
Nos deux joyeux lurons se rendent d’abord au Quartier général des Forces aériennes françaises libres, à Queensberry Way, et se hâtent de revêtir l’accoutrement du parfait petit séducteur (une tenue « fantaisie » qui ne figure pas sur le catalogue des F.A.F.L.) : culotte de cheval bleu nuit, modèle officier, bottes d’aviateur lacées « à la Guynemer », cravate de soie noire, gants fauves de pécari et, suprême élégance, stick sous le bras.