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La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]

Электронная книга - «La rédemption de Christophe Colomb [Pastwatch: The Redemption of Christopher Columbus - fr]». Краткое содержание книги:

Une ère nouvelle s’ouvre sur la Terre; après un siècle de guerre, de famine et de désespoir, l’humanité survivante a entrepris de soigner le monde. Et le dispose du chronoscope, qui lui montre le visage des hommes d’autrefois et lui fait entendre leur voix. L’Observatoire du temps scrute les siècles passés.
Ainsi du grand voyage qui conduisit Christophe Colomb le 12 octobre 1492 sur les rives du Nouveau Monde.
« J’ai rêvé, dit Putukam du peuple taïno d’Haïti, qu’un homme et une femme nous observaient, plus jeune que nous de quarante générations… Pourquoi n’empêchent-ils pas les Blancs de nous asservir ? »
Pour les chercheurs de l’Observatoire, n’y a-t-il pas une douleur insupportable à regarder l’Histoire dérouler son cours implacable ? Mais est-il possible d’intervenir ? Et le remède ne serait-il pas pire que le mal ?
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« Kemal ? »

Il hocha la tête.

« Je m’appelle Diko. Je suis la fille de Tagiri. Mettez votre sac à l’arrière et allons-y ! »

Il jeta son sac dans la petite benne puis s’assit à côté de la jeune femme sur la banquette du conducteur. Par bonheur, ce genre de véhicule, conçu pour de courts déplacements, ne dépassait pas les trente kilomètres-heure, sans quoi il serait passé par-dessus bord en un rien de temps, étant donné la façon dont la jeune trompe-la-mort roulait à tombeau ouvert sur la route défoncée.

« Maman répète tout le temps qu’il faudrait paver les routes dans le coin, reprit Diko, mais on lui fait chaque fois remarquer que les gosses attraperaient des cloques sur le pavage brûlant et on laisse tomber l’idée.

— Ils pourraient porter des chaussures » observa Kemal. Il s’efforçait d’articuler en « simple » le plus clairement possible, mais c’était peine perdue, avec ses mâchoires qui claquaient à chaque cahot du véhicule sur les nids-de-poule.

« Allons, ils seraient ridicules, tout nus avec des espadrilles ! » Et elle gloussa.

Kemal se retint de lui dire qu’ils avaient déjà l’air ridicules tels quels ; tout ce qu’il en obtiendrait, ce serait de se faire accuser d’impérialisme culturel, même si ce n’était pas sa culture à lui qu’il prêchait. Ces gens paraissaient heureux de leur mode de vie, et ceux qui ne se plaisaient pas allaient sans doute s’installer à Khartoum, Entebbe ou Addis-Abeba, villes outrageusement modernes, elles. Et il y avait une certaine logique à ce que les membres de l’Observatoire vivent dans le passé en même temps qu’ils l’étudiaient.

Il se demanda fugitivement s’ils se servaient de papier toilette ou de poignées d’herbe.

À son grand soulagement, la cabane devant laquelle Diko s’arrêta ne servait que de camouflage à un ascenseur qui les conduisit dans un hôtel souterrain parfaitement moderne. La jeune fille insista pour porter son sac en le menant à sa chambre. L’établissement avait été taillé dans le versant d’une falaise qui surplombait le Nil, si bien que toutes les chambres disposaient de fenêtres et de terrasses ; en outre, il y avait l’air conditionné, l’eau courante et un ordinateur dans la pièce.

« Ça ira ? demanda Diko.

— J’espérais qu’on me fournirait une hutte et que je pourrais me soulager dans la nature », répondit Kemal.

Elle prit l’air déconfit. « Papa disait qu’il fallait vous immerger dans le mode de vie indigène, mais maman affirmait que ça ne vous plairait pas.

— Votre mère avait raison. Je plaisantais. Cette chambre est parfaite.

— Vous avez fait un long voyage. Les anciens sont impatients de vous parler, mais ils attendront demain matin, sauf si vous en décidez autrement.

— Demain matin, ce sera très bien. »

Ils se mirent d’accord sur une heure, puis Kemal appela la réception et s’aperçut qu’il pouvait se faire servir de la cuisine internationale standard au lieu de limaces en purée, de bouse de vache aux épices ou autres spécialités éventuelles de la gastronomie locale.

Le lendemain matin, il se retrouva dans l’ombre d’un grand arbre, installé sur une chaise à bascule et entouré d’une dizaine de personnes assises ou accroupies sur des nattes. « Je me sens vraiment mal à l’aise d’être le seul à occuper un siège, dit-il.

— Je vous avais prévenus qu’il voudrait une natte, fit Hassan.

— Non, répondit Kemal, je ne veux pas de natte, mais vous seriez mieux assis…

— C’est notre coutume, intervint Tagiri. Quand nous travaillons à nos machines, nous prenons des chaises ; mais là, il ne s’agit pas de travail : c’est du plaisir. L’illustre Kemal a demandé à nous rencontrer. Jamais nous n’aurions cru que vous vous intéresseriez à nos projets. »

Il avait horreur qu’on l’appelle « l’illustre Kemal ». Pour lui, l’illustre Kemal, c’était Mustafa Kemal Ataturk, qui avait rebâti la nation turque après la débâcle de l’empire ottoman, des siècles plus tôt. Mais il était las de répéter le même discours et, par ailleurs, il lui avait semblé déceler une pointe d’ironie dans le ton de Tagiri. Il était temps de mettre fin aux faux-semblants.

« Vos projets ne m’intéressent pas, dit-il. Cependant, il semble que vous attiriez l’attention d’un nombre croissant de gens en dehors de l’Observatoire. À ce que je sais, vous envisagez une action aux conséquences d’une portée incalculable, mais apparemment vous fondez vos décisions sur des… des données incomplètes.

— Et vous êtes venu nous faire la leçon, dit Hassan en rougissant de colère.

— Je suis venu vous exposer ce que je sais et ce que je pense. Ce n’est pas moi qui ai demandé une réunion publique. Je suis tout prêt à vous parler, à vous et Tagiri seuls. Ou, si vous préférez, je peux m’en aller et vous laisser continuer à l’aveuglette. Je vous propose de partager mes connaissances et je ne vois aucune nécessité de faire semblant que nous soyons égaux en ces domaines. Je ne doute pas que vous sachiez bien des choses que j’ignore – mais, moi, je n’essaye pas de fabriquer une machine pour modifier le passé, par conséquent il n’y a aucune urgence à combler mon ignorance. »

Tagiri éclata de rire. « Une des gloires de l’Observatoire, c’est que ce ne sont pas des fonctionnaires à la langue mielleuse qui dirigent les grands projets. » Elle se pencha en avant. « Soyez méchant avec nous, Kemal. Nous n’avons pas honte d’entendre que nous risquons de nous tromper.

— Commençons par l’esclavage, dit Kemal. Àprès tout, c’est ce que vous avez fait vous-mêmes. J’ai lu certaines des biographies pleines de bons sentiments et des articles de fond issus de votre projet, et j’en ai retiré l’impression très nette que, si vous en aviez les moyens, vous chercheriez l’individu qui a inventé l’esclavage pour l’en empêcher, afin qu’aucun être humain ne se fasse acheter ni vendre sur notre planète. Ai-je raison ?

— Prétendez-vous que l’esclavage n’a pas été un mal absolu ? demanda Tagiri.

— En effet. Parce que vous prenez le problème par le mauvais bout – par le présent, où l’esclavage est aboli. Mais, si vous vous placez du point de vue de ses origines, ne pensez-vous pas qu’il valait infiniment mieux que ce qu’il remplaçait ? »

Le vernis d’intérêt poli de Tagiri commençait à s’éroder sérieusement. « J’ai lu vos observations sur l’origine de l’esclavage.

— Et elles vous ont laissée froide.

— Il est naturel, lorsqu’on fait une grande découverte, de lui supposer davantage de portée qu’elle n’en a réellement, répondit Tagiri. Mais il n’y a aucune raison de croire que l’asservissement de l’homme trouve sa source uniquement dans l’Atlantide, en substitution des sacrifices humains.

— Je n’ai jamais dit ça ! protesta Kemal. Ce sont mes adversaires qui me prêtent ces propos ; j’espérais que vous m’auriez lu plus attentivement ! »

Hassan intervint d’un ton qu’il voulait à la fois énergique et mesuré. « La conversation prend une tournure trop personnelle, je trouve. Etes-vous venu jusqu’ici, Kemal, pour nous révéler que nous sommes stupides ? Vous auriez pu le faire par courrier.

— Non. Je suis venu entendre Tagiri m’annoncer que j’éprouve un besoin pathologique d’imaginer partout l’influence de l’Atlantide. » Kemal se leva, se retourna, souleva son siège et le jeta au loin. « Qu’on me donne une natte ! Que je m’assoie au milieu de vous pour vous apprendre ce que je sais ! Si vous décidez ensuite de rejeter mes analyses, libre à vous. Mais ne me faites pas perdre mon temps et ne perdez pas le vôtre à vous défendre ni à m’attaquer ! »

Hassan se dressa. Un instant, Kemal se demanda s’il allait le frapper. Mais Hassan se baissa, prit sa natte et la lui tendit « D’accord, dit-il. Parlez. »

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