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Alice au pays des merguez

Электронная книга - «Alice au pays des merguez». Краткое содержание книги:

Dans cet ouvrage, tu prendras connaissance de l'événement le plus important qui ce soit produit depuis que l'homme a marché sur la lune.
Un événement que l'on jugeait tellement impensable qu'on y pensait plus.
La nouvelle a créé un remue-ménage extrême dans le vie française. Au point que M. le président de la République a honoré ce livre d'une préface. Si mon éditeur a refusé de la publier, c'est parce qu'il était convaincu que, d'ici quelques années, San-Antonio sera bien plus connu que le président ; et qu'il sera donc anormal qu'un auteur célèbre fût cautionné par un président oublié.
Il n'en reste pas moins que c'était un très bel élan du cœur dont je remercie vivement le Pommier des Français.
Ce qui l'avait motivé ? Je vais te dire, prépare-toi au choc : Béru et Berthe viennent d'avoir un enfant. Un vrai, bien à eux, déjà gras et dégueulasse, car bon sang ne peut mentir.
C'est pas l'événement pur fruit, ça ?
Ouvre vite la fenêtre, je sens que tu vas t'évanouir.
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— Pardonnez-moi de troubler votre quiétude, mademoiselle Lambert, mais l’instant est venu de vous parler…

Oui, il s’agissait d’une voix d’homme avec un fort accent oriental. Les « r » roulaient sous la langue de façon caressante.

— Vous devez vous demander ce qui vous est arrivé. Eh bien, je vais vous le dire : je vous ai fait enlever. Pourquoi ? Parce que je vous ai trouvée si belle, si irrésistible que j’ai voulu vous avoir à moi. Rassurez-vous, mademoiselle, je ne suis pas un sadique ; simplement un homme en mal d’amour…

Alice ferma les yeux pour mieux s’offrir à cette voix caressante qui la chavirait. Elle se sentait troublée comme elle ne l’avait encore jamais été.

ZIM !

Béru regarde m’man langer son rejeton. Il est attendri.

— V’v’rendez-t-il compte que c’est un Bérurier ? nous demande-t-il, humide.

— Oui, répondons-nous, car le bébé possède indéniablement la morphologie de son cher papa : il est gras et musclé à la fois, massif, replet, obèse, bajouteux, affamé, assoiffé, gueulard, pétomane et parfois rieur.

— Chez nous aut’, c’est signé, poursuit le Gravos. Mon père était comme ça, mon grand-père, mon arrerière-grand-père. Le même qu’on traverse les cercles, d’puis Vercinge et Torisque. On est un produit épiquement français. Qu’on pourrait nous fout’ un’ médaille originelle à la patte comme aux volailles de Bresse. Bérurier comme un chêne est un chêne, si je me fait-il bien comprend’ ?

Il se fait.

Conscient d’être suivi, il repart :

— Quand t’est-ce il s’ra en âge, il rentrera dans la Rousse et quand j’lu aurai mis l’pied à l’étriqué, j’retournerai à Saint-Locdu-le-Vieux, moi et Berthe, reprendre la ferme que j’ai donnée en fermage. J’y apprendrerai à traire, Berthy. Elle saura vite, elle a des dons. Ell’ m’aidera à faire les foins, et puis à fumasser l’étable. Sauf l’respecte qu’j’vous dois, maâme Félicie, j’la carambolerai su’les bottes d’paille quand l’envie nous chopera. C’sera une vie nickel, croiliez-moi. J’aurai mon cochon au saloir ainsi qu’mes prop’ fromages. On irera à la messe l’dimanche, vu qu’chez nous, ça se pratique encore.

Il rit d’aise.

— Lui, Apollon-Jules, j’le marirerai à une jeune fille d’la bonne société, la fille d’un charcutier par exemp’, ou celle d’un boucher…

— Pourquoi l’as-tu prénommé Apollon-Jules ? demandé-je.

Il réfléchit pour fournir une réponse taillée dans la pierre.

— Jules, biscotte c’t’un prénom familial. On a des chiées d’Jules Bérurier su’ not’ pierre tombale. Quant à Apollon, c’est parce qu’il est né à la clinique du Belvédère. C’est Pinuche qui m’l’a soufflé, faut conviendre. C’t’un homme qu’on dira c’qu’on voudra, mais il possède l’instruction. Quand j’y ai annoncé la naissance de bébé rose, y s’est écrié : « C’est l’Apollon du Belvédère ! »

La sonnerie tubophonique l’interrompt. Je vais décrocher. It is Berthe. Elle me gazouille qu’elle pourrait-elle causer à son homme ? Je le lui branche. Et ça donne la moitié de dialogue ci-dessous :

— Popo ? (diminutif naturel d’Apollon). Ben, il est là, ma grande. Maâme Félicie finit d’le linger.

— …

— Ben, j’pense rentrer en fin d’journée, moui.

— …

— Ah ! bon. Moui, j’comprends. Tu peux pas faire ça à Alfred. T’serais d’retour quand t’est-ce que ?

— …

— Demain soir ? Bon, ben j’m’arrangerai. C’te noye, ça ira, j’lu ferai son bib’ron et j’mettrai un p’tit verre d’marc d’dans pour qu’y dormira ; c’est c’que f’sait toujours ma mère. Quant à c’qu’est d’demain, j’le confirerai à la concierge qui nous a à la chouette d’puis qu’j’y ai foutu la médaille du Mérite, du temps qu’j’étais miniss…

— …

— D’acc, ma poule, fais-toi pas d’mouron. Une mère aussi inquiète qu’toi, j’ai jamais vu ! T’as pas t’mett’ la rate au court-bouillon à cause d’c’garnement, quoi merde ! Allez, profite-z’en et fais mes amitiés à Alfred ; j’espère qu’vous décroch’rez la cymbale.

Il repose le combiné et annonce :

— Alfred participe à un concours d’haute coiffure, c’soir à Montbéliard. Il insiste pour qu’Berthe y serve d’modèle ; elle peut pas refuser ! Mais ça la mine à cause du chiare ; c’t’une personne qu’est trop à cheval su’l’sens du d’voir ; soucieuse pareillement, ell’ vivra pas son âge !

Félicie s’efforce de dissimuler son sentiment et invite le Gros à prolonger son séjour ici de vingt-quatre heures, de la sorte c’est elle qui assumera son filleul.

L’ancien ministre accepte, ravi.

Et c’est l’instant où enfin tout se déclenche. Le biniou de nouveau. Cette fois, c’est le service des écoutes. Lesgourde est surexcité comme mille poux dans la chaste culotte d’une chaisière en retraite.

— Du nouveau, commissaire ! Je vais essayer de vous passer l’enregistrement, j’espère que ce sera audible, sinon je vous le lirai.

— De quoi s’agit-il ?

— Oh ! oui, pardon : un appel à Alain Lambert. Vous y êtes ?

Apollon-Jules se met à bieurler. Je supplie m’man de l’évacuer le plus loin possible du téléphone : du côté de Rambouillet, voire de Vladivostok.

J’écoute ardemment. Là-bas, ils ont placé la partie émettrice du combiné contre le haut-parleur de l’appareil enregistreur. Je perçois très distinctement la conversation.

Sonnerie. On décroche.

« — Ici Lambert, j’écoute.

« — Vous avez la somme ?

« — Je l’ai.

« — En ce cas, écoutez bien mes instructions. Allez au Prisunic des Champs-Elysées, vous y achèterez une mallette métallique actuellement en promotion au prix de douze francs, marque Gognin. Répétez ! (La voix quelque peu stupéfaite de Lambert reprend :)

« — Mallette métallique marque Gognin à douze francs au Prisunic Champs-Elysées.

« — C’est cela. Vous rentrerez chez vous et placerez l’argent dedans. Compris ?

« — Compris.

« — A huit heures du soir, vous déposerez la mallette dans le coffre de votre Rolls que vous ne fermerez pas à clé et vous vous mettrez au volant pour gagner l’autoroute Sud.

« — D’accord.

« — Vous roulerez en direction de Lyon jusqu’au premier restauroute que vous rencontrerez. C’est toujours clair ?

« — Très clair ; le premier restauroute que je rencontrerai.

« — Vous remiserez votre Rolls sur le parking, le plus à l’écart possible et vous irez prendre une consommation dans l’établissement. Vous devrez y séjourner une demi-heure au moins. O.K. ?

« — O.K.

« — Au bout d’une demi-heure, vous rentrerez chez vous.

« — Et ma fille ?

« — Si tout se passe bien, vous la récupérerez plus tard.

« — Mais je… »

La communication est coupée.

End.

Vous avez tout entendu, monsieur le commissaire ? s’informe Lesgourde.

— Oui, tout, merci. Cependant je vais te demander de me repasser la bande afin que je prenne des notes.

Il est rare que je mette les pieds sur la table quand je me trouve à la maison. M’man est tellement soigneuse que j’ai l’impression de commettre un crime de lèse-propreté, Pourtant, dans le cas présent, l’intensité de ma réflexion est si forte que je m’oublie à le faire. Et me voilà donc, à demi allongé dans notre fauteuil Voltaire, mes talons sur le bord de la carante, les yeux partis dans l’Infini de la pensée. Je ne perçois même plus les chialeries d’Apollon-Jules qui donne son récital à m’man dans la cuisine. Même un gros pet de Béru ne parvient pas à m’arracher. Je viens de lui relater le coup de turlu et lui aussi gamberge ferme. Nous sommes deux flics pensants.

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