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La Mare Au Diable

Электронная книга - «La Mare Au Diable». Краткое содержание книги:

La Mare au Diable est un lieu maudit o? souffle l'angoisse. Pr?s d'elle se d?roule toute l'histoire. Un paysan, veuf avec ses enfants, cherche femme. Qui ?pousera-t-il? celle qu'on lui a promise, ou une pauvre paysanne, harcel?e par son patron? Cette petite Marie est l'?me d'un paysage de r?ve, et l'embl?me de l'enfance ?ternelle. Un roman d'amour, mais travers? par le cri des chiens fous, la nu?e sanglotante des oiseaux, le fossoyeur ?pileptique. La voix de la terre s'y accorde avec celle de l'Ame enfantine: George Sand y parle avec force du sol natal et des premiers souvenirs.
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– En allés, où?

– D’où ils venaient, apparemment. Je ne le leur ai pas demandé.

– Mais pourquoi donc s’en allaient-ils? dit Germain de plus en plus inquiet.

– Dame! est-ce que je sais?

– On ne s’est pas entendu sur le prix? ce devait être pourtant une chose convenue d’avance.

– Je ne peux rien vous en dire. Je les ai vus entrer et sortir, voilà tout.

Germain se dirigea vers la ferme et questionna les métayers. Personne ne put lui expliquer le fait; mais il était constant qu’après avoir causé avec le fermier, la jeune fille était partie sans rien dire, emmenant l’enfant qui pleurait.

– Est-ce qu’on a maltraité mon fils? s’écria Germain dont les yeux s’enflammèrent.

– C’était donc votre fils? Comment se trouvait-il avec cette petite? D’où êtes-vous donc, et comment vous appelle-t-on?

Germain, voyant que, selon l’habitude du pays, on allait répondre à ses questions par d’autres questions, frappa du pied avec impatience et demanda à parler au maître.

Le maître n’y était pas: il n’avait pas coutume de rester toute la journée entière quand il venait à la ferme. Il était monté à cheval et il était parti on ne savait pour quelle autre de ses fermes.

– Mais enfin, dit Germain en proie à une vive anxiété, ne pouvez-vous savoir la raison du départ de cette jeune fille?

Le métayer échangea un sourire étrange avec sa femme, puis il répondit qu’il n’en savait rien, que cela ne le regardait pas. Tout ce que Germain put apprendre, c’est que la jeune fille et l’enfant étaient allés du côté de Fourche. Il courut à Fourche: la veuve et ses amoureux n’étaient pas de retour, non plus que le père Léonard. La servante lui dit qu’une jeune fille et un enfant étaient venus le demander mais que, ne les connaissant pas, elle n’avait pas voulu les recevoir et leur avait conseillé d’aller à Mers.

– Et pourquoi avez-vous refusé de les recevoir? dit Germain avec humeur. On est donc bien méfiant dans ce pays-ci, qu’on n’ouvre pas la porte à son prochain?

– Ah dame! répondit la servante, dans une maison riche comme celle-ci on a raison de faire bonne garde. Je réponds de tout quand les maîtres sont absents et je ne peux pas ouvrir aux premiers venus.

– C’est une laide coutume, dit Germain, et j’aimerais mieux être pauvre que de vivre comme cela dans la crainte. Adieu, la fille! adieu à votre vilain pays!

Il s’enquit dans les maisons environnantes. On avait vu la bergère et l’enfant. Comme le petit était parti de Belair à l’improviste, sans toilette, avec sa blouse un peu déchirée et sa petite peau d’agneau sur le corps; comme aussi la petite Marie était, pour cause, fort pauvrement vêtue en tout temps, on les avait pris pour des mendiants. On leur avait offert du pain; la jeune fille en avait accepté un morceau pour l’enfant qui avait faim, puis elle était partie très vite avec lui et avait gagné les bois.

Germain réfléchit un instant puis il demanda si le fermier des Ormeaux n’était pas venu à Fourche.

– Oui, lui répondit-on; il a passé à cheval peu d’instants après cette petite.

– Est-ce qu’il a couru après elle?

– Ah! vous le connaissez donc? dit en riant le cabaretier de l’endroit, auquel il s’adressait. Oui, certes; c’est un gaillard endiablé pour courir après les filles. Mais je ne crois pas qu’il ait attrapé celle-là; quoique après tout, s’il l’eût vue…

– C’est assez, merci! Et il vola plutôt qu’il ne courut à l’écurie de Léonard. Il jeta la bâtine sur la Grise, sauta dessus, et partit au grand galop dans la direction des bois de Chanteloube.

Le cœur lui bondissait d’inquiétude et de colère, la sueur lui coulait du front. Il mettait en sang les flancs de la Grise qui, en se voyant sur le chemin de son écurie, ne se faisait pourtant pas prier pour courir.

XIV. La vieille

Germain se retrouva bientôt à l’endroit où il avait passé la nuit au bord de la mare. Le feu fumait encore; une vieille femme ramassait le reste de la provision de bois mort que la petite Marie y avait entassée. Germain s’arrêta pour la questionner. Elle était sourde et, se méprenant sur ses interrogations:

– Oui, mon garçon, dit-elle, c’est ici la Mare au Diable. C’est un mauvais endroit et il ne faut pas en approcher sans jeter trois pierres dedans de la main gauche, en faisant le signe de la croix de la main droite: ça éloigne les esprits. Autrement il arrive des malheurs à ceux qui en font le tour.

– Je ne vous parle pas de ça, dit Germain en s’approchant d’elle et en criant à tue-tête:

– N’avez-vous pas vu passer dans le bois une fille et un enfant?

– Oui, dit la vieille, il s’y est noyé un petit enfant!

Germain frémit de la tête aux pieds; mais heureusement, la vieille ajouta:

– Il y a bien longtemps de ça; en mémoire de l’accident on y avait planté une belle croix; mais, par une belle nuit de grand orage, les mauvais esprits l’ont jetée dans l’eau. On peut en voir encore un bout. Si quelqu’un avait le malheur de s’arrêter ici la nuit, il serait bien sûr de ne pouvoir jamais en sortir avant le jour. Il aurait beau marcher, marcher, il pourrait faire deux cents lieues dans le bois et se retrouver toujours à la même place.

L’imagination du laboureur se frappa malgré lui de ce qu’il entendait, et l’idée du malheur qui devait arriver pour achever de justifier les assertions de la vieille femme s’empara si bien de sa tête qu’il se sentit froid par tout le corps. Désespérant d’obtenir d’autres renseignements, il remonta à cheval et recommença à parcourir le bois en appelant Pierre de toutes ses forces et en sifflant, faisant claquer son fouet, cassant les branches pour remplir la forêt du bruit de sa marche, écoutant ensuite si quelque voix lui répondait; mais il n’entendait que la cloche des vaches éparses dans les taillis et le cri sauvage des porcs qui se disputaient la glandée.

Enfin, Germain entendit derrière lui le bruit d’un cheval qui courait sur ses traces et un homme entre deux âges, brun, robuste, habillé comme un demi-bourgeois, lui cria de s’arrêter. Germain n’avait jamais vu le fermier des Ormeaux; mais un instinct de rage lui fit juger de suite que c’était lui. Il se retourna et, le toisant de la tête aux pieds, il attendit ce qu’il avait à lui dire.

– N’avez-vous pas vu passer par ici une jeune fille de quinze ou seize ans, avec un petit garçon? dit le fermier en affectant un air d’indifférence, quoiqu’il fût visiblement ému.

– Et que lui voulez-vous? répondit Germain sans chercher à déguiser sa colère.

– Je pourrais vous dire que ça ne vous regarde pas, mon camarade! mais comme je n’ai pas de raisons pour le cacher, je vous dirai que c’est une bergère que j’avais louée pour l’année sans la connaître… Quand je l’ai vue arriver, elle m’a semblé trop jeune et trop faible pour l’ouvrage de la ferme. Je l’ai remerciée mais je voulais lui payer les frais de son petit voyage, et elle est partie fâchée pendant que j’avais le dos tourné… Elle s’est tant pressée, qu’elle a même oublié une partie de ses effets et sa bourse, qui ne contient pas grand’chose à coup sûr; quelques sous probablement!… mais enfin, comme j’avais à passer par ici, je pensais la rencontrer et lui remettre ce qu’elle a oublié et ce que je lui dois.

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