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L'usage des armes [Use of Weapons - fr]

Электронная книга - «L'usage des armes [Use of Weapons - fr]». Краткое содержание книги:

Cheradenine Zakalwe — ou du moins l’homme qui se fait appeler ainsi — est l’un des agents les plus efficaces de la Culture. Et Diziet Sma éminente figure de la Culture, l’utilise à des fins mystérieuses, quelquefois paradoxales.
Dans le cadre de Circonstances spéciales, une branche de Contact.
Qu’est-ce que la Culture ? Une immense société galactique, pacifiste en son principe mais redoutable si on l’attaque, multiforme, anarchiste, tolérante, éthique et cynique. Elle est composée d’humains, d’Intelligences artificielles et d’espèces étrangères qui ont accepté ses valeurs.
La Culture a la prétention de faire évoluer lentement mais sûrement les civilisations étrangères qu’elle rencontre au fur et à mesure de son expansion.
C’est le rôle du Contact d’évaluer et d’infiltrer les sociétés nouvellement découvertes. Et dans les cas extrêmes, c’est à Circonstances spéciales d’intervenir, au besoin par la violence.
Cheradenine Zakalwe est l’une des armes de Circonstances spéciales. C’est le héros de L’usage des armes, qui est à la fois un roman d’aventures et une œuvre littéraire éblouissante, d’une perversité toute britannique.
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Elle haussa les épaules et se frotta les lèvres d’une main.

— S’il continue à faire ce qu’il peut pour rester introuvable, on ne le dénichera jamais. Mais s’il voulait simplement partir et vivre sa vie sans être surveillé en permanence, alors on a une chance. J’oubliais : repérez toutes les guerres, bien sûr. Surtout les guerres de moyenne envergure… et d’un intérêt certain, si vous voyez ce que je veux dire.

— Entendu. Je transmets.

En temps normal, le drone aurait traité par le mépris ces déductions de psychologue à la petite semaine, mais pour une fois, il résolut de tenir sa langue (métaphoriquement parlant), et transmit les remarques de Sma au vaisseau muet afin que celui-ci les communique ensuite à la flotte de recherche qui les précédait.

Sma prit une profonde inspiration ; ses épaules se soulevèrent, puis retombèrent.

— Est-ce que les réjouissances continuent ?

Oui, répondit Skaffen-Amtiskaw, surpris.

La jeune femme sauta du lit et remit son costume-Xény.

— Bon, alors ne jouons pas les trouble-fête.

Elle attacha son déguisement, ramassa d’un geste la tête de fourrure brun et jaune et se dirigea vers la porte.

— Sma, reprit le drone en lui emboîtant le pas. Je croyais que tu serais folle de rage.

— Ça peut encore venir, quand l’effet de Calme se sera dissipé, reconnut-elle en ouvrant la porte. (Puis elle enfila la tête de son déguisement.) Mais pour l’instant, tout ça m’est complètement égal.

Ils empruntèrent la coursive. Sma jeta un regard en arrière au drone qui la suivait. Ses champs étaient en clair.

— Allez, drone ; nous sommes censés nous rendre à un bal costumé. Mais, cette fois-ci, trouve quelque chose de plus imaginatif qu’une maquette de vaisseau de guerre.

— Hmm…, fit la machine. Qu’est-ce que tu proposes ?

— Mais je ne sais pas, moi, soupira Sma. Voyons, qu’est-ce qui t’irait bien ? Je veux dire, quel est le rôle idéal pour une ordure lâche, menteuse, paternaliste et hypocrite dans ton genre qui ne sait pas ce que c’est que la confiance ni le respect d’autrui ?

Tandis qu’ils approchaient du tumulte et des illuminations de la fête, elle perçut un certain silence derrière elle. Elle se retourna et, à la place du drone, vit, marchant sur ses talons, un beau jeune homme aux traits classiques mais un peu passe-partout, dont le regard se détachait tout juste de ses fesses.

Sma éclata de rire.

— Voilà ! C’est parfait ! (Elle fit quelques pas, puis ajouta :) Non, finalement, je crois que je préférais le vaisseau de guerre.

XI

Il n’écrivait jamais rien dans le sable. Il lui répugnait même d’y laisser des empreintes de pieds. Il voyait cela comme un commerce à sens unique : il gardait la plage propre et, en contrepartie, la mer fournissait les matériaux. Le sable faisait l’intermédiaire en mettant les marchandises à l’étalage, comme sur un long comptoir de boutique tout détrempé. Il aimait la simplicité de cet arrangement.

Parfois, il regardait les bateaux passer au large. De temps en temps, il regrettait de ne pas se trouver à bord d’une de ces minuscules formes noires faisant voile vers quelque contrée étrange et colorée, ou bien – en faisant un effort d’imagination – filant vers un monde de lumières clignotantes et de rires aimables, un monde amical et accueillant. Mais la plupart du temps il traitait par le mépris ces petites taches noires qui se déplaçaient lentement au loin, et continuait à marcher en ramassant ce qu’il trouvait, les yeux fixés sur l’étendue gris-brun de la plage en pente douce. L’horizon était clair, lointain et vide, le vent poussait sa plainte grave dans les dunes ; les oiseaux de mer au parcours erratique et aux piaillements ergoteurs qui tournoyaient à grands cris dans les cieux froids le réconfortaient.

De temps à autre, des homobiles impétueux et bruyants venaient de l’intérieur des terres. Regorgeant de métal luisant et de lumières palpitantes, avec leurs vitres multicolores et leurs grilles couvertes d’ornements, ils résonnaient de fanions claquant au vent et dégoulinaient de fresques conçues dans l’enthousiasme mais piètrement exécutées ; surchargés, ils remontaient la piste sablonneuse de la parcopole avec force cahots. Ils toussaient, crachotaient, vomissaient de la fumée… Des adultes se penchaient par les fenêtres ou se tenaient sur le marchepied, une jambe dans le vide ; des enfants couraient à côté ou s’accrochaient aux échelles ou aux multiples sangles qui pendaient sur leurs flancs, quand ils ne s’installaient pas sur le toit pour piailler ou hurler.

Tous venaient voir l’original et sa drôle de baraque en planches, dans les dunes. Vivre ainsi à même le sol, dans une chose qui ne bougeait pas, qui ne pouvait pas se déplacer, il y avait là une bizarrerie qui les fascinait, et qui les dégoûtait même un peu. Ils regardaient sans comprendre l’endroit où le bois et le papier goudronné rejoignaient le sable et, secouant la tête, faisaient le tour de la petite hutte de guingois comme pour en chercher les roues. Ils parlaient entre eux, essayant d’imaginer ce que cela devait être que de voir encore et toujours la même chose depuis chez soi, de subir constamment les mêmes conditions météorologiques. Ils ouvraient la porte branlante et flairaient l’atmosphère obscure, chargée de fumée et de senteurs humaines, qui régnait à l’intérieur ; puis ils la refermaient prestement, déclarant qu’il ne pouvait être sain de vivre tout le temps au même endroit, pareillement rivé à la terre. Insectes. Pourriture. Air confiné.

Il ne tenait aucun compte de leur présence. Il comprenait leur langue, mais faisait comme si elle lui était inconnue. Il n’ignorait pas que la population sans cesse renouvelée de la parcopole l’appelait l’« arbre humain », parce que les gens se plaisaient à imaginer qu’il lui était poussé des racines, qui le maintenaient au sol comme sa baraque sans roues. Quand ils venaient tourner autour de sa cabane, il était généralement ailleurs, de toute façon. En outre, ils avaient vite fait de s’en désintéresser pour aller se planter au bord de l’eau, pousser des cris aigus quand elle venait leur mouiller les pieds, lancer des cailloux dans les vagues et former des autos miniatures dans le sable ; sur quoi ils remontaient dans leurs homobiles et, toutes lumières clignotantes, repartaient vers l’intérieur des terres dans un grand concert d’avertisseurs, sur fond de craquements et de détonations diverses. Alors il se retrouvait seul.

Il tombait constamment sur des oiseaux de mer morts, et, de temps en temps, sur des carcasses d’animaux marins échouées. Algues et fleurs-de-mer jonchaient le sable comme autant de serpentins et – une fois séchées – ondulaient dans le vent en se déroulant pour finalement se désintégrer et s’envoler vers le large, ou au contraire vers les terres, en formant d’éclatants nuages de couleur et de pourrissement.

Un jour, il avait trouvé un marin noyé qui gisait là, boursouflé par l’océan, les extrémités grignotées, une jambe accompagnant la lente pulsation écumeuse de la mer. Il le regarda longuement, puis vida son sac de toile de tout le bois flotté qu’il renfermait et en recouvrit doucement la tête et le haut du torse du noyé. Comme la marée descendait, il ne prit pas la peine de le traîner vers le haut de la plage. Il se rendit à pied à la parcopole – sans pousser devant lui la carriole contenant ses trésors marins, pour une fois – et annonça la nouvelle au shérif.

Le jour où il trouva une petite chaise sur la plage, il fit comme si de rien n’était ; mais elle était toujours là à son retour. Il continua son chemin ; le lendemain, il alla ratisser dans la direction opposée, face à un autre horizon tout aussi rectiligne, songeant que la bourrasque de la nuit l’aurait emportée. Cependant, le jour suivant il la retrouva au même endroit ; alors il la prit et, une fois de retour à la hutte, se mit à la réparer avec de la ficelle. Il lui fabriqua également un nouveau pied avec une petite branche échouée, puis la posa sur le pas de sa porte. Pourtant, jamais il ne s’y assit.

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