Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Классическая проза » Le journal d’une femme de chambre
Le journal d’une femme de chambre - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le journal d’une femme de chambre

Электронная книга - «Le journal d’une femme de chambre». Краткое содержание книги:

C?lestine entre dans sa nouvelle place de femme de chambre, en province, au service de M. et Mme Lanlaire et aux c?t?s de la cuisini?re Marianne et du palefrenier Joseph. Elle se souvient de ses anciens ma?tres, comme ce vieillard fascin? par les bottines, ou cette vieille femme qui va s'encanailler, ou encore cette ?pouse qui attend chaque nuit d'?tre honor?e par son mari. C?lestine est mise au courant de tous les ragots de la ville par les autres servantes: Madame est une femme acari?tre et Monsieur, coureur de jupons, se laisse dominer par elle. Leurs voisins – un vieux capitaine et sa servante, Rose, qui lui sert de ma?tresse – les d?testent. ? la nouvelle de la mort de sa m?re, C?lestine se rem?more son enfance et sa premi?re exp?rience amoureuse. Monsieur entreprend C?lestine, qui le repousse…
1 ... 17 18 19 20 21 22 23 24 25 ... 81
Перейти на страницу:

Ah! qu’une pauvre domestique est à plaindre, et comme elle est seule!… Elle peut habiter des maisons nombreuses, joyeuses, bruyantes, comme elle est seule, toujours!… La solitude, ce n’est pas de vivre seule, c’est de vivre chez les autres, chez des gens qui ne s’intéressent pas à vous, pour qui vous comptez moins qu’un chien, gavé de pâtée, ou qu’une fleur, soignée comme un enfant de riche… des gens dont vous n’avez que les défroques inutiles ou les restes gâtés:

– Vous pouvez manger cette poire, elle est pourrie… Finissez ce poulet à la cuisine, il sent mauvais…

Chaque mot vous méprise, chaque geste vous ravale plus bas qu’une bête… Et il ne faut rien dire; il faut sourire et remercier, sous peine de passer pour une ingrate ou un mauvais cœur… Quelquefois, en coiffant mes maîtresses, j’ai eu l’envie folle de leur déchirer la nuque, de leur fouiller les seins avec mes ongles…

Heureusement qu’on n’a pas toujours de ces idées noires… On s’étourdit et on s’arrange pour rigoler de son mieux, entre soi.

Ce soir, après le dîner, me voyant toute triste, Marianne s’est attendrie, a voulu me consoler. Elle est allée chercher, au fond du buffet, dans un amas de vieux papiers et de torchons sales, une bouteille d’eau-de-vie…

– Il ne faut pas vous affliger comme ça, m’a-t-elle dit… il faut vous secouer un peu, ma pauvre petite… vous réconforter.

Et m’ayant versé à boire, durant une heure, les coudes sur la table, d’une voix traînante et gémissante, elle m’a raconté des histoires sinistres de maladies, des accouchements, la mort de sa mère, de son père, de sa sœur… Sa voix devenait, à chaque minute, plus pâteuse… ses yeux s’humectaient, et elle répétait, en léchant son verre:

– Il ne faut pas s’affliger comme ça… La mort de votre maman… ah! c’est un grand malheur… Mais qu’est-ce que vous voulez?… nous sommes toutes mortelles… Ah! mon Dieu! Ah! pauvre petite!…

Puis, elle s’est mise tout à coup à pleurer, à pleurer et tandis qu’elle pleurait, pleurait, elle ne cessait de gémir:

– Il ne faut pas s’affliger… il ne faut pas s’affliger…

C’était d’abord une plainte… cela devint bientôt une sorte d’affreux braiement, qui alla grandissant… Et son gros ventre, et sa grosse poitrine, et son triple menton, secoués par les sanglots, se soulevaient en houles énormes…

– Taisez-vous donc, Marianne, lui ai-je dit… Madame n’aurait qu’à vous entendre et venir…

Mais elle ne m’a pas écoutée, et pleurant plus fort:

– Ah! quel malheur!… quel grand malheur!…

Si bien que, moi aussi, l’estomac affadi par la boisson et le cœur ému par les larmes de Marianne, je me suis mise à sangloter comme une Madeleine… Tout de même… ce n’est point une mauvaise fille…

Mais je m’ennuie ici… je m’ennuie… je m’ennuie!… Je voudrais servir chez une cocotte, ou bien en Amérique…

VI

1er octobre.

Pauvre Monsieur!… Je crois que j’ai été trop raide, l’autre jour, avec lui, dans le jardin… Peut-être ai-je dépassé la mesure?… Il s’imagine, tant il est godiche, qu’il m’a offensée gravement et que je suis une imprenable vertu… Ah! ses regards humiliés, implorants, et qui ne cessent de me demander pardon!…

Quoique je sois redevenue plus aguichante et gentille, il ne me dit plus rien de la chose, et il ne se décide pas davantage à tenter une nouvelle attaque directe, pas même le coup classique du bouton de culotte à recoudre… Un coup grossier, mais qui ne rate pas souvent son effet… En ai-je recousu, mon Dieu, de ces boutons-là!…

Et pourtant, il est visible qu’il en a envie, qu’il en meurt d’envie, de plus en plus… Dans la moindre de ses paroles éclate l’aveu… l’aveu détourné de son désir… et quel aveu!… Mais il est aussi de plus en plus timide. Une résolution à prendre lui fait peur… Il craint d’amener une rupture définitive, et il ne se fie plus à mes regards encourageants…

Une fois, en m’abordant avec une expression étrange, avec quelque chose d’égaré dans les yeux, il m’a dit:

– Célestine… vous… vous… cirez… très bien… mes chaussures… très… très… bien… Jamais… elles n’ont été… cirées… comme ça… mes chaussures…

C’est là que j’attendais le coup du bouton… Mais non… Monsieur haletait, bavait, comme s’il eût mangé une poire trop grosse et trop juteuse…

Puis il a sifflé son chien… et il est parti…

Mais voici ce qui est plus fort…

Hier, Madame était allée au marché, car elle fait son marché elle-même; Monsieur était sorti depuis l’aube, avec son fusil et son chien… Il rentra de bonne heure, ayant tué trois grives, et aussitôt monta dans son cabinet de toilette, pour prendre un tub et s’habiller, comme il avait coutume… Pour ça!… Monsieur est très propre, lui… et il ne craint pas l’eau… Je pensai que le moment était favorable d’essayer quelque chose qui le mît enfin à l’aise avec moi… Quittant mon ouvrage, je me dirigeai vers le cabinet de toilette… et, quelques secondes, je restai l’oreille collée à la porte, écoutant… Monsieur tournait et retournait dans la pièce… Il sifflotait, chantonnait:

Et allez donc, Mamz’elle Suzon!…

Et ron, ronron… petit patapon…

Une habitude qu’il a de mêler, en chantant, un tas de refrains…

J’entendis des chaises remuer, des placards s’ouvrir et se refermer, puis, l’eau ruisseler dans le tub des «Ah!», des «Oh!», des «Fuuii!», des «Brrr!» que la surprise de l’eau froide arrachait à Monsieur… Alors, brusquement, j’ouvris la porte…

Monsieur était devant moi, de face, la peau toute mouillée, grelottante, et l’éponge, en ses mains, coulait comme une fontaine… Ah!… sa tête, ses yeux, son immobilité!… Jamais, je ne vis, je crois, un homme aussi ahuri… N’ayant point de manteau pour recouvrir la nudité de son corps, par un geste, instinctivement pudique et comique, il s’était servi de l’éponge comme d’une feuille de vigne. Il me fallut une forte volonté pour réprimer, devant ce spectacle, le rire qui se déchaînait en moi. Je remarquai que Monsieur avait sur les épaules une grosse touffe de poils, et la poitrine, telle un ours… Tout de même, c’est un bel homme… Mazette!…

Naturellement, je poussai un cri de pudeur alarmée, ainsi qu’il convenait, et je refermai la porte avec violence… Mais derrière la porte, je me disais: «Il va me rappeler, bien sûr… Et que va-t-il arriver?… Ma foi!…» J’attendis quelques minutes… Plus un bruit,… sinon le bruit cristallin d’une goutte d’eau qui, de temps en temps, tombait dans le tub… «Il réfléchit, pensais-je… il n’ose pas se décider… mais il va me rappeler»… En vain… Bientôt l’eau ruissela de nouveau… ensuite j’entendis que Monsieur s’essuyait, se frottait, s’ébrouait… et des glissements de savate traînèrent sur le parquet… des chaises remuèrent… des placards s’ouvrirent et se refermèrent… Enfin Monsieur recommença de chantonner:

Et allez donc, Mamz’elle Suzon!…

Et ron, ronron… petit patapon…

– Non, vraiment, il est trop bête!… murmurai-je, tout bas, dépitée et furieuse.

Et je me retirai, dans la lingerie, bien résolue à ne plus lui accorder jamais rien du bonheur que ma pitié, à défaut de mon désir, avait parfois rêvé de lui donner…

L’après-midi, Monsieur, très préoccupé, ne cessa de tourner autour de moi. Il me rejoignit à la basse-cour, au moment où j’allais porter au fumier les ordures des chats… Et comme, pour rire un peu de son embarras, je m’excusais de ce qui était arrivé le matin:

– Ça ne fait rien… souffla-t-il… ça ne fait rien… Au contraire…

Il voulut me retenir, bredouilla je ne sais quoi… Mais je le plantai, là… au milieu de sa phrase dans laquelle il s’empêtrait… et je lui dis, d’une voix cinglante, ces mots:

– Je demande pardon à Monsieur… Je n’ai pas le temps de parler à Monsieur… Madame m’attend…

– Sapristi, Célestine, écoutez-moi une seconde…

1 ... 17 18 19 20 21 22 23 24 25 ... 81
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)