La nouvelle vie d'Arsène Lupin
- Автор: Goetz Adrien
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Grasset & Fasquelle
- ISBN: 978-2246855712
- Жанр: Альтернативная история
Электронная книга - «La nouvelle vie d'Arsène Lupin». Краткое содержание книги:
Dans ce trépidant divertissement, Adrien Goetz, le père de Pénélope et de ses fameuses intrigues (Intrigue à Versailles, Intrigue à Giverny…), rajeunit le plus mythique des personnages français, ainsi que ses partenaires et adversaires, du ridicule détective Herlock Sholmès à la redoutable Joséphine Balsamo, convertie au féminisme militant. La traque d’Arsène Lupin commence !
— Lupin était du voyage ?
— Et pourquoi pas ? J’aurais dû m’en priver ? La mine de Ganimarion, c’était du plus haut comique, du comique troupier, du cinéma muet avec accompagnement de piano, j’y étais, en personne, on m’a laissé entrer et sortir, figure-toi… Les huiles — essentielles — qui se trouvaient à bord de l’avion du président français n’avaient pas été fouillées, ni au Bourget ni à Barjah. Je suis arrivé avec la caisse et les deux Joconde.
— Vous étiez déguisé en conseiller du président ? Vous étiez le ministre ? Le président du Louvre ? Vous étiez caché dans la boîte ? Je ne veux pas le croire…
— Mais non, patate ! (Je fus sensible à l’honneur d’être appelé « patate »… dès la première rencontre, par Arsène Lupin.) Des injections de collagène réversibles sous les paupières, des faux seins plus mous que nature, des rides profondes et des ridules autour de la bouche, et des yeux, et du nez, la broche en grenats de ma grand-mère Lupin, des chaussures orthopédiques à talons plats, la gamme de luxe de chez Mephisto, tu vois, les Mephisto-Valses, et tout de même, pour l’occasion, les deux rangs de perles des Dreux-Soubise dont l’orient est admirable, on a de la branche ou on n’en a pas, voyons, j’étais irrésistible, renversante, hyper-compétente, respectable, coiffée d’un chignon brioche poivre et sel à la versaillaise, crebleu, tu n’as pas compris, Édith Bouchu, c’était moi !
— Merveille.
— Et j’ai eu ma décoration ! Enfin, la sienne. Je la lui ai fait remettre dans sa maison de retraite du côté d’Auch, par le préfet du Gers en personne, un talent fou, je te renvoie à sa notice biographique dans le Who’s Who in France, ah, ma chère Édith-au-cou-de-cygne, Édith du désert, Édith du Louvre, elle avait eu tellement de cran dans cette aventure au pays de l’or noir, je lui devais bien cela. »
Chapitre 5
La Cagliostro se venge
Beautrelet s’était juré de finir sa thèse et de ne plus revoir Lupin. Finies, les aventures ! Autant dire qu’il avait une très forte envie de savoir ce qu’était devenue l’idole de sa jeunesse, et qu’il luttait. Il avait décidé de détester Lupin, cela n’était pas facile.
Depuis quelques semaines, il avait commencé une espèce de liaison. La jeune Japonaise était bien loin dans ses souvenirs. Mais la nouvelle, il la tenait à distance, il avait peur de tomber amoureux et ce n’était pas du tout le moment. Elle n’avait d’ailleurs pas l’air de s’accommoder trop mal de leur étrange relation. Il n’était jamais allé chez elle. Elle était venue chez lui, au début, et comme elle aimait, semble-t-il, le luxe et les petits déjeuners sur des plateaux à roulettes, elle lui donnait rendez-vous dans de grands hôtels, ce qui mettait toujours Paul un peu mal à l’aise. Dans ce genre de décors, leur différence d’âge se voyait, et il n’aimait pas avoir l’air d’un garçon entretenu.
Le gentleman-cambrioleur se serait moqué de lui, s’il avait su ça. Malgré lui, Paul se prenait à penser à lui, à entendre cette voix qui changeait comme au théâtre lui dire : « Alors, mon petit Isidore… », ou lui lancer son inimitable « Et pourquoi pas ? ».
Il importait peu, au fond, de savoir si Arsène Lupin c’était vraiment cet homme, et par quel miracle de la science il était toujours là. Ses recherches à lui concernaient la régénération des cellules, il se pouvait bien que le cambrioleur fût un des meilleurs cobayes pour étayer ses conclusions, plus utile que les malheureuses souris de laboratoire que ses camarades chercheurs s’ingéniaient à torturer.
Il s’était barricadé depuis dix jours, ne voyait plus personne, réécrivait sans cesse son chapitre final.
Un soir, alors qu’il sortait à l’épicerie du coin pour s’acheter un plat tout préparé à réchauffer en trois minutes — cela faisait deux jours qu’il n’avait ingurgité que de l’eau et du café —, il s’aperçut que la grande botte rouge qui était l’antique enseigne de sa maison avait disparu.
La botte de Cartouche, volée ? Il fredonnait la « Chanson de Cartouche », un air du XVIIe siècle qu’on trouvait sur Wikipedia et dont on ne comprenait pas bien les paroles, même si le sens était clair :
Il interrogea l’épicier. Karim — c’était écrit sur son badge —, un remplaçant qu’il n’avait jamais vu, lui dit qu’il ne savait rien, mais qu’un des ouvriers qui étaient venus la dévisser ce matin avait laissé son sac avec ses outils. Il était là, derrière la caisse.
Une jeune femme du quartier, baskets sans marque et montre Hermès, demanda des nouvelles de Yacine, l’épicier habituel, en achetant ses tomates « dix doigts de Naples » et sa salade bio, produits que ce petit commerce, désireux d’épouser l’âme du quartier, mettait en avant depuis peu. Ah, l’esprit « bobo » : c’est un peu le mode de vie du gentleman-cambrioleur qui s’était démocratisé — et quand Beautrelet s’était inscrit aux cours de tango du Café de la Gare, la sublime enseignante, Leila, aimable Argentine pleine d’attraits, très bohémienne bourgeoise, lui avait dit : « Dans cette danse, tu dois avoir le torse royal et les jambes canaille. Toi, mon lapin, tu vas y arriver. » Il n’y arrivait pas très bien, mais s’était dit qu’il n’était pas allé se nicher par hasard dans ce coin de Paris qui partageait sa philosophie.
La cliente de l’épicerie était un archétype :
« Il n’est pas là votre collègue ?
— En vacances, madame.
— Ah oui, il est reparti en… dans votre pays…
— Non, madame, il est en Toscane.
— Il est tellement malin, quand il reviendra chez vous, il sera ministre.
— Je crois quand même qu’il préférera être ministre ici. »
Pendant cette conversation, qui l’amusait beaucoup, Beautrelet se pencha, inspecta la besace qui contenait une perceuse, des outils, et s’étrangla en trouvant une enveloppe épinglée dans le tissu, à l’intérieur, avec cette adresse :
Sans oser se le dire, il avait attendu un signe, et ce signe était venu. Il avait enfin une lettre. Si elle était arrivée par la poste, il n’aurait même pas voulu la lire, la signature de Lupin aurait suffi à la lui faire jeter à la poubelle — même après l’avoir lue. Il avait perdu trop de temps avec Lupin. Lupin était nuisible, c’était son mauvais génie. Le professeur Foucart attendait ses conclusions pour la semaine prochaine.
En le forçant à trouver lui-même le message, Lupin savait comment vaincre les préventions du jeune homme. Le ton était inimitable :