L’Homme Au Masque De Fer
- Автор: Бернед Артур
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «L’Homme Au Masque De Fer». Краткое содержание книги:
L’escorte de la noble dame galopait autour d’elle, sans s’apercevoir que derrière, à une distance respectueuse, un cavalier, emmitouflé dans un manteau gris, suivait la même route. D’ailleurs, le chemin du Roi était à tout le monde, et ce voyageur ne pouvait leur inspirer aucun soupçon.
Apprenant le départ de Mme de Chevreuse, Durbec s’était dit qu’il n’aurait jamais meilleure occasion de retrouver la piste de Castel-Rajac et celle de l’enfant.
Sa haine couvait encore n’attendant qu’un hasard favorable pour s’assouvir. Il n’avait pas oublié le coup d’épée du chevalier.
Le voyage fut sans histoire. Trottant le jour, s’arrêtant la nuit, l’équipage de la duchesse, par étapes successives, ne tarda pas à gagner le village de Saint-Marcelin. On fit halte au Faisan d’Or.
Bien entendu, quelques instants après, Durbec, le plus discrètement possible, demandait à son tour une chambre.
Mais, à l’étonnement du chevalier, le lendemain, il n’y eut point d’ordre de départ.
– Ho! ho! grommela Durbec. Est-ce que par hasard, ma bonne étoile me favoriserait plus tôt que je ne le pense, et verrais-je arriver notre cher Gascon?
Mme Lopion, la brave hôtelière, se souvenait bien de la dame qui accompagnait Castel-Rajac et l’enfant, lors de leur premier voyage. Elle ne vit pas sans défiance survenir la belle inconnue. La malheureuse aubergiste se rappelait encore l’incursion des gardes du cardinal et le beau tapage qui en était résulté.
Ses craintes ne furent pas diminuées, lorsqu’à la brune, elle vit arriver à francs étriers un cavalier dont le chapeau était rabattu sur les yeux, ce qui ne l’empêcha point de reconnaître Castel-Rajac!
– Bonne Sainte Mère! murmura la bonne femme en se signant plusieurs fois. Pour sûr qu’il va y avoir encore du grabuge!
Marie de Rohan, dès qu’elle avait su son ordre d’exil, n’avait rien eu de plus pressé que d’envoyer un courrier en porter la nouvelle à son amant, qui s’était réfugié sur la frontière espagnole, au petit village de Bidarray, avec l’enfant et ses deux inséparables compagnons, Laparède et Assignac.
Il avait été convenu que le Gascon retrouverait sa maîtresse à Saint-Marcelin, et là, l’escorterait jusqu’à leur nouvelle résidence, afin qu’elle voie l’enfant et puisse, à son retour à Paris, en porter des nouvelles à la mère.
Les deux jeunes gens se retrouvèrent avec joie. Castel-Rajac était sincèrement épris de cette gracieuse femme, aussi spirituelle que jolie. Quant à la duchesse, elle s’était laissé prendre aux yeux noirs et à la mine conquérante du cadet de Gascogne, et ces retrouvailles allégeaient beaucoup pour elle les tristesses de l’exil.
Mais quelqu’un d’autre que la brave Mme Lopion avait aussi reconnu Castel-Rajac. C’était Durbec, à l’affût derrière la jalousie de sa chambre.
– C’est bien ce que je pensais! murmura-t-il. Décidément, le sort me favorise! J’espère que cette fois, le cardinal sera content!
Les deux amants étaient loin de se douter qu’ils étaient épiés et suivis de la sorte. Ils se livraient à toute la joie de s’être retrouvés sans arrière-pensée.
– Chère Marie! dit Castel-Rajac en enveloppant d’un geste caressant l’épaule de sa maîtresse, quel profond bonheur est pour moi notre réunion! Pardonnez-moi mon égoïsme, mais je bénis la rigueur du cardinal, qui, par votre disgrâce, vous a rapprochée de moi!
– Fi chevalier! s’écria Marie en riant. Je devrais vous en vouloir pour cette parole! Vous vous réjouissez de mon malheur!
– M’en voulez-vous vraiment beaucoup? demanda tendrement le Gascon en se rapprochant encore de la duchesse.
Il la contemplait, et dans les yeux noirs du jeune homme brillait le feu d’une telle passion, que Mme de Chevreuse, troublée, balbutia:
– Comment puis-je vous en vouloir…
Elle n’acheva pas sa phrase. Castel-Rajac l’avait saisie et l’embrassait avec emportement.
Il la lâcha avec autant de brusquerie qu’il l’avait prise. La porte s’ouvrait, et Mme Lopion, qui apportait le dîner, entra.
– Excusez-moi…, commença la brave femme. J’ai frappé trois fois…
– Oui, oui, dit Marie… Cela n’a pas d’importance… Posez les plats…
L’aubergiste prépara la table, dans la chambre de Marie, où celle-ci avait prié qu’on la serve, et disparut comme une ombre.
Lorsqu’elle fut sortie, ils ne purent s’empêcher de rire.
– Pauvre femme! dit Castel-Rajac. Elle semblait toute confuse. Bah! je suis certain que cela ne l’empêche pas maintenant d’écouter à la porte…
Il se leva et, sur la pointe des pieds, ouvrit le battant.
– Oh! monsieur le chevalier! s’écria Mme Lopion, rouge comme le ruban qui ornait sa guimpe, j’allais justement vous demander si vous aviez encore besoin de mes services…
– Non, non, madame Lopion, rassurez-vous! fit le Gascon qui riait sous cape. Vous nous avez apporté tout ce qu’il nous faut, et maintenant, nous ne désirons plus que la tranquillité…
Gaëtan vint de nouveau s’asseoir sur un petit tabouret, aux pieds de sa dame. Celle-ci passa sa main, blanche et fine, aux doigts parfumés, dans la chevelure du jeune homme.
– Çà, mon beau chevalier, fit-elle, badine, avez-vous un peu rêvé à moi?
– Si j’ai rêvé à vous, capédédiou! s’écria-t-il. Je peux dire, que nuit et jour, votre pensée ne m’a pas quitté…
Il s’arrêta pour baiser avec passion les mains qu’on lui abandonnait.
– Mon plus vif désir est de vous voir rester ici le plus longtemps possible… Vous verrez commet notre village est beau et pittoresque! On croit habiter le bout du monde… Plus rien, que la nature devant soi… Vous oublierez Paris, duchesse!
Mme de Chevreuse eut un fugitif sourire.
– Je ne sais trop… Je n’ose vous le promettre… Des devoirs aussi m’attachent à la Cour, vous le savez bien…
Gaëtan se passa la main sur le front.
– Pardonnez-moi: je rêve encore! je suis fou… Mais qu’importe! Je vous ai pour quelques jours; ce répit me semble si beau que j’ose à peine y croire… Laissez-moi l’illusion qu’il est éternel!
– Enfant! murmura-t-elle.
– Marie… Je vous aime…
Elle retira son bras, dont il s’était emparé.
– Chut! soyez sage! Avant, parlez-moi d’Henry…
– Il est charmant… Il est confié à une nourrice basque, qui en prend soin comme si c’était son propre enfant. Vous serez fière de moi lorsque vous le verrez!
– Vous ressemble-t-il déjà? interrogea-t-elle malicieusement.
Ils éclatèrent de rire.
– Ce serait bien là le miracle du Saint-Esprit! s’écria Gaëtan. Non… Il ressemblerait plutôt… au signor Capeloni…
– Chut! murmura la duchesse, effrayée, en mettant un doigt sur ses lèvres. Voilà une imprudente parole, chevalier!
Mme de Chevreuse ne croyait pas encore si bien dire. Car, derrière le vantail de la porte du couloir, un homme, courbé, tenait son oreille collée et ne perdait pas une syllabe de la conversation.