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La maison Tellier (1881)

Электронная книга - «La maison Tellier (1881)». Краткое содержание книги:

La Maison Tellier est une nouvelle de Guy de Maupassant publiée en 1881 dans le recueil de nouvelles homonyme, puis reprise dans les revues La Lanterne en février 1889 et Gil Blas en octobre 1892.
Se situant dans la continuité des récits sur la prostitution, elle constitue la nouvelle réaliste la plus célèbre de Maupassant après « Boule de suif ».
La maison close d'une petite ville normande, tenue par Madame Tellier, est « fermée pour cause de première communion » au grand dam des habitués. Après un voyage en chemin de fer, les pensionnaires assistent à la cérémonie et sont émues par Constance, nièce de Madame Tellier, et l’atmosphère de recueillement de l’église, si bien qu'elles passeront pour de saintes femmes. Après l'événement sacré, Joseph Rivet, le frère de Mme Tellier, donne une fête en l'honneur de ces visiteuses qui lui ont valu d'être le point de mire du village. Mais à la fin des festivités, éméché, il cherche à obtenir plus…
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Caravan, confus, se taisait, quand la petite bonne se précipita pour annoncer le dîner. Alors, afin de prévenir sa mère, il prit un manche à balai toujours caché dans un coin et frappa trois coups au plafond. Puis on passa dans la salle et Mme Caravan la jeune servit le potage en attendant la vieille. Elle ne venait pas et la soupe refroidissait. Alors on se mit à manger tout doucement ; puis, quand les assiettes furent vides, on attendit encore. Mme Caravan, furieuse, s’en prenait à son mari : « Elle le fait exprès, sais-tu. Aussi tu la soutiens toujours. » Lui, fort perplexe, pris entre les deux, envoya Marie-Louise chercher grand’maman, et il demeura immobile, les yeux baissés, tandis que sa femme tapait rageusement le pied de son verre avec le bout de son couteau.

Soudain la porte s’ouvrit et l’enfant seule réapparut tout essoufflée et fort pâle ; elle dit très vite : « Grand-maman est tombée par terre. »

Caravan, d’un bond, fut debout et, jetant sa serviette sur la table, il s’élança dans l’escalier où son pas, lourd et précipité, retentit pendant que sa femme, croyant à une ruse méchante de sa belle-mère, s’en venait plus doucement en haussant avec mépris les épaules.

La vieille gisait de tout son long sur la face au milieu de la chambre et, lorsque son fils l’eut retournée, elle apparut, immobile et sèche, avec sa peau jaunie, plissée, tannée, ses yeux clos, ses dents serrées et tout son corps maigre roidi.

Caravan, à genoux près d’elle, gémissait : « Ma pauvre mère, ma pauvre mère ! » Mais l’autre Mme Caravan, après l’avoir considérée un instant, déclara : « Bah ! elle a encore une syncope, voilà tout ; c’est pour nous empêcher de dîner, sois-en sûr. »

On porta le corps sur le lit, on le déshabilla complètement ; et tous, Caravan, sa femme, la bonne, se mirent à la frictionner. Malgré leurs efforts, elle ne reprit pas connaissance. Alors on envoya Rosalie chercher le Docteur Chenet. Il habitait sur le quai, vers Suresnes. C’était loin, l’attente fut longue. Enfin il arriva et, après avoir considéré, palpé, ausculté la vieille femme, il prononça : « C’est la fin. »

Caravan s’abattit sur le corps, secoué par des sanglots précipités ; et il baisait convulsivement la figure rigide de sa mère en pleurant avec tant d’abondance que de grosses larmes tombaient comme des gouttes d’eau sur le visage de la morte.

Mme Caravan la jeune eut une crise convenable de chagrin et, debout derrière son mari, elle poussait de faibles gémissements en se frottant les yeux avec obstination.

Caravan, la face bouffie, ses maigres cheveux en désordre, très laid dans sa douleur vraie, se redressa soudain : « Mais… êtes-vous sûr, Docteur… êtes-vous bien sûr ?… » L’officier de santé s’approcha rapidement et, maniant le cadavre avec une dextérité professionnelle, comme un négociant qui ferait valoir sa marchandise : « Tenez, mon bon, regardez l’œil. » Il releva la paupière et le regard de la vieille femme réapparut sous son doigt, nullement changé, avec la pupille un peu plus large peut-être. Caravan reçut un coup dans le cœur et une épouvante lui traversa les os. M. Chenet prit le bras crispé, força les doigts pour les ouvrir et, l’air furieux comme en face d’un contradicteur : « Mais regardez-moi cette main, je ne m’y trompe jamais, soyez tranquille. »

Caravan retomba vautré sur le lit, beuglant presque ; tandis que sa femme, pleurnichant toujours, faisait les choses nécessaires. Elle approcha la table de nuit sur laquelle elle étendit une serviette, posa dessus quatre bougies qu’elle alluma, prit un rameau de buis accroché derrière la glace de la cheminée et le posa entre les bougies dans une assiette qu’elle emplit d’eau claire, n’ayant point d’eau bénite. Mais, après une réflexion rapide, elle jeta dans cette eau une pincée de sel, s’imaginant sans doute exécuter là une sorte de consécration.

Lorsqu’elle eut terminé la figuration qui doit accompagner la Mort, elle resta debout, immobile. Alors l’officier de santé, qui l’avait aidée à disposer les objets, lui dit tout bas : « Il faut emmener Caravan. » Elle fit un signe d’assentiment et, s’approchant de son mari qui sanglotait, toujours à genoux, elle le souleva par un bras, pendant que M. Chenet le prenait par l’autre.

On l’assit d’abord sur une chaise et sa femme, le baisant au front, le sermonna. L’officier de santé appuyait ses raisonnements, conseillant la fermeté, le courage, la résignation, tout ce qu’on ne peut garder dans ces malheurs foudroyants. Puis tous deux le prirent de nouveau sous les bras et l’emmenèrent.

Il larmoyait comme un gros enfant, avec des hoquets convulsifs, avachi, les bras pendants, les jambes molles ; et il descendit l’escalier sans savoir ce qu’il faisait, remuant les pieds machinalement.

On le déposa dans le fauteuil qu’il occupait toujours à table, devant son assiette presque vide où sa cuiller encore trempait dans un reste de soupe. Et il resta là, sans un mouvement, l’œil fixé sur son verre, tellement hébété qu’il demeurait même sans pensée.

Mme Caravan, dans un coin, causait avec le docteur, s’informait des formalités, demandait tous les renseignements pratiques. À la fin, M. Chenet, qui paraissait attendre quelque chose, prit son chapeau et, déclarant qu’il n’avait pas dîné, fit un salut pour partir. Elle s’écria :

— Comment, vous n’avez pas dîné ? Mais restez, Docteur, restez donc ! On va vous servir ce que nous avons ; car vous comprenez que nous, nous ne mangerons pas grand’chose.

Il refusa, s’excusant ; elle insistait :

— Comment donc, mais restez. Dans des moments pareils, on est heureux d’avoir des amis près de soi ; et puis, vous déciderez peut-être mon mari à se réconforter un peu : il a tant besoin de prendre des forces.

Le docteur s’inclina et, déposant son chapeau sur un meuble : « En ce cas, j’accepte, Madame. »

Elle donna des ordres à Rosalie affolée, puis elle-même se mit à table « pour faire semblant de manger, disait-elle, et tenir compagnie au docteur ».

On reprit du potage froid. M. Chenet en redemanda. Puis apparut un plat de gras-double lyonnais qui répandit un parfum d’oignon, et dont Mme Caravan se décida à goûter. « Il est excellent. » dit le docteur. Elle sourit : « N’est-ce pas ? » Puis, se tournant vers son mari : « Prends-en donc un peu, mon pauvre Alfred, seulement pour te mettre quelque chose dans l’estomac ; songe que tu vas passer la nuit ! »

Il tendit son assiette docilement, comme il aurait été se mettre au lit si on le lui eût commandé, obéissant à tout sans résistance et sans réflexion. Et il mangea.

Le docteur, se servant lui-même, puisa trois fois dans le plat, tandis que Mme Caravan, de temps en temps, piquait un gros morceau au bout de sa fourchette et l’avalait avec une sorte d’inattention étudiée.

Quand parut un saladier plein de macaroni. Le docteur murmura : « Bigre ! voilà une bonne chose. » Et Mme Caravan, cette fois, servit tout le monde. Elle remplit même les soucoupes où barbotaient les enfants qui, laissés libres, buvaient du vin pur et s’attaquaient déjà, sous la table, à coups de pied.

M. Chenet rappela l’amour de Rossini pour ce mets italien ; puis tout à coup : « Tiens ! mais ça rime ; on pourrait commencer une pièce de vers :

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