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Электронная книга - «La victoire d'Angélique». Краткое содержание книги:

La victoire d'Angélique
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Ayant pris place dans la chaloupe qui les menait vers le port, ce ne fut qu'à quelques encablures, relevant les yeux et examinant en souriant le paysage familier qu'elle était si contente de revoir, qu'elle réalisa quelque chose d'insolite et qui n'était pas sans lui rappeler sa récente déconvenue, éprouvée en abordant la Québec estivale.

– Mais... il n'y a personne pour nous attendre, fit-elle en se tournant vers Joffrey.

En effet, jamais ils n'avaient vu l'emplacement de Gouldsboro aussi vide, quoique le mot personne, ne fût pas tout à fait le mot juste.

On discernait un certain mouvement de matelots, allant et venant, roulant des barriques, transportant des ballots, ou d'autres flânant avec l'indolence d'hommes d'équipage au cours d'une brève escale, mais parmi eux, personne de connu. Pas d'amples robes sombres des dames de La Rochelle, prenant place en rangs d'honneur sur la plage, ni de bonnets et collerettes blanches autour de visages cachant leur joie de les revoir sous une retenue calviniste. Pas de petits enfants accourant en galopant à travers les flaques, à grand renfort d'éclaboussures, et même aucun vol d'oiseaux pour accompagner de leurs cris, leurs appels de bienvenue, pas de miliciens en armes et uniformes, et de couples plus colorés et démonstratifs que formaient les anciens pirates de Colin, mariés à des Filles du Roy ou à de charmantes Acadiennes rencontrées sur les pourtours de la Baie Française.

Si absorbés que fussent les habitants dans leurs occupations, on n'avait jamais vu artisans, cultivateurs ou pêcheurs, commerçants, employés ou débardeurs, ne pas abandonner leurs tâches pour se porter au-devant d'eux, et les saluer pour leur retour à Gouldsboro, port-franc et colonie fondés par le comte de Peyrac et soutenus par sa fortune.

– N'avons-nous pas fait tirer du canon pour prévenir de notre arrivée ? remarqua Angélique qui s'avisa dans le même instant qu'aucune réponse n'avait été donnée du fort à cette annonce.

Elle jetait un regard interrogateur et perplexe sur le visage de son mari, mais lui-même, sans marquer beaucoup d'émoi cependant, se montrait également surpris. Ses yeux notaient vivement chaque détail inusité dans un décor dont la physionomie leur était chaque fois familière et nouvelle, car Gouldsboro ne cessait de se transformer. C'était un peu comme de retrouver le visage d'un enfant qui a grandi.

À l'examen, deux ou trois fumées paresseuses s'échappant de certaines demeures prouvaient que des habitants s'y trouvaient. Et parmi le va-et-vient des matelots étrangers sur la grand-place, ils distinguèrent un homme âgé qui avait l'air de se promener tranquillement et qui jetait un bâton à son chien pour le faire courir, image qui avait quelque chose de rassurant et semblait confirmer que Gouldsboro n'avait pas été l'objet d'une attaque comme le risque n'en était jamais tout à fait exclu.

Mais ils avaient beau regarder dans toutes les directions, et tous ceux de la chaloupe avec eux, point de Colin Paturel apparaissant avec de grands gestes, accompagné de son escorte, aucun mouvement de soldats sur les créneaux du fort, pas de joyeux adolescents détachant leurs barques et « pigouillant » de la rame pour venir au-devant d'eux.

Comme en ces jeux de verroteries orientales dont le moindre mouvement précipite les couleurs et transforme à chaque seconde le dessin, Angélique avait vu défiler dans son esprit toutes les catastrophes imaginables : les pirates sanguinaires de la Tortue française ou de la Jamaïque anglaise s'étaient emparés de Gouldsboro, les Indiens, Iroquois et Abénakis, avaient massacré la population, ou bien les Anglais du Massachusetts, Phips à leur tête, l'avaient extradée pour reprendre leur bien dans le Maine que l'Angleterre et la France se disputaient, à moins que ce ne fussent les huguenots de La Rochelle qui ne soient partis de leur plein gré pour la Nouvelle-Angleterre ou les îles des colonies anglaises comme ils en exprimaient périodiquement l'intention. Ou alors, en ce vase clos où l'on avait eu l'audace et l'imprudence d'entasser trop de spécimens humains divers, papistes et réformés, pirates et pieux bourgeois, avaient fini par s'entretuer. Ce qu'avait toujours prévu le marquis de Ville-d'Avray !...

Pourtant, la bannière bleue à l'écu d'argent du comte de Peyrac flottait toujours au sommet du fort, à côté des deux oriflammes, l'un aux armes de La Rochelle, au nom la communauté huguenote, l'autre représentant un « cœur de Marie » transpercé d'un glaive, une œuvre d'art brodée par les Ursulines de Québec, qu'Angélique et Joffrey avaient offert à Colin Paturel et ses compagnons à leur premier retour de Nouvelle-France. Au vu de ces trois oriflammes, on pouvait augurer que tout le monde se trouvait céans. Mais, peu à peu, en se rapprochant, il apparut que la plupart des maisons avaient portes et volets clos, et c'était ce qui donnait à la bourgade son aspect d'hostilité ou de demi-mort.

– J'y suis ! La maladie ! pensa Angélique atterrée. L'épidémie ! La peste ! La « picotte » peut-être...

Mais alors Colin aurait hissé le drapeau noir !... À moins que le gouverneur ne fût mort déjà !... Et de ce fait, tout le monde affolé et sans initiative.

Puis, tout à coup, la traversant comme un éclair, une explication qui la fit pâlir, l'idée que la Démone, ressuscitée, avait débarqué... En effet, dans ce cas, l'aspect étrange de Gouldsboro se comprenait. Ce qui pesait sur Gouldsboro, c'était un maléfice ! Et la terreur !

Chapitre 11

La quille de la chaloupe heurta le sable contre le rivage qui s'élevait assez brusquement vers les premiers terre-pleins où l'on rangeait les marchandises, hors de l'atteinte des hautes marées.

La chaloupe avait dérivé. Joffrey de Peyrac, d'un signe, avait fait changer de direction, et ils abordaient vers l'extrémité du port, plutôt que près du môle tout neuf qui s'avançait sur pilotis assez avant dans la rade. La longue digue de bois menait à la grande auberge de Mme Carrère, dite Auberge-sous-le-fort où les voyageurs de toutes nations ne manquaient pas de commencer par aller boire une pinte de vin français à leur arrivée. Mais aujourd'hui, elle aussi semblait vide, portes et fenêtres barricadées, et le comte de Peyrac, se méfiant de toutes ces demeures aveugles, sourdes et muettes, préféra mettre pied à terre en un point plus éloigné.

Peut-être aussi son œil d'aigle avait-il repéré de ce côté-là des silhouettes qui, tout en se cachant à demi des regards de la grand-place, semblaient s'être groupées pour les attendre.

Angélique acceptant l'aide de deux matelots pour gagner le rivage sans avoir à mouiller ses jolis souliers à la mode de Paris qu'elle avait voulu revêtir afin de faire honneur, bien en vain semblait-il, à ses amis de Gouldsboro, foula le sable humide et, relevant les yeux, les vit devant elle, immenses et noires, qui les attendaient.

Dans sa livrée couleur de feu, le « vieux » Siriki se détachant de l'ombre d'une barque échouée s'avança, suivi de sa femme, la belle Peuhl Akashi qui n'avait rien perdu de sa démarche souveraine malgré les caraco et jupons dont elle avait dû affubler sa nudité sculpturale de Noire soudanaise. Mais l'expression farouche de ses traits avait fait place à celle de fierté et de douceur que seule la maternité peut donner aux reines de Saba.

Elle tenait entre ses bras une ravissante poupée couleur d'ébène qui fixait sur les arrivants de grands yeux écarquillés.

Le fils aîné d'Akashi, l'enfant des savanes africaines, avec lequel elle avait été vendue aux négriers, un garçon d'environ dix ans, aux jambes courtes, à la tête énorme, qu'on appelait « le petit sorcier », les suivait, et il y avait dans le sourire éclatant de ces quatre personnages, y compris de celui du bébé qui n'avait pas encore de dents mais duquel émanait une heureuse et paisible innocence, le même rayonnement de joie émerveillée, une si naïve et franche satisfaction d'être au monde et de retrouver des amis, que l'inquiétude éprouvée par Angélique se déchira comme un écran sombre dont les lambeaux claquèrent au vent de façon dérisoire.

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