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La Maison Dans La Dune

Электронная книга - «La Maison Dans La Dune». Краткое содержание книги:

Dans l'atmosphère brumeuse et glacée du Nord, douaniers et contrebandiers s'affrontent…
Les hommes et leurs chiens se livrent des combats souvent mortels.
Une maison isolée dans la dune… C'est là que Sylvain rencontrera Jacqueline. La jeune fille saura-t-elle détourner le contrebandier de ses coupables expéditions?
Violent, direct, vrai, profondément humain, La Maison dans la dune, premier roman de Maxence Van der Meersch, eut un succès immédiat qui ne s'est jamais démenti depuis.
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Des pas le rappelèrent à la réalité. Il se releva, la tête lourde, étourdi par tout le sang qui s’y amassait. Ces moments-là étaient pénibles. Mais il reconnut Pascaline, et il fut content. Elle apportait un livre pour se reposer à l’ombre.

«Vous avez déjà fini? demanda-t-elle.

– Oui, aujourd’hui, je suis paresseux.

– Moi, je le suis toujours, dit Pascaline, rieuse. Ma tante vous l’a déjà confié, hein? Mais c’est si agréable.

– Oui, dit Sylvain. Moi, je voudrais passer toute ma vie comme ça…

– Moi aussi. C’est-à-dire, pas toute ma vie, quand même. De temps en temps, seulement.

– Moi, toute ma vie, affirma Sylvain. Vous ne trouvez pas que ça passe trop vite, autrement?

– Non, avoua Pascaline.

– Si. Vous verrez. On ne se voit pas vivre. Et quand j’y pense, ça me décourage. On cherche tellement à se faire une belle vie qu’on se la gâche sans s’en apercevoir. Pour en profiter vraiment, il faudrait être toujours comme j’étais tout à l’heure, à ne penser à rien, à se sentir seulement vivre. Comme ça, on ne perdrait pas son temps.

– Vous êtes drôle…

– Oui. Avant de venir dans cette maison je n’avais jamais pensé à tout cela. Et maintenant, je trouve que je ne vis vraiment qu’ici. Ailleurs, j’attends…

– Quoi?

– D’être ici. On dirait que je suis fait pour vivre dans ce coin. Je suis à peine arrivé que je me sens comme dans ma maison. Je ne demande plus rien. Il ne me manque plus rien. Et j’ai ressenti ça la première fois que je suis venu chez vous…

– Peut-être que vous auriez aimé être un jardinier?

– Peut-être bien.»

Sylvain reprit sa bêche, regarda Pascaline avec un bon sourire. Et il s’éloigna, il se mit à retourner une nouvelle plate-bande, à gestes lents.

Pascaline le suivait des yeux. Cette conversation avait mis son esprit en travail. Et elle revint près de Sylvain, elle se remit à l’interroger, le regardant de son regard franc et naïf, devant lequel Sylvain se sentait sans force, incapable de dissimuler.

«Et pourquoi ne le faites-vous pas?

– Quoi?

– Eh bien, le métier de jardinier?

– Ah! vous en étiez encore là? Parce que… Parce que… je n’aime pas plus que ça, au fond.

– Pourquoi n’êtes-vous pas content, alors?

– Parce que c’est ici que je voudrais être jardinier, comme vous dites. Ailleurs, c’est drôle, mais ça ne me dirait rien du tout.»

Et Sylvain rit, un peu embarrassé de devoir ainsi exprimer des choses qu’il ne comprenait pas très clairement lui-même. Il regrettait maintenant de s’être ainsi avancé. Il eût voulu reprendre ses paroles. Mais avec son ingénuité de toute jeune fille, Pascaline continuait impitoyablement son inquisition.

«C’est notre maison qui vous plaît? demanda-t-elle.

– C’est tout, dit Sylvain.

– Ça n’est pas si beau, chez vous?

– Nulle part.»

Il avait lâché de nouveau sa bêche.

«D’être venu ici, mademoiselle Pascaline, ça m’a changé. Vous ne pouvez pas comprendre, n’est-ce pas…?

– Non, dit Pascaline.

– … Mais j’ai trouvé quelque chose qui me manquait, qui n’existait pas dans la réalité, à ce que je croyais. J’en avais rêvé souvent. Mais je pensais que c’était impossible à trouver.

– Et de quoi rêviez-vous? interrogea Pascaline.

– De tout ce qui est ici, d’un jardin comme ça, de grands arbres, de vieilles gens qui ne seraient pas mauvais, d’une jeune fille comme vous, avec qui j’aurais pu parler comme nous parlons maintenant…

– Et c’est si rare que ça?

– Les gens que j’ai rencontrés n’étaient pas comme vous. C’est bien dommage. Mais il est déjà tard, n’est-ce pas?

– Oui, dit Pascaline, sans comprendre.

– Dans la vie, on passe comme ça à côté d’un tas de choses…»

Il y eut un long silence. Sylvain s’emplissait les yeux du décor touffu et charmant, avec la vieille maison enfouie sous les framboisiers, la perspective des arbres énormes qui déployaient très haut leur panache, et le fond pur du ciel bleu.

«Vous n’êtes pas gai, aujourd’hui, murmura Pascaline. D’habitude, vous êtes si amusant!

– Vous ne pouvez pas savoir… Quelquefois, voyez-vous, je me dis que je ne devrais plus revenir.

– Mais vous nous feriez de la peine à tous!

– … Ou bien alors, ne revenir que plus tard, quand je pourrais… Seulement, à ce moment-là, il sera trop tard… Il faudrait tout recommencer, hein?

– On peut toujours recommencer», murmura Pascaline, comme pour elle-même.

Sylvain leva les yeux sur elle, la regarda avec une attention anxieuse. Elle était devenue grave. Et cela changeait son air d’enfant, faisait plus hardi son regard bleu; la fillette s’effaçait. Derrière, la femme transparaissait, mûrie, transfigurée par la solennité de l’instant. Ses cheveux roux volaient autour de son visage sans qu’elle songeât à les rattacher. Et, face au vent qui passait sur son front, elle semblait interroger en silence l’horizon lointain des dunes, y chercher pour la première fois l’explication de son destin.

«Vous croyez? demanda Sylvain d’une voix profonde et qui tremblait, vous croyez?»

Et sans s’en rendre compte, il avait joint les mains, comme pour une prière.

«On peut toujours», répéta Pascaline.

Une émotion gonfla le cœur de Sylvain, une exaltation douce, qui lui mettait des larmes au bord des paupières.

«Alors, j’essaierai», dit-il tout bas.

Et ce fut tout. Il n’y eut jamais rien de plus, entre Pascaline et lui.

XII

Sylvain avait promis au grand Fernand d’aller prendre dix kilos de tabac chez lui le mardi suivant. Il avait des clients à fournir, du côté de Loon. Il pensait y aller à vélo, sous un déguisement quelconque, suivant son habitude. Mais la veille au soir, en revenant chez Germaine, il tomba de machine et se fit au genou une contusion douloureuse. Il lui serait impossible de partir le lendemain pour Loon.

Il envoya donc Germaine chercher César, à côté. Et il s’entendit avec lui. Moyennant le partage du bénéfice, César consentit volontiers à faire l’opération à la place de Sylvain. Sylvain indiqua soigneusement les clients à visiter et les quantités à livrer. Et le lendemain matin, César se mettait en campagne.

Il partit à pied. Il n’était plus aussi solide qu’autrefois, et la bicyclette demandait plus d’haleine qu’il n’en possédait encore. Les petits verres, les femmes et le tabac lui avaient, comme il disait, coupé les jambes. Il se proposait donc d’aller à pied chez le grand Fernand. Et de là, il prendrait le tramway aussi longtemps qu’il le pourrait dans la direction de Loon. C’était plus dangereux, il le savait. La loi établit ainsi de subtiles distinctions entre la fraude à pied et la fraude sur véhicule, la brouette et la bicyclette étant assimilées au premier groupe, la baladeuse, le tram et l’auto étant classés dans le second.

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