Une petite légende dorée
- Автор: Goetz Adrien
- Год: 2005
- Язык: французский
- Год: Éditions le Passage
- Жанр: Исторические детективы
Электронная книга - «Une petite légende dorée». Краткое содержание книги:
Ce qui le conduit à Lugano, à Budapest, à Prague et enfin à Sienne, le matin du Palio, doit rester secret. Il n’en parlera ni à Marge avec qui il vit, ni à Irène, lancée à sa poursuite. Il ose à peine se l’avouer : c’est l’amour de l’art, un coup de foudre, la découverte d’un artiste siennois oublié dont il a vu une œuvre par hasard à la National Gallery de Washington.
Le « Maître de l’Observance », peintre énigmatique de la Renaissance, commence à le hanter et transforme sa futile existence en une petite légende dorée.
Le carnet bleu de Jan, c’était cela : une collection de pastiches pour rire et devenir un écrivain. Il faut oser commencer à écrire ou à peindre : même en pensée, Carlo n’osait qu’à mots couverts tracer son propre portrait. Une image trop ressemblante lui aurait fait mal, car il se sentait capable de se réussir, du premier coup.
En sortant de chez Théo, Carlo regretta de n’avoir pas pensé à acheter sa copie du Maître de l’Observance. Il l’aurait installée dans son appartement de Washington. Il l’aurait prise, rien que pour le plaisir de la sentir peser entre ses mains. Puis il aurait ôté de sa chambre tous les autres ornements.
Dans le taxi, Irène le pressa de questions. Par provocation et parce qu’elle ne croyait pas un mot de ce qu’il débitait, ce discours si bien forgé à son propre usage. Il fut sincère, c’est-à-dire qu’il raconta tout ce qu’il osait se dire à lui-même depuis le début de cette semaine. Il s’intéressa. Il expliqua que lui aussi se comportait en collectionneur. Elle fronça le sourcil. Il retraça son voyage, son récent amour de la peinture, d’une seule peinture plutôt, cette œuvre en morceaux. Le dossier le concernant, qu’elle devait avoir vu, n’en parlait sans doute pas. Elle se moqua, fit la pédante, parla du mythe d’Orphée démembré par les femmes de Thrace et autres cuistreries. À son tour, elle lui prit le bras et dessina des cercles dans le creux de sa main. Aussi lentement que lui dans l’atelier : une invisible couleur bleue naissait dans sa main ouverte. Cette histoire de tableau éclaté à travers le globe n’avait pas l’air de la séduire. S’il avait choisi cette autre prédelle, celle à laquelle appartenait le panneau aux diablotins de Yale, dont on exposait un fragment en Australie au musée de Melbourne, peut-être se serait-elle découragée. Il aurait aimé faire l’expérience. Il se tut. Ce fut pire. Ses cheveux noirs et frisés sentaient bon, il se fit reproche de le remarquer. Cette fille faisait des efforts — vains car il n’aimait pas les brunes. Elle glosa sur leur visite au peintre et se demanda s’il deviendrait jamais un véritable artiste. Sans rire. Fougueusement, Carlo, qui en avait assez, l’embrassa.
Il inscrivit sur le registre de l’hôtel Mr et Mrs Smith, New Haven, Connecticut, U.S.A. — guère fier de lui, à y réfléchir. L’hôtel international, où tout le monde parlait anglais, avait dû en voir de ces espions de passage et plus encore de passades secrètes. « Il se trouvait qu’il avait toujours sur lui un passeport à ce nom. » On lisait cela dans les romans de son enfance. « Personne ne pouvait savoir qu’ils étaient ici. » Aucun spectateur. Sans témoin, sans complice, ils allaient vivre ça pour eux deux. Irène n’avait pas vraiment des traits de madone. Il pensa pourtant : me voici le Maître de la Madone Smith. Il se trompait.
CHAPITRE 6
L’ENFANT JÉSUS À PRAGUE
Or le bœuf et l’âne fléchirent le genou pour l’adorer.