Historiettes, Contes Et Fabliaux
- Автор: Де Сад Донасьен Альфонс Франсуа
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Historiettes, Contes Et Fabliaux». Краткое содержание книги:
– En vérité, monsieur, dit-elle au président, votre société n’est pas douce, il en faut convenir, et je vais très sûrement me plaindre à ma famille des procédés que vous avez pour moi.
– Qu’est ceci, dit le président dégrisé, en se frottant les yeux et ne comprenant rien à l’accident qui le fait trouver à terre.
– Comment, ce que c’est, dit la jeune épouse en jouant l’humeur de son mieux, lorsque guidée par les mouvements qui doivent m’enchaîner à vous, je m’approche de votre personne cette nuit pour recevoir les assurances des mêmes sentiments de votre part, vous me repoussez avec fureur et vous me précipitez par terre…
– Oh, juste ciel, dit le président, tenez, ma petite, je commence à comprendre quelque chose à l’aventure… je vous en fais mille excuses… cette nuit, pressé par un besoin, je cherchais par tous les moyens d’y satisfaire, et dans les mouvements que je me suis donnés en me jetant moi-même à bas du lit, je vous y aurai précipitée sans doute; je suis d’autant plus excusable que je rêvais assurément, puisque je me suis cru tombé de plus de vingt pieds de haut; allons, ce n’est rien, ce n’est rien, mon ange, il faut remettre la partie à la nuit prochaine et je vous réponds que je m’observerai; je ne veux boire que de l’eau; mais baisez-moi au moins, mon petit cœur, faisons la paix avant que de paraître devant le public, ou sans cela, je vous croirai ulcérée contre moi, et je ne le voudrais pas pour un empire.
Mlle de Téroze veut bien prêter une de ses joues de rose, encore animée du feu de l’amour, aux sales baisers de ce vieux faune, la compagnie entre et les deux époux cachent avec soin la malheureuse catastrophe nocturne.
Toute la journée se passa en plaisir, et surtout en promenade qui, éloignant M. de Fontanis du château, donnait le temps à La Brie de préparer de nouvelles scènes. Le président bien décidé à mettre son mariage à fin, s’observa tellement dans ses repas qu’il devint impossible de se servir de ces moyens pour mettre sa raison en défaut, mais on avait heureusement plus d’un ressort à faire mouvoir, et l’intéressant Fontanis avait trop d’ennemis conjurés contre lui, pour qu’il pût échapper à leur piège; on se couche.
– Oh! pour cette nuit, mon ange, dit le président à sa jeune moitié, je me flatte que vous ne vous en tirerez pas.
Mais tout en faisant ainsi le brave, il s’en fallait bien que les armes dont il menaçait se trouvassent encore en état, et comme il ne voulait se présenter à l’assaut qu’en règle, le pauvre Provençal faisait dans son coin d’incroyables efforts… il s’allongeait, il se raidissait, tous ses nerfs étaient dans une contraction… qui lui faisant presser sa couche avec deux ou trois fois plus de force que s’il se fût tenu en repos, brisèrent enfin les poutres préparées du plafond, et culbutèrent le malheureux magistrat dans une étable de pourceaux qui se trouvait précisément au-dessous de la chambre. On discuta longtemps dans la société du château d’Olincourt, qui devait avoir été le plus surpris, ou du président en se retrouvant ainsi parmi les animaux si communs dans sa patrie, ou de ces animaux en voyant au milieu d’eux un des plus célèbres magistrats du Parlement d’Aix. Quelques personnes ont prétendu que la satisfaction avait dû être égale de part et d’autre: dans le fait, le président ne devait-il pas être aux nues de se retrouver pour ainsi dire en société, de respirer un instant le goût du terroir, et de leur côté les animaux impurs défendus par le bon Moïse, ne devaient-ils pas rendre grâce au ciel de se trouver enfin un législateur à leur tête, et un législateur du Parlement d’Aix qui, accoutumé dès l’enfance à juger de causes relatives à l’élément favori de ces bonnes bêtes, pourrait un jour arranger et prévenir toutes discussions tendant à cet élément si analogue à l’organisation des uns et des autres.
Quoi qu’il en soit, comme la connaissance ne se fit pas tout de suite, et que la civilisation mère de la politesse n’est guère plus avancée parmi les membres du Parlement d’Aix, que parmi les animaux méprisés de l’israélité, il y eut d’abord une espèce de choc, dans lequel le président ne cueillit point de lauriers: il fut battu, froissé, harcelé de coups de groins; il fit des remontrances, on ne l’écouta point; il promit d’enregistrer, rien; il parla de décret, on ne s’émut pas davantage; il menaça d’exil, on le foula aux pieds; et le malheureux Fontanis tout en sang travaillait déjà à une sentence où il ne s’agissait rien moins que de fagot, quand on accourut enfin à son secours.
C’était La Brie et le colonel qui, armés de flambeaux, venaient tâcher de débarrasser le magistrat de la fange dans laquelle il était englouti, mais il s’agissait de savoir par où le prendre, et comme il était bien et dûment garni des pieds à la tête, il n’était ni bien aisé, ni bien odorant de le saisir; La Brie fut chercher une fourche, un palefrenier subitement appelé en apporta une autre, et on débourba ainsi notre homme du mieux qu’on put de l’infâme cloaque où l’avait enseveli sa chute… Mais où le porter maintenant, telle était la difficulté, et il n’était pas facile de la résoudre. Il s’agissait de purger le décret, il fallait que le coupable fût lavé, le colonel proposa des lettres d’abolition, mais le palefrenier qui n’entendait rien à tous ces grands mots, dit qu’il fallait tout simplement le déposer une couple d’heures dans l’abreuvoir, au bout desquelles se trouvant suffisamment immergé, on pourrait avec des bouchons de paille achever d’en faire un joli sujet. Mais le marquis assura que la froideur de l’eau pourrait altérer la santé de son frère, et sur cela La Brie ayant assuré que le lavoir du garçon de cuisine était encore garni d’eau chaude, on y transporte le président, on le confie au soin de cet élève de Comus, qui en moins de rien le rend aussi propre qu’une écuelle de faïence.
– Je ne vous propose pas de retourner auprès de votre femme, dit d’Olincourt dès qu’il vit le robin savonné, je connais votre délicatesse, ainsi La Brie va vous conduire dans un petit appartement de garçon où vous passerez tranquillement le reste de la nuit.
– Bien, bien, mon cher marquis, dit le président, j’approuve votre projet… mais vous en conviendrez, il faut que je sois ensorcelé, pour que de pareilles aventures m’arrivent ainsi toutes les nuits depuis que je suis dans ce maudit château.
– Il y a là-dedans quelque cause physique, dit le marquis; le médecin revient nous voir demain, je vous conseille de le consulter.
– Je le veux, répondit le président, et gagnant sa petite chambre avec La Brie, en vérité, mon cher, lui dit-il, en se mettant au lit, je n’avais jamais été si près du but.
– Hélas, monsieur, lui répondit l’adroit garçon en se retirant, il y a là-dedans une fatalité du ciel et je vous réponds que je vous plains de tout mon cœur.
Delgatz ayant tâté le pouls du président, l’assura que la rupture des poutres ne venait que d’un excès d’engorgement dans les vaisseaux lymphatiques, qui doublant la masse des humeurs, augmentait en proportion le volume animal; qu’en conséquence, il fallait une diète austère, qui parvenant à épurer l’âcreté des humeurs, amoindrirait nécessairement le poids physique et contribuerait aux succès proposés, que d’ailleurs…
– Mais, monsieur, lui dit Fontanis en l’interrompant, je me suis déhanché, et démis le bras gauche par cette chute épouvantable…