Fleur de nave vinaigrette [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Серия: Le Commissaire San-Antonio #48
- Год: 1969
- Язык: французский
- ISBN: 2265069094
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Fleur de nave vinaigrette [fr]». Краткое содержание книги:
Assurément non ! Pour se délecter d'une pareille situation, il faut avoir lu « Fleur de nave vinaigrette ».
Au passage : savez-vous comment se traduit « Fleur de nave » en japonais ? « Bey-Rhû-Ryé » ! Rigoureusement authentique !
Si vous ne me croyez pas, consultez votre judoka habituel.
Le pauvre Biquet se met à se gratter à pleins ongles.
— Ces charognes-là m’ont déclenché une crise d’antiquaire, ronchonne-t-il. Oh ! ce que ça me démange ! Déliez-moi les paluches que je puisse me gratter partout, bordel de merde !
Mais au lieu de souscrire à sa requête, c’est vers moi que les autres se tournent maintenant. C’est bibi qui polarise l’attention.
— Nous vous écoutons ! fait Grand-Papa Bouton-d’or.
— J’ai mis l’enveloppe dans une autre enveloppe que je me suis adressée recommandée, en poste restante, assuré-je sans sourciller.
Un silence suit.
— Pourquoi avez-vous agi ainsi ?
— En attendant de connaître sa signification.
— Car vous l’ignorez ?
Les deux boules de loto jaunâtres me fixent comme les gobilles d’un hypnotiseur fixent le médium.
— Oui, monsieur, je l’ignore.
— Eh bien, tant mieux, fait le petit vioque au bout d’un moment de silence.
Il se tourne alors vers ses petits amis et les harangue. Les autres opinent. Le vieux se retourne vers moi.
— Deux de ces messieurs vont vous conduire au bureau de poste, décide-t-il. Ils vous surveilleront très étroitement et interviendront avec promptitude si vous essayez de leur échapper.
Il retire de sa poche une sorte de petit écrin en laque et l’ouvre. A l’intérieur, il y a une bague munie d’un gros chaton.
— Valeureux étranger, dit le ouistiti à binocles, il faut que je vous explique le secret de cette bague…
Il la passe à son doigt et avec l’ongle du pouce fait jouer un mécanisme invisible. Une sorte d’aiguille de la taille d’une aiguille de phonographe jaillit du chaton.
— Une piqûre de cette aiguille et vous tombez foudroyé, me dit mon hôte.
Nouvelle manœuvre, mais inverse afin de faire rentrer l’aiguille dans son logement. Il retire la bagouze et la passe au doigt d’un des vilains pas beaux de sa collection.
— M. Padecarburohamamoto, ici présent, vous tiendra par le bras. A la moindre velléité… Vous comprenez, je pense ?
— Vous pensez ! ricané-je.
— D’autre part, nous conservons votre ami en otage. Si par miracle vous parveniez à vous échapper il serait mis à mort immédiatement et ce, d’une manière particulièrement désagréable.
Un temps. Le vieux crabe aux pinces d’or hoche la tête.
— C’est tout.
Il fait un signe aux autres. Padecarburohamamoto et un autre minable s’approchent de mézigue et me déligotent. Puis Padecarburohamamoto m’empoigne par le bras.
— Fais pas l’œuf, hein, San-A. ! me crie Béru au moment où nous franchissons la lourde.
En débouchant sur le bridge (ou plutôt sur le deck) je m’aperçois que nous naviguons sur un yacht magnifique. Je ne sais pas combien de tonneaux il jauge, mais c’est une belle unité. Il a jeté l’ancre à quelques encablures du rivage et le capitaine Kishiduhoduma est en train de donner des ordres pour qu’on mette une embarcation to the sea. Trois minutes after, nous dévalons l’échelle de coupée et prenons place dans le canot à moteur qu’un marin du bord pilote. Mine de rien, je mate le nom du bâtiment. Ça peut servir. Le barlu est blanc comme un cygne. Il s’appelle Hositodihositofé. Banco, c’est inscrit dans mon petit fichier cérébral.
Nous abordons un instant plus tard dans un petit port privé. Un jardin japonais borde la grève à cet endroit. Et, au bout du jardin, s’élève une merveilleuse construction, toute en bambou refendu. C’est de la crèche de grossium. Mes escorteurs m’entraînent vers la demeure.
J’ai dans l’idée qu’elle appartient au proprio du yacht.
L’un des deux, pas celui-là : l’autre va chercher une puissante limousine (non pas à Limoges mais dans un garage proche de l’habitation) et Padecarburohamamoto me pousse à l’arrière du véhicule. Cette patate respecte vachement la consigne, et ne me lâche pas le bras d’une semelle, comme ne manquerait sûrement pas de dire Béru.
— C’est de la poste centrale ? me demande-t-il.
— Oui.
Nous roulons dans un petit chemin qui embaume la verveine, le jasmin, le chrysanthème, l’héliotrope, le réséda, la fougère sauvage, l’œillet fané de Grenoville et le lotus roja (merci monsieur Vilmorin, ça c’est de la terre meuble !). Après deux cent vingt-deux mètres quarante et un de trajet dans ce chemin délicat, nous débouchons sur la route qui va de Kawasaki à Tokyo. Personne ne moufte. La main de Padecarburohamamoto est pareille à un bracelet. Je la sens bouclée à mon bras d’une manière quasi définitive. Bien calé sur les coussins moelleux de la chignole, je réfléchis. Je me dis : « Et maintenant, mon San-Antonio chéri, que va-t-il se passer ? Que vas-tu faire (car je me tutoie dans l’intimité) ?
Nous allons aller à la poste. Naturellement, il n’y aura rien à mon nom.
On me ramènera à bord de l’Hositodihositofé, et ensuite…
Ensuite, je n’ose envisager ce qui se passera. Nous sommes tombés sur des types passés maîtres dans l’art du sévice. Le peu que j’ai vu est édifiant et je n’ai pas envie d’assister à la suite du programme. Je pourrais bien jouer mon va-tout et essayer de les mettre, mais alors ce serait la fin du gros bonhomme. Béru, mort à la tâche ! Après quelle séance, grand Dieu ! Le vieux magot est très capable de lui faire découper les vestibules avec des ciseaux à broder ou de lui faire avaler un bidon d’essence avec des pierres à briquet pour enflammer celle-ci. Que faire ! Je me recueille, je me concentre. J’adresse un message au Très-Haut avec accusé de réception et réponse payée.
Mais je ne trouve rien et nous continuons de rouler. Nous voici maintenant dans Tokyo. Nous roulons devant les anciennes usines allemandes Besstaguengretchen-Kejbeztakrupp et nous atteignons la place Hifoskifo au milieu de laquelle s’élève la statue d’Hokilépabo, l’inventeur de la brouette japonaise à double carburateur.
L’auto se range devant un grand édifice. Nous v’là à pied d’œuvre, m’sieurs-dames ! Je me mets à siffloter « Il est nippon, ni carré, ni pointu », cette fameuse chanson suisse qui met en cause la ville de Bâle. Mon mentor me tient toujours de la même manière. Il n’a pas l’air bien cuit, ce mec-là, bien qu’on affirme « qu’un mentor n’est jamais cru ».
Nous pénétrons dans un hall gigantesque entouré de guichets. Un tas de broux vibrent sous l’immense verrière : il y a des brouhahas, des brouhihis (pas de brouhuhus car le « u » se siffle en japonais).
Mes deux camarades m’encadrent soigneusement, comme vous encadreriez la photographie de Mme Michèle Morgan si elle vous faisait l’honneur de vous la dédicacer. Ils me guident droit au guichet de la poste restante. Manque de bol (de riz), il n’y a personne et c’est tout de suite à moi. Le préposée est une ravissante gosse au sourire en forme de violette.
— Je dois avoir une lettre recommandée à mon nom, lui dis-je, en anglais.
Et je balance mon blaze sans l’articuler, car je viens d’avoir une very good idée, mes frères.
— Quel nom ? demande la mignonne enfant.
Je répète, mais en escamotant davantage encore.
— Vous avez des papiers ?
— Bien sûr, miss !