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Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe

Электронная книга - «Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe». Краткое содержание книги:

L'orthographe, ses règles obscures et ses exceptions vous font souffrir ?
Rassurez-vous, c'est voulu !
Comment pourrait-il en être autrement dans un pays à l'histoire si tumultueuse ? Comme la France, notre orthographe a traversé les siècles en empruntant des voies détournées, sans craindre détours et autres pirouettes.
Il fallait un Belge comme Bernard Fripiat pour raconter cette histoire avec un humour et une irrévérence qui déculpabiliseront les pires cancres. En une centaine de pourquoi, il explique l'origine de chaque difficulté et raconte la folle épopée d'une orthographe que le monde entier nous envie…
Biographie de l'auteur
Historien passionné par la langue française, Bernard Fripiat anime depuis vingt ans des stages d orthographe en entreprise. Auteur dramatique, il est également comédien et chroniqueur radio. En 2013 il a publié L'Orthographe : 99 trucs pour en rire et la retenir (éd. Gunten).
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« Favori » est le participe passé du verbe français favorir qui sera remplacé par « favoriser ». Le féminin devrait faire favorie. Mais les Italiens disaient favorito et favorita. Cette dernière désignait souvent la préférée du roi. François Ier aimait flatter sa belle à l’italienne en la qualifiant de favorita, que nous franciserons très vite en « favorite ».

Pourquoi avons-nous gardé l’ancien participe passé « favori » ? Parce que François Ier n’avait pas de favorito et qu’il n’aurait peut-être pas apprécié qu’on y fasse allusion. Notons que notre graphie aurait probablement été plus logique si ce mot avait été introduit par Henri III ! À quoi peut tenir parfois l’orthographe !

70. POURQUOI ÉCRIVONS-NOUS PARFOIS DES TH ET PH  ?

Vous êtes-vous déjà interrogé sur la prononciation de mailing ?

D’Italie, nous avons importé la Renaissance. L’époque était fascinée par les classiques grecs et a vu se développer une habitude qui existait déjà et ne fera que croître par la suite : utiliser les racines helléniques pour créer de nouveaux mots. Précédemment, c’étaient surtout les mots grecs que les Romains avaient eux-mêmes empruntés qui étaient repris. À la Renaissance, la reprise se fait directement dans la langue grecque sans passer par la langue latine.

Les Athéniens possédaient deux : τ (comme le nôtre) et θ. Lorsque nous reprenons un mot grec qui comprend un θ, nous ajoutons un h. Le th de « anthropologie » s’explique par anthropos qui désigne l’être humain, « orthographe » par orthos qui veut dire « droit » et graphein « écrire ». « Bibliothèque » : thékè est une « armoire » et biblion un « livre ». « Thérapie » vient de thérapein qui signifie « soigner ». Quant au thermos, il désigne la chaleur… Lorsque nous disons : « Germaine, passe-moi le thermos », c’est du grec !

Dieu sait pourquoi (et il ne nous le dira pas) nous symbolisons le f grec par un ph. C’est ainsi que nous mettrons ph à « amphithéâtre » car amphi signifie « des deux côtés » ; à « philosophe » car philos désigne l’« ami » et sophos la « sagesse ». Phobos, qui désigne la « crainte », explique le ph de « phobie » ; photos, qui signifie la « lumière », celui de « photogénique » ; et trophè, qui désigne la « nourriture », celui de « hypertrophie », etc.

L’Académie a tenté à plusieurs reprises d’imposer une orthographe hellénophile à des mots qui avaient oublié leur origine : ainsi, en 1835, elle insiste pour écrire asyle, avec un succès modéré : les directeurs d’asiles psychiatriques ne devaient pas avoir affaire à beaucoup d’académiciens !

71. POURQUOI ÉCRIVONS-NOUS « JE PHOTOGRAPHIE CE FANTÔME » ?

Pour avoir un sujet de conversation à l’Opéra !

En grec, photos désigne la « lumière » et graphein veut dire « écrire ». Lorsque nous faisons une photographie, nous écrivons la lumière.

En 1762, dans la quatrième édition de son Dictionnaire, l’Académie enlèvera le ph de phantôme bien qu’il vienne du grec phantasma. Mais les Américains le reprendront quand ils tourneront le film The Phantom of the Opera. Peut-on y voir de la jalousie face à une langue un peu plus difficile que la leur ?

72. POURQUOI « BLÉ » ET « PIED » ?

Parce que nous ne savons pas d’où vient le blé ! Sémantiquement parlant !

Avant l’imprimerie, nos juristes représentaient le son é sans mettre d’accent mais en ajoutant une consonne à hampe : t, h, p, y, z… Il s’agissait souvent du z, mais pas toujours. L’étymologie latine leur inspirait souvent une autre lettre. Le d de « pied » s’explique ainsi par le latin pedem.

Mais il leur arrivait aussi d’en appeler à leur imagination. Ce sera le cas pour « blé » qui s’écrira bled alors qu’ils ignoraient son étymologie. Nous-mêmes n’en sommes pas très sûrs.

Lorsque l’imprimerie permettra l’utilisation de l’accent aigu, beaucoup voudront remplacer ed par é. La lutte durera des siècles. Pour « blé », ce n’est qu’en 1762 que le d disparaîtra définitivement. Les partisans de la graphie pié échoueront. La résistance était plus forte quand le latin justifiait la lettre ajoutée. D’où l’importance de bien choisir ses alliés !

73. POURQUOI ROBERT ESTIENNE EST-IL SI MÉCONNU ?

Parce que la destinée est injuste !

Né en 1503 et mort en 1559, nous pouvons considérer Robert Estienne comme le père de notre orthographe. Personnalité originale ! Chez lui, tout le monde parle latin : femme, enfants et domestiques, comme en témoignera son fils qui, plus tard, se moquera des courtisans d’Henri IV. Pour ce latiniste amoureux de la langue grecque, le français ne pourra jamais acquérir la qualité des langues classiques s’il ne se dote pas de règles et d’une grammaire.

En 1540, il publie un dictionnaire françois-latin censé être un modèle d’orthographe. Il y fixe le français en traduisant le latin. Comme pour nos juristes du XIIIe siècle qui passaient continuellement d’une langue à l’autre, l’habitude lui fait écrire notre langue d’une manière qui colle le plus possible à l’orthographe latine.

En 1558, il publie son Traité de la grammaire française, œuvre d’une importance capitale qui inspirera l’Académie française et marquera notre orthographe. Dans sa préface, il fait explicitement référence aux juristes, qu’il décrit comme « des plus savants en notre langue, qui avaient tout le temps de leur vie hanté les Cours de France, tant du Roi que de son Parlement à Paris, aussi sa Chancellerie et Chambre des comptes : lieux où le langage s’écrit et se prononce en plus grande pureté qu’en tout autres ».

À lire cette préface, nous pourrions penser qu’il s’est contenté dans son traité de reprendre les décisions des juristes. Allons-y ! Traitons-le de fainéant ! Ce n’est pas le genre de Robert Estienne. Il a bien dû prendre des initiatives. Comme le démontre Charles Beaulieux, l’orthographe des juristes n’est pas homogène et varie souvent d’un écrit à l’autre, voire à l’intérieur d’un même manuscrit. Même si une uniformité a fini par s’établir, Robert Estienne a certainement dû faire des choix.

Sa fidélité aux anciens va au-delà de l’étymologie, comme en témoigne sa défense du ung.

Nos anciens ont écrit « ung » avec un « g » à la fin, de peur que « un » ne semble être le nombre VII. Toutefois, cela ne plaît pas à plusieurs. Nous savons que « g » en ce lieu ne sert de rien, sinon pour cette cause […] s’il ne leur plaît je ne veux être contentieux, qu’ils écrivent « un » et moi « ung ». Ils ont qui les suivent et je m’arrête aux anciens savants qui en savaient plus que nous.

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