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Humeurs et humour du Général

Электронная книга - «Humeurs et humour du Général». Краткое содержание книги:

Pour la majorité des Français, Charles de Gaulle était « l'homme du 18 Juin », le chef de la France combattante, le libérateur, l'ultime recours de 1958, le premier Président de la Ve République, pour tout dire, la « statue du commandeur ».
Mais bien peu soupçonne que cet homme, dont l'immense stature physique, intellectuelle et morale intimidait tous ceux qui l'approchaient, aimait aussi rire et provoquer le rire ; qu'il était doué d'un humour, tantôt subtil, tantôt féroce ou caustique, qu'il maniait avec le même bonheur et la même délectation, le sarcasme, la malice et l'ironie ; que la provocation délibérée et la mauvaise foi consciente libéraient chez lui un grand rire intérieur ; que ses rognes et ses grognes s'exprimaient en mots savoureux ; que ses traits d'esprit faisait le tour de son entourage ; mais qu'il savait aussi manifester, à point nommé, sollicitude et bienveillance.
Ces humeurs et cet humour du Général, nous les avons traqués dans les souvenirs de ceux qui l'ont approché. On en trouvera dans ce recueil, qui s'est voulu honnête, la fidèle expression.
Biographie de l'auteur
Philippe Ragueneau, Compagnon de la Libération, a vécu 14 ans dans la familiarité du Général de Gaulle : pendant la guerre, dans les Forces Françaises Libres, puis au Rassemblement du Peuple Français, successivement comme chargé de mission, directeur des services de presse, propagande et information et, en 1958, à son Cabinet, comme chargé de mission, responsable des relations avec la presse.
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Ce n’est un secret pour personne que de Gaulle ne l’appréciait guère. (N’avait-il pas dit d’elle : « Elle finira sur le yacht d’un milliardaire ? » Et force est de reconnaître qu’il avait été, une fois de plus, bon prophète puisque, après un court veuvage, Jacqueline Kennedy épouserait l’armateur milliardaire Aristote Onassis et ferait des grâces sur son yacht super luxueux…)

Mais ce 1erjuin 1961, on n’en était pas là… Entre deux bouchées, Jacky jacassait à tort et à travers, et de Gaulle aurait bien voulu trouver le moyen de fermer le robinet d’eau tiède…

« … Dites-moi, Général, demandait Jacky tout à trac, de tous les hommes que vous avez rencontrés, quel est celui qui avait le plus le sens de l’humour ?

— Staline, madame. »

Elle en fut tellement estomaquée qu’elle ne sut plus quoi dire jusqu’au dessert.

À la charlotte aux framboises, elle avait suffisamment récupéré pour aventurer une révélation qui ne pouvait qu’enthousiasmer le Général :

« Savez-vous, Général, que ma famille est d’origine française ? »

De Gaulle jeta sur elle un regard rempli d’une surprise feinte :

« Eh bien figurez-vous, madame, que la mienne aussi ! »

Quelques jours plus tard, à un Ministre qui lui demandait :

« Comment avez-vous trouvé Mme Kennedy ? », il avait répondu :

« Extrêmement bien habillée. »

* * *

Entre l’U.R.S.S. et les Occidentaux, c’est « la guerre froide »…

Le 13 août 1961, la R.D.A. décide d’ériger un mur infranchissable entre Berlin-Est et Berlin-Ouest et, une fois n’est pas coutume, les Occidentaux réagissent avec vigueur.

Nikita Khrouchtchev charge l’ambassadeur Vinogradov de sonder la volonté de résistance du Président de la République française, et de Gaulle le reçoit.

L’ambassadeur met le Général en garde, et, à travers lui, les Occidentaux : Khrouchtchev ne reviendra pas au statut ancien de la capitale. C’est définitif !

Mais de Gaulle se révèle intraitable : les Alliés n’abandonneront pas Berlin-Ouest. C’est très clair !

Vinogradov se fait menaçant : Khrouchtchev ne tolérera pas le survol du territoire de l’Allemagne de l’Est !… « Il prendra même le risque de guerre. »

Alors de Gaulle lève les bras, glacial et flegmatique : « Eh bien, monsieur l’ambassadeur, nous mourrons ensemble. »

* * *

Les élections législatives des 18 et 25 novembre 1962 sont, pour de Gaulle, un triomphe. L’U.N.R. -U.D.T., qui se réclament de lui, obtiennent 229 sièges sur 464 avec 40,5 % des suffrages exprimés.

Au Conseil des Ministres suivant, de Gaulle ne cache pas sa satisfaction :

« Nous voilà tranquilles pour plusieurs années… J’ai eu raison contre tous… J’ai déclaré la guerre aux partis. Je me garde bien de déclarer la guerre aux Chefs des partis… Les partis sont irrécupérables. Mais les chefs des partis, eux, ne demandent qu’à être récupérés. (Un silence…,) Il leur suffit de récupérer un portefeuille… »

* * *

Le 29 mai 1968, en pleine émeute, de Gaulle disparaît…

Il n’est pas allé à Colombey (« On aurait dit : Il part en week-end »), ni au Mont Sainte-Odile, sa première destination, mais à Baden-Baden où il va « se réchauffer le cœur » au Q.G. du Général Massu, commandant les troupes françaises d’occupation.

Le 30 mai, il est de retour à Paris.

À Georges Gorce, Ministre de l’Information, qui l’interroge :

« Où étiez-vous hier, mon Général ? »

De Gaulle répond :

« Eh bien quoi ?… J’ai fait deux heures d’hélicoptère… J’aime bien l’hélicoptère. On y est tranquille pour réfléchir… Et puis, de là-haut, on voit bien la France, — la vraie ! »

LA MAUVAISE FOI

Hôtel Matignon, 1958.

Un membre du Cabinet du Général, qui vient d’assurer la permanence de nuit, lui rend compte des événements nocturnes :

… « Et la sous-préfecture de Morlaix a été prise cette nuit !

— Et par qui donc ?

— Par les paysans, mon Général.

— Alors, ce n’est pas moi que ça regarde. Voyez le Ministre de l’Agriculture. »

* * *

À l’occasion d’un entretien privé, en octobre 1958, le général Ely interroge de Gaulle :

« Quand avez-vous su que vous reviendriez au pouvoir ?

— Mais depuis toujours !

* * *

Le Général aimait, de temps à autre, suivre une rencontre de football à la télévision, et particulièrement lorsque l’équipe de France affrontait une équipe étrangère, ce qui émoustillait son côté cocardier.

C’était le cas, ce jour-là, et, par chance, le Général séjournait à La Boisserie où on le dérangeait moins qu’à Paris. On avait déjeuné en famille, enfants et petits-enfants faisaient un tour de jardin, le Général était tout à son match…

La partie débute…

À la quinzième minute, les Français marquent un but superbe !

Un petit-fils se glisse dans la pièce.

« On gagne ! On gagne ! « lui lance le Général.

Exit le petit-fils.

Juste avant la mi-temps, nos adversaires égalisent.

Remise en jeu.

Les Français encaissent un deuxième but, puis un troisième…

Retour du petit-fils, qui s’informe.

« Rien ! Il ne se passe rien !… Va jouer, j’ai du travail ! »

* * *

Quand on voyait de Gaulle, on voyait aussi Gaston de Bonneval, son fidèle, loyal et dévoué aide de camp.

Bonneval était omniprésent, ou toujours à portée de voix. Premier levé, dernier couché, il était l’homme qui sait tout et se souvient de tout, la seconde mémoire du Général (qui en avait une excellente, lui aussi), son ombre portée…

Ce matin-là, Gaston de Bonneval qui souffre, depuis quarante-huit heures, d’un début de bronchite, se décide à aller consulter un médecin.

Sur ces entrefaites, le Général réclame son aide de camp pour une affaire urgente. On lui annonce qu’il s’est absenté et on lui en donne la raison.

Le Général s’informe :

« Ce n’est pas grave, au moins ? »

On le rassure.

« Bon, téléphonez-lui chez son toubib. J’ai besoin de lui. Qu’il se dépêche ! »

Trente minutes plus tard, Gaston de Bonneval fait son entrée dans le bureau du Général. Il est tout rouge, il transpire, il a couru…

Une lueur malicieuse s’allume dans l’œil du Général :

« Alors, Bonneval, sous prétexte que vous avez les bronches délicates, vous êtes tout le temps absent ? »

* * *

Ce coup-là, de Gaulle l’a fait, sciemment, à plusieurs de ses collaborateurs.

Ce n’était nullement pour les torturer, ni pour les empêcher d’avoir une vie privée, et moins encore pour leur interdire un repos bien mérité (en diverses circonstances, il fut, au contraire, le premier à les inviter à « dételer ») mais, plus simplement, pour leur remettre en mémoire, de temps à autre, que « le service de la France » exige un dévouement et une disponibilité de tous les instants, et qu’il ne connaît ni pause ni récréation.

C’est ce qui arriva à Olivier Guichard, directeur-adjoint de son cabinet.

Ce début août de 1958 s’annonçait un peu plus calme que les semaines précédentes. Ce pourquoi Guichard s’était autorisé quelques jours de repos, en famille, avec l’accord et la bénédiction de Georges Pompidou.

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