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Alice au pays des merguez

Электронная книга - «Alice au pays des merguez». Краткое содержание книги:

Dans cet ouvrage, tu prendras connaissance de l'événement le plus important qui ce soit produit depuis que l'homme a marché sur la lune.
Un événement que l'on jugeait tellement impensable qu'on y pensait plus.
La nouvelle a créé un remue-ménage extrême dans le vie française. Au point que M. le président de la République a honoré ce livre d'une préface. Si mon éditeur a refusé de la publier, c'est parce qu'il était convaincu que, d'ici quelques années, San-Antonio sera bien plus connu que le président ; et qu'il sera donc anormal qu'un auteur célèbre fût cautionné par un président oublié.
Il n'en reste pas moins que c'était un très bel élan du cœur dont je remercie vivement le Pommier des Français.
Ce qui l'avait motivé ? Je vais te dire, prépare-toi au choc : Béru et Berthe viennent d'avoir un enfant. Un vrai, bien à eux, déjà gras et dégueulasse, car bon sang ne peut mentir.
C'est pas l'événement pur fruit, ça ?
Ouvre vite la fenêtre, je sens que tu vas t'évanouir.
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— Et vous continuez de cohabiter ?

— Il le faut bien : je n’ai rien et elle a tout. Certes, mon train de vie est modeste, pourtant il me faut l’assumer. Malade et sans ressources, comment existerais-je ?

— Ça ne doit pas être réjouissant, dis-je.

— Ma haine me fortifie, répète M. de Broutemiche. C’est donnant, donnant, dans notre cas. Elle m’entretient et je lui permets de demeurer baronne. Un divorce la rendrait à sa condition de Martinet, car tel est son patronyme de naissance. Martinet, comme le copain de l’hirondelle ou le fouet du garnement ; cocasse, non ?

Je m’approche, mine de rien, des cartons contenant les faire-part de deuil, louche sur celui du dessus et je lis :

Le Baron Wilfrid de Broutemiche

a la douleur de vous faire part de la perte cruelle

qu’il vient de subir en la personne de son épouse

la Baronne de Broutemiche

née Héloïse Lanouvelle

décédée tragiquement à la suite

de l’inconséquence d’un chauffard

nommé Alfred Rondibet

le 6 mars 1972 en sa trente-huitième année.

Les funérailles ont eu lieu le 9 mars

à Tatezy-Meleu (Yonne),

berceau de la famille, dans la plus stricte intimité.

Priez pour elle

Mon hôte a suivi mon indiscrétion, sans se formaliser.

— C’était une sainte, déclare-t-il quand il constate que ma lecture est achevée.

Il a des larmes plein la gueule, ne songe à les torchonner.

— Chaque jour, je prie pour le repos de sa grande âme, nous assure-t-il.

Il ajoute :

— Etre tombé sur une pute-garce-cancrelate, après une telle femme ! Quelle sombre dérision ! Quelle déchéance !

Je désigne les cartons.

— Tous ces paquets contiennent des faire-part, monsieur de Broutemiche ?

— Oui, j’en ai fait imprimer quinze mille et il m’en reste encore de quoi voir venir pendant une trentaine d’années. Comme j’ai soixante-huit ans, je peux pousser l’optimisme au plus loin.

Paroles sibyllines.

C’est Béru qui, le premier, ose manifester notre incompréhension :

— h ; Qu’est-ce z’entendez par voir venir pendant une trentaine d’années ?

Le baron respire large, referme les pans de sa robe de chambre de roi mage à la débine sur son académie maigriotte et consent à nous affranchir :

— Héloïse a été tuée par un chauffard ivrogne : ce Rondibet Alfred, comme se présentent les minables. Vous savez ce qu’il a eu comme peine ? Trois mois de prison avec sursis et une année de retrait de permis de conduire ! C’est faire bon marché de la peau des baronnes, n’est-ce pas ? Il a bien fallu que je trouve une vengeance.

— Laquelle est-ce-t-elle, baron ? questionne Alexandre-Benoît, qui redevient rapidement serf au contact des titres.

— Chaque jour, je fais parvenir un faire-part de deuil à l’assassin, pour qu’au moins il garde le souvenir de sa victime. Je lui adresse le faire-part sous les formes les plus diverses : en recommandé, par express, par pneumatique, ou bien je le lui fais remettre en main propre. Ce dégueulasse est tripier : j’en fais parfois apposer sur la devanture de son effroyable boutique. Si vous saviez mon ingéniosité ! Il lui en a été posté de Venise, du Honduras, du Japon ! Il en a trouvé dans des boîtes de chocolats ! Ses gamins lui en ramènent de l’école ! Les garçons de café lui en donnent au moment où il prend son Ricard en compagnie de ses ignobles amis. J’espère qu’il finira par craquer. Qui sait ? Peut-être se suicidera-t-il ? Quoique cette engeance n’ait aucun sens de l’honneur. Enfin, même s’il endure cela jusqu’à ma mort, cette mission sacrée m’aura aidé à vivre. Une existence sans but est une existence invertébrée. Notez que c’est mobilisateur, une telle ténacité. Sans compter que je n’ai pas que cela : il faut aussi que je m’occupe d’Isabelle.

« Belle Isabelle ! Tu parles ! Elle peut plastronner, avec ses vergetures et ses culottes de cheval. Vous regarderez son cul lorsqu’elle rentrera, messieurs. Attentivement. Et vous me direz comment elle trouve tant d’amateurs pour le fourrer ! Je sais que pour moi, excusez, mais c’est la gerbe. Ça m’a pris un soir, il y a quatre ou cinq ans. Jusqu’alors je me comportais assez brillamment au lit. Je n’aime pas me vanter, mais franchement, deux coups successifs ne me faisaient pas peur. A soixante piges ! Chapeau, non ? Ce qui m’a toujours mis en train, si je puis dire, c’est la minette. L’âme de l’amour. Un cul bien bouffé est un cul à moitié baisé ; telle était la devise de Godfroy de Broutemiche, mon regretté père, que Dieu ait en miséricorde. Donc, un soir… Mais je vous ennuie peut-être ? » s’interrompt-il.

Nous le détrompons. Il est passionnant, ce mec. Qu’il dise ! Qu’il dise !

Alors, comme il ne demande que ça, toujours à morfondre dans ses regrets, ses haines et ses silences, il repique des deux.

— Un soir, je m’apprêtais à déguster Isabelle. J’avais aménagé une lumière ocrée du meilleur effet. Les amoureux, comme les restaurateurs, négligent trop souvent l’éclairage. Et pourtant c’est si capital ! Me voilà donc au travail. Elle raffolait de la chose, la bougresse ! Une clitoridienne, je vous le dis sans tergiverser. Moi, je tenais solidement ses fesses, comme on tient son grand bol de lait à deux mains pour en boire le contenu. Et soudain, sous mes doigts, je sens du grenu, du pas sympa. Cela formait de minuscules vagues. « Mais, me dis-je en aparté, tu es en train de bouffer un cul fané, Wilfrid ! » Instantanément mon appétit vole en éclats, ma virilité se fait flasque, mon désir se change en répulsion. Je quitte le festin en disant : « Madame, j’ai le regret de vous informer que vos fesses ne remplissent plus les conditions requises pour assurer mon érection. Le port de vos gaines a peut-être hâté la mutilation du temps, je ne chipoterai pas sur ce point ; il n’en reste pas moins que vous ne m’inspirez plus, allez vous faire mettre ailleurs ! »

— Un peu tranchant ! reproché-je.

— Elle me l’a fait payer le prix fort, la damnée radasse ! J’ai cru qu’elle allait me jeter à la rue, m’abandonner, sans gîte et sans pension, elle en est capable ! C’est une truie mauvaise, messieurs ! Une gorette cruelle. Comprenant que les choses risquaient de se gâter, je lui ai proposé l’arrangement dont je vous ai parlé : elle resterait baronne de Broutemiche mais assurerait ma subsistance. Cela dit, je suis en train de me venger, ou du moins essaie. Pas commode.

— On peut savoir, m’sieur l’baron ? implore Béru d’un ton gourmand.

Wilfrid regarde autour de lui, comme si des présences silencieuses étaient venues se joindre aux nôtres. Rassuré il chuchote :

— Je vais essayer de lui flanquer le SIDA.

Et il éclate de rire.

— L’idée est fumante, n’est-ce pas ?

— Certes, admets-je, mais j’envisage mal sa réalisation, du moins sans une participation active de votre épouse.

— Ne soyez pas benêt et réfléchissez, ami flic. Comment se transmet cette saloperie ? Hmmm ? Quelles sont les trois mamelles du SIDA ?

Je récite, en bon lecteur de la presse française :

— Sperme, sang, salive.

— Bravo ! Je m’efforce d’entrer en relation avec des malades contaminés. Pas aisé car on a tendance à les planquer. Mais je me suis déjà lié d’amitié avec un éminent professeur à qui j’ai raconté que je comptais écrire un bouquin sur la question et interviewer des malheureux frappés par le fléau. Dès que j’aurai obtenu gain de cause, je rendrai visite à l’un d’eux, m’efforcerai de capter sa confiance et me ferai remettre par lui un prélèvement de sa semence ou de sa salive. Ah ! messieurs les poulets, le jour où je rentrerai à l’appartement nanti de ce précieux virus, quel bonheur infini j’éprouverai à l’introduire dans le pot de yaourt que mange cette houri chaque soir avant de se mettre au lit, car elle souffre de paresse intestinale.

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