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La Mare Au Diable

Электронная книга - «La Mare Au Diable». Краткое содержание книги:

La Mare au Diable est un lieu maudit o? souffle l'angoisse. Pr?s d'elle se d?roule toute l'histoire. Un paysan, veuf avec ses enfants, cherche femme. Qui ?pousera-t-il? celle qu'on lui a promise, ou une pauvre paysanne, harcel?e par son patron? Cette petite Marie est l'?me d'un paysage de r?ve, et l'embl?me de l'enfance ?ternelle. Un roman d'amour, mais travers? par le cri des chiens fous, la nu?e sanglotante des oiseaux, le fossoyeur ?pileptique. La voix de la terre s'y accorde avec celle de l'Ame enfantine: George Sand y parle avec force du sol natal et des premiers souvenirs.
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Germain avait l’âme trop honnête pour ne pas hésiter en entendant cette histoire, sinon très vraisemblable, du moins possible. Il attachait un regard perçant sur le fermier qui soutenait cette investigation avec beaucoup d’impudence ou de candeur.

– Je veux en avoir le cœur net, se dit Germain, et, contenant son indignation:

– C’est une fille de chez nous, dit-il; je la connais: elle doit être par ici…Avançons ensemble… nous la retrouverons sans doute.

– Vous avez raison, dit le fermier. Avançons… et pourtant, si nous ne la trouvons pas au bout de l’avenue, j’y renonce… car il faut que je prenne le chemin d’Ardentes.

– Oh! pensa le laboureur, je ne te quitte pas! quand même je devrais tourner pendant vingt-quatre heures avec toi autour de la Mare au Diable!

– Attendez! dit tout à coup Germain en fixant des yeux une touffe de genêts qui s’agitait singulièrement: holà! holà! Petit-Pierre, est-ce toi, mon enfant?

L’enfant, reconnaissant la voix de son père, sortit des genêts en sautant comme un chevreuil, mais quand il le vit dans la compagnie du fermier, il s’arrêta comme effrayé et resta incertain.

– Viens, mon Pierre! viens, c’est moi! s’écria le laboureur en courant après lui et en sautant à bas de son cheval pour le prendre dans ses bras: et où est la petite Marie?

– Elle est là, qui se cache, parce qu’elle a peur de ce vilain homme noir, et moi aussi.

– Eh! sois tranquille; je suis là… Marie! Marie! c’est moi!

Marie approcha en rampant et dès qu’elle vit Germain, que le fermier suivait le près, elle courut se jeter dans ses bras; et, s’attachant à lui comme une fille à son père:

– Ah! mon brave Germain, lui dit-elle, vous me défendrez; je n’ai pas peur avec vous.

Germain eut le frisson. Il regarda Marie: elle était pâle, ses vêtements étaient déchirés par les épines où elle avait couru, cherchant le fourré, comme une biche traquée par les chasseurs. Mais il n’y avait ni honte ni désespoir sur sa figure.

– Ton maître veut te parler, lui dit-il, en observant toujours ses traits.

– Mon maître? dit-elle fièrement; cet homme-là n’est pas mon maître et ne le sera jamais!… C’est, vous, Germain, qui êtes mon maître. Je veux que vous me remmeniez avec vous… Je vous servirai pour rien!

Le fermier s’était avancé, feignant un peu d’impatience.

– Hé! la petite, dit-il, vous avez oublié chez nous quelque chose que je vous rapporte.

– Nenni, Monsieur, répondit la petite Marie, je n’ai rien oublié, et je n’ai rien à vous demander…

– écoutez un peu ici, reprit le fermier, j’ai quelque chose à vous dire moi!… Allons!… n’ayez pas peur… deux mots seulement…

– Vous pouvez les dire tout haut… je n’ai pas de secrets avec vous.

– Venez prendre votre argent, au moins.

– Mon argent? Vous ne me devez rien, Dieu merci!

– Je m’en doutais bien, dit Germain à demi-voix; mais c’est égal, Marie… écoute ce qu’il a à te dire… car, moi, je suis curieux de le savoir. Tu me le diras après, j’ai mes raisons pour ça. Va auprès de son cheval… je ne te perds pas de vue.

Marie fit trois pas vers le fermier qui lui dit, en se penchant sur le pommeau de sa selle et en baissant la voix:

– Petite, voilà un beau louis d’or pour toi! tu ne diras rien, entends-tu? Je dirai que je t’ai trouvée trop faible pour l’ouvrage de ma ferme… Et qu’il ne soit plus question de ça… Je repasserai par chez vous un de ces jours; et si tu n’as rien dit, je te donnerai encore quelque chose… Et puis, si tu es plus raisonnable, tu n’as qu’à parler: je te ramènerai chez moi, ou bien j’irai causer avec toi à la brune dans les prés. Quel cadeau veux-tu que je te porte?

– Voilà, monsieur, le cadeau que je vous fais, moi! répondit à haute voix la petite Marie, en lui jetant son louis d’or au visage et même assez rudement. Je vous remercie beaucoup et vous prie, quand vous repasserez par chez nous, de me faire avertir: tous les garçons de mon endroit iront vous recevoir, parce que chez nous, on aime fort les bourgeois qui veulent en conter aux pauvres filles! Vous verrez ça, on vous attendra.

– Vous êtes une menteuse et une sotte langue! dit le fermier courroucé, en levant son bâton d’un air de menace. Vous voudriez faire croire ce qui n’est point, mais vous ne me tirerez pas d’argent: on connaît vos pareilles!

Marie s’était reculée, effrayée; mais Germain s’était élancé à la bride du cheval du fermier et, le secouant avec force:

– C’est entendu, maintenant! dit-il, et nous voyons assez de quoi il retourne… à terre! mon homme! à terre! et causons tous les deux!

Le fermier ne se souciait pas d’engager la partie: il éperonna son cheval pour se dégager et voulut frapper de son bâton les mains du laboureur pour lui faire lâcher prise; mais Germain esquiva le coup et, lui prenant la jambe, il le désarçonna et le fit tomber sur la fougère où il le terrassa, quoique le fermier se fût remis sur ses pieds et se défendît vigoureusement. Quand il le tint sous lui:

– Homme de peu de cœur! lui dit Germain, je pourrais te rouer de coups si je voulais! Mais je n’aime pas à faire du mal, et d’ailleurs aucune correction n’amenderait ta conscience… Cependant, tu ne bougeras pas d’ici que tu n’aies demandé pardon, à genoux, à cette jeune fille.

Le fermier, qui connaissait ces sortes d’affaires, voulut prendre la chose en plaisanterie. Il prétendit que son péché n’était pas si grave puisqu’il ne consistait qu’en paroles, et qu’il voulait bien demander pardon à condition qu’il embrasserait la fille, que l’on irait boire une pinte de vin au plus prochain cabaret et qu’on se quitterait bons amis.

– Tu me fais peine! répondit Germain en lui poussant la face contre terre, et j’ai hâte de ne plus voir ta méchante mine. Tiens, rougis si tu peux, et tâche de prendre le chemin des affronteux quand tu passeras par chez nous.

Il ramassa le bâton de houx du fermier, le brisa sur son genou pour lui montrer la force de ses poignets, et en jeta les morceaux au loin avec mépris.

Puis, prenant d’une main son fils, et de l’autre la petite Marie, il s’éloigna tout tremblant d’indignation.

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