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Ça tourne au vinaigre

Электронная книга - «Ça tourne au vinaigre». Краткое содержание книги:

Béru ne bronche pas… Je lui file une bourrade et le Gros bascule contre la vitre. Alors,je sens une cohorte de fourmis envahir mon calbar et remonter le long de mon anatomie. J'actionne le plafonnier de la voiture et je vois une formidable flaque de sang sur la banquette. Le Gros a bloqué une praline dans la région du cou et il s'est à peu près vidé. Tel, il me paraît un peu mort. Toute l'affection que je lui porte me remonte à la gorge.
— « Béru ! je balbutie. Béru, vieux pote, joue pas au con… Tu m'entends, dis ? »
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Enfin, avec des « si », comme dit Félicie, ma brave femme de mère, on mettrait Paris dans une vessie !

— Qu’a-t-elle fait lorsque j’ai été parti ? je demande.

— Elle m’a dit…

— Je sais : d’aller vous promener, mais pendant que vous acheviez votre travail en cours ?

— Elle a téléphoné…

— À qui ?

— Je ne sais pas…

— Qu’a-t-elle dit ?

— Je ne le sais pas non plus, elle avait fermé la porte…

— Elle reçoit beaucoup de gens ?

— Je ne sais pas, s’entête à dire la souris.

Je fronce les sourcils.

— Vous vous payez ma poire, madame la colonelle !

— Non, m’sieur, je vous assure ; ça ne fait que trois jours que je suis au service de Mme Van Voorne, je ne suis pas au courant de ses habitudes…

Tout s’explique.

— Où remise-t-elle sa voiture ?

— Dans un box, derrière l’immeuble… On passe par la petite rue d’à côté…

J’appelle Pinaud.

Il se présente, le cheveu hirsute, la moustache effrangée.

— Quoi ?

— La mère Van Voorne gare son bahut dans un box privé attenant. Rencarde-toi auprès de la standardiste qui est de la maison et va voir si son cabriolet 203 s’y trouve…

Il opine brièvement, recoiffe son bonnet de nuit en mettant le pompon à l’intérieur et s’en va, digne comme un tribunal anglais. La bonniche se fend le tiroir en le regardant s’éloigner. Un regard glacé de San-Antonio la ramène aux réalités.

— Il est arrivé quelque chose ? demande-t-elle.

— Plutôt… Dites voir, ma déesse, en trois jours vous n’avez rien remarqué de particulier dans le comportement de Mme Van Voorne ? Voyons, une petite intelligente comme vous ?

Le compliment lui va droit au cœur, mais elle secoue néanmoins la cabèche.

— Non, rien…

— Elle a bien reçu des visites ?

— Non, personne… Elle sort beaucoup, par exemple…

— Et c’est quel genre de patronne ? Exigeante, gentille ?

— Plutôt gentille… Les premiers jours « elles » le sont toujours, vous savez…

Rien à tirer de cette pétasse. Je lui file une claque au baigneur et je la réexpédie à son zouave en lui recommandant de ne pas quitter son emploi sans ma permission expresse.

Comme elle va pour franchir la porte, je la rappelle. Il m’est venu une idée. Chez moi, ça n’est pas un signe particulier… Des idées, il m’en défile autant dans le crâne qu’il défile de verres de beaujolais dans le gosier d’un Lyonnais.

— D’accord, trésor, vous n’êtes pas encore au courant des us et coutumes de la casba, pourtant, vous avez dû faire un tour d’horizon de la garde-robe de madame… Une ravissante jeune fille ne peut s’empêcher d’admirer des toilettes, n’est-ce pas ?

Elle rougit, autant à cause du compliment que de l’accusation qu’il contient. Enfin, comme mon regard lui vrille l’épiderme, elle hoche affirmativement sa gentille frimousse.

— O.K. ! comme on dit à la cour d’Angleterre. Alors suivez-moi.

Je la transbahute dans la chambre et j’ouvre en grand la penderie de la Hollandaise… Des robes, des tailleurs, des manteaux, des peignoirs sont accrochés làga.

Je regarde ma soubrette.

— Voilà, lui dis-je, en procédant par élimination, j’aimerais que vous me disiez quelle toilette porte en ce moment votre patronne…

La fille pige et, pointant une langue des plus comestibles, se met à passer une revue attentive des oripeaux.

Lorsqu’elle a terminé son inspection, elle tourne sur moi une frime ratatinée par la surprise.

— Je… je n’y comprends rien, fait-elle.

Moi j’ai déjà pigé.

— Tous ses vêtements sont là, n’est-ce pas ?

— Oui…

— Ce qui laisserait entendre qu’elle est allée se promener en chemise de nuit ?

— Oui… Et en robe de chambre… Il manque sa mauve à col châle…

— Vérifiez aussi les pompes…

— Les quoi ?

— Les targettes, les croquenots, les godasses enfin ! Nous n’allons pas nous mettre à jouer sur les mots, ma chérie !

Elle se jette à quatre pattes, ce qui met en valeur un soubassement aux volumes byzantins. M’est avis que le militaire doit piaffer d’impatience, là-haut ! Si on l’a stoppé en pleines grandes manœuvres, il n’est sûrement pas à prendre avec des pincettes !

— Elle est partie avec ses mules, affirme la bonne.

— Vous êtes catégorique ?

— J’en suis certaine… C’est étrange, n’est-ce pas ? ajoute-t-elle.

Ça l’est d’autant plus qu’elle n’est pas partie avec « ses » mules, mais avec « une » mule, ce qui est un manquement total à l’esthétisme.

Je fais claquer mes doigts.

— Ça boume, allez faire une fleur à votre fantassin…

Je l’escorte jusqu’au hall où poireaute la standardiste. Un peu furibarde, la dame. Se faire tirer du pageot en pleine noye par Pinaud, c’est déjà calamiteux, mais subir la vie dudit Pinaud en se tapant une station prolongée debout contre une porte, alors là, ça vous pousse à demander le registre des réclamations.

— Je suis à vous, fais-je à la dame.

Cette dernière a le chef constellé de bigoudis métalliques. Elle doit porter des lunettes et les a oubliées, ce qui lui fait plisser les paupières exagérément.

Comme je la guide au living, Pinaud revient.

— La voiture est en place, assure-t-il. Le moteur est froid, donc personne ne s’en est servi depuis plusieurs heures…

Ayant affirmé ses qualités d’enquêteur, il se croit autorisé à rouler une cigarette qui, une fois constituée, a déjà l’air d’un mégot.

Nous nous installons tous trois au living comme en terrain conquis. Pinaud déboutonne son pardessus et constate avec un certain effarement qu’il avait omis de rentrer le pan avant de sa chemise de nuictée. Heureusement pour son honneur, la dame mirot n’a rien vu.

— J’aimerais savoir de quoi il retourne, lance-t-elle avec le ton pertinent de quelqu’un qui a préparé sa phrase avec minutie, comme si elle devait constituer le dernier vers d’un sonnet.

— C’est en espérant le découvrir nous-mêmes que nous avons eu le regret de vous éveiller, chère madame…

Elle se radoucit et son thermomètre remonte.

Du moment qu’on est courtois et qu’on a le rond de flûte fastoche, les pépées passent l’éponge. Personne du reste ne sait mieux la passer qu’elles !

— Vous connaissez Mme Van Voorne, n’est-ce pas ?

— Bien entendu…

— Votre opinion ?

Ma question, pour courte qu’elle soit, mérite réflexion. La dame réfléchit donc tandis que Pinuche se noircit le bout du tarin à la flamme fumeuse de son briquet.

— Eh bien, voilà, débute la standardiste. C’est une personne bien… Des manières, de la toilette, un train…

— Un train de quoi, chère madame ?

— De vie !

— Elle recevait beaucoup ?

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