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Mysterium [fr]

Электронная книга - «Mysterium [fr]». Краткое содержание книги:

Tout allait bien à Two Rivers, cette petite ville du Michigan. Tout allait bien, c’est-à-dire qu’il ne s’y passait pas grand-chose. Jusqu’au jour où le gouvernement y installa cette espèce de base, sur le site de l’ancienne réserve indienne. Usine d’armement ? Laboratoire de recherches ? Au début, on a pensé que ça ferait redémarrer l’économie, que ça créerait des emplois. Mais non. Le personnel arrivait par camions, était parqué dans des baraques, ne se mêlait pas à la population. Bizarre… Inquiétant, même.
Et puis, ce soir-là… Un immense éclair dans le ciel. L’orage ? Non, ce n’était pas la saison. Le lendemain, ébahis, les habitants de Two Rivers découvrirent qu’ils étaient coupés du monde. Leur ville se terminait net, en bordure de forêt. C’est alors qu’apparurent les avions. De vieux coucous de la dernière guerre…
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Absorbé par ses observations, il n’entendit les pas dans son dos qu’au tout dernier moment. Il roula sur lui-même et s’accroupit, prêt à foncer dans le sous-bois.

Le gamin qui le toisait derrière ses lunettes aux verres en cul de bouteille cligna des yeux énormes, et lui tendit un sac en papier froissé.

— Mon déjeuner, dit Clifford Stockton. Tu en veux ?

— Comment as-tu su que je n’étais pas un soldat ?

Ils étaient assis à l’ombre, quelques mètres en dessous de la crête de l’escarpement.

— T’as pas l’air d’un soldat.

— Comment ça ?

— Tes fringues.

— Je pourrais être en civil. Déguisé.

Le gamin l’inspecta du regard et secoua la tête.

— C’est pas que les fringues.

— Entendu. N’empêche, fais attention.

Clifford acquiesça.

Il avait laissé son vélo appuyé contre un arbre. Il offrit la moitié d’un sandwich emballé dans du papier alu, et de l’eau dans une Thermos. Howard en avait apporté deux bouteilles pleines enfouies dans ses vastes poches, mais il ne lui en restait presque plus. Il but.

— Merci.

— Je m’appelle Clifford.

— Merci, Clifford. Moi, c’est Howard.

Le gamin lui tendit la main, et il la serra.

Puis ils mangèrent. Ce fut bref. Le sandwich, qui n’avait pas fière allure, était plutôt meilleur que ses derniers repas. Du pain complet, de la viande – rations militaires, sans doute. Pas mauvais, si on avait faim. Il se rendit compte qu’il avait très, très faim.

Il termina en léchant le jus clairet sur ses doigts.

— Clifford, tu es déjà venu ici ?

— Des fois.

— C’est loin, en vélo, non ?

— Oui.

Clifford le mettait à l’aise. La myopie visible, le sérieux affiché, tout ça lui rappelait son enfance. Un coup d’œil sur ce môme, et on savait qu’il était du genre à collectionner les pièces de monnaie, les insectes ou les B.D. ; qu’il regardait trop la télé, qu’il lisait trop. Les paupières plissées, le regard circonspect, c’était normal, hélas : tout le monde avait appris la prudence.

— C’est sûr, ici ? demanda le jeune homme.

— Faudrait escalader la falaise. J’ai jamais vu un soldat. Ils restent près des camions, en général.

— Tu viens souvent ?

— Une fois par semaine, en gros. Tu l’as dit, c’est loin.

— Pourquoi est-ce que tu es là, alors ?

— Pour savoir ce qui se passe. (Le gamin le dévisagea d’un air pensif.) Et toi, pourquoi t’es là ?

— Pareil.

— T’es venu d’en ville à pied ?

Howard hocha la tête sans mot dire.

— Ça fait une trotte, reprit Clifford.

— J’ai vu.

— C’est la première fois ?

— Oui. Enfin, depuis l’arrivée des chars.

— C’est calme, aujourd’hui.

— Ah, ça change ?

— Oui. Des fois, il y a plus de soldats ou de proctors.

Assailli par la curiosité, Howard mit tout de même de l’ordre dans ses réflexions. Il ne tenait pas à effrayer le gamin.

— Tu sais ce qui se passe ici ? Ça pourrait être important.

Clifford fronça les sourcils et, froissant l’emballage de son sandwich, le jeta au loin dans les bois.

— Difficile à dire sans jumelles. Ils prennent des photos. Une ou deux fois, je les ai vus envoyer des soldats.

— Quoi, au labo ?

— Dans un des bâtiments.

— Montre-moi lequel.

Ils rampèrent jusqu’au bord de l’escarpement. Le gamin désigna un petit immeuble près du parking : le bâtiment administratif.

Howard se rappela Haldane et ses pompiers au lendemain de la transition. Ils avaient avancé de quelques mètres sous ce dôme, pour en ressortir avec des monstres ou des anges plein la bouche. Et malades. Plus sans doute qu’ils ne l’imaginaient. Haldane était mort en septembre d’une leucémie foudroyante, selon toutes les apparences.

— Ça m’étonne qu’ils arrivent à entrer.

— Ils mettent des tenues spéciales, dit Clifford. On dirait des combinaisons de plongée, avec des casques.

— Ils reviennent les mains vides ?

— Non, avec des cartons, des classeurs. Des livres. Des corps, quelquefois.

Des corps. Le site n’était désert qu’au premier abord, bien sûr. Des gens étaient morts, dans leur lit pour la plupart. Hors de vue.

— Ils sont vraiment bien conservés, ajouta le gamin.

— Quoi ?

— Les corps.

— Clifford… comment tu le sais, à cette distance ?

Le gamin resta coi un instant. Touché au point sensible. Quand il répondit, ce fut en évitant son regard.

— Ma maman a un ami. Un soldat. Qui vient à la maison. C’est comme ça qu’on a du pain pour les sandwiches. Et des barres chocolatées, certains jours. (Clifford haussa les épaules comme pour se débarrasser d’un fardeau.) Il est pas méchant.

— Je vois. (Il veilla à garder un ton dénué d’expression.) Mais il parle ?

Le gosse hocha la tête.

— Au petit déj’, souvent. Il la ramène.

— Ce type, il est venu ici ?

— Il montait la garde quand ils ont sorti le corps d’une personne. On aurait cru qu’elle venait de mourir. Elle était pas décomposée, rien. Sauf s’il raconte des craques.

— Clifford, là, ça pourrait être primordial. Il a parlé de ce qu’ils cherchent ou de ce qu’ils ont trouvé ?

Le gamin s’assit sur une saillie de granit, un peu à l’écart de la crête.

— Pas beaucoup. Je crois que c’est défendu. Les gens qui ressortent, même ceux en tenue, racontent qu’ils ont vu des trucs bizarres. Ils arrivent pas à rester très longtemps ni à aller bien loin. Ça les rend malades. Il y en a qui sont morts, parmi les premiers.

La leucémie d’Haldane revint hanter Howard.

— Et le soir, poursuivit Clifford, tout le monde se tire. Personne reste là. Ça devient bizarre, dans le coin.

— Bizarre comment ?

— C’est tout ce que je me rappelle. Luke parle pas tant que ça. Il se plaint toujours des proctors. Il les déteste. Tous les soldats les détestent. C’est eux qui demandent qu’on sorte les gens, les soldats font qu’exécuter les ordres. Luke dit que les soldats sont obligés de prendre des risques parce que les proctors ont décidé que cet endroit est important. (Il s’interrompit, comme pour creuser cette idée.) Il l’est, hein ? C’est pour ça que t’es là.

— Oui. C’est pour ça que je suis là.

Une rafale souffleta la crête. Clifford se détourna. Il paraissait minuscule sur le fond bleu du ciel.

— Il s’est passé beaucoup de choses, dit-il. Personne sait où on a débarqué… Mais ça a l’air vachement loin. (Il fit face à Howard, l’air désespéré.) Si c’est ici que ça a foiré, c’est dur de croire que quelqu’un va réparer.

Howard scruta la forêt derrière les bâtiments en ruine sans pouvoir discerner la jonction entre l’ancienne réserve indienne et la pinède. Les collines moutonnaient vers l’horizon que dérobait le brouillard d’automne. Ce serait facile de s’engager dans cette immensité. Mourir, ou trouver une vie nouvelle. Partir.

— On peut essayer, dit-il. Je compte bien m’y atteler.

Quand le gamin s’en alla sur son V.T.T. après avoir livré le plus de renseignements possible, Howard dressa à l’estime un plan du complexe, avant d’y tracer la circonférence du dôme de lumière.

Il traversa la nationale au crépuscule et passa la nuit dans les bois ; rien ne troubla son sommeil.

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