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1943-Le souffle de la victoire

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1943-Le souffle de la victoire
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Il épingle la croix de la Libération sur la poitrine de Jean Moulin.

11.

Jean Moulin s’en va. Il doit regagner la France et de Gaulle est inquiet.

Il suit des yeux la silhouette frêle de celui qui organise l’avenir de la nation et qui, dans quelques heures, sera au milieu des périls. Redevenu Max ou Rex, recherché par toutes les polices allemandes, il sera à la merci du hasard, d’une imprudence, d’une trahison, du non-respect des consignes, des rivalités, des ambitions.

« Ah, je le sais, dit de Gaulle. Du drame atroce que nous traversons tous ensemble, sont sorties, parmi les Français, des divisions passionnées et même parfois des luttes fratricides. Hélas, une fois de plus, nos malheurs dans la guerre étrangère s’accompagnent de luttes intestines. »

Moulin est l’un des Français les plus exposés. Survivra-t-il ?

La libération tant espérée ne peut se réaliser que dans plusieurs mois et « la guerre atteint son paroxysme ».

En dépit des succès des Alliés sur tous les fronts – même les Japonais ont dû reculer, ils ont évacué Guadalcanal –, c’est avec angoisse et anxiété que de Gaulle regarde l’horizon.

Il l’a déjà dit : l’Allemagne nazie est encore menaçante, décidée peut-être à entraîner dans sa défaite ceux qui la combattent.

Et cependant l’offensive russe a, en moins de deux mois, déplacé le front de plus de trois cents kilomètres vers l’ouest.

« C’est presque à en pleurer, écrit un soldat allemand à son épouse, le 16 février 1943, quand on pense à ce que la conquête de ces territoires a coûté de sacrifices et d’efforts ; il ne faut pas y penser. Il semble qu’il y a une crise réelle en ce moment et l’on perdrait presque courage si l’on n’avait pas un cœur de croyant. »

La foi demeure donc, en dépit du fait que ces soldats du front sont inquiets pour leurs familles, dont ils savent qu’elles sont écrasées et décimées sous les bombes.

Mais les femmes qui, survivantes, errent parmi les ruines de Cologne, d’Essen, de Lübeck, de Hambourg, de Berlin, acceptent leur sort, ne manifestent même aucune haine pour ces Anglais et ces Américains qui les bombardent.

« Nous n’avons plus le contrôle de notre destin, écrit l’une d’elles. Nous sommes forcées de nous laisser emporter par lui et de prendre ce qui vient sans confiance ni espoir. »

Elle marche, serrant son enfant contre elle, au milieu des décombres encore brûlants. L’air vibre de chaleur, des explosions font tomber dans un nuage de poussière des pans de mur.

Un soldat en permission, qui parcourt les rues du quartier ouvrier de Hambourg, près du port, note :

« Silence de mort. Ici, on ne voit personne chercher des objets personnels parce que ici les gens aussi gisent sous les décombres. Ici, la rue n’est plus carrossable. Je dois porter mon vélo sur l’épaule et escalader les gravats. Les maisons ont été aplaties. Partout où se pose mon regard, champ de ruines immobile comme la mort. Personne ne s’en est sorti. Ici, les bombes incendiaires, les mines aériennes et les bombes à retardement sont arrivées en même temps. On voit encore l’ancienne surface de la rue, sous les décombres. »

Il espère que « Londres l’arrogante sentira les effets de la guerre et ce sera beaucoup plus dur que ce qui s’est passé aujourd’hui à Hambourg ».

Il est persuadé que la ville sera reconstruite « quand nous aurons gagné la guerre, dit-il. Quand nous pourrons à nouveau faire notre travail en Allemagne sans être dérangés. Quand nous aurons donné un coup d’arrêt à la cupidité des étrangers ».

Goebbels tient de tels propos !

Certes la confiance dans le Führer commence à s’effondrer, mais on ne voit pas d’autre issue que d’accepter son sort, puisque si l’on capitulait on ne sait pas à qui on serait livré.

Les Anglais et les Américains n’exigent-ils pas une reddition inconditionnelle ? Et il y a ces Russes barbares qui voudront se venger !

Alors au lendemain d’un bombardement, on peut lire sur le mur demeuré debout d’un magasin un écriteau :

« Ici, la vie continue. »

Pourtant jamais les bombardements n’ont été aussi fréquents, aussi féroces.

La maîtrise de l’air des Alliés est si grande que les « Forteresses volantes » B17 de l’US Air Force inaugurent le 27 janvier 1943 à Wilhelmshaven les bombardements de jour sur les villes allemandes.

Le 30 janvier 1943, à 11 heures du matin, des Mosquito de la Royal Air Force bombardent Berlin, interrompant la cérémonie marquant le dixième anniversaire de la venue de Hitler au pouvoir.

Les bombardiers arrivent par vagues successives, de jour et de nuit. Les flottes de Lancasters, de Halifax, de Liberator, de Forteresses volantes B17 sont composées de plusieurs centaines d’appareils.

Elles sont précédées par des avions Pathefinders chargés, à l’aide de bombes incendiaires, de localiser les cibles.

Mais les bombardiers, pour éviter les barrages de la Défense Contre Avions (DCA), lâchent leurs bombes loin de leurs cibles, si bien que les villes sont frappées dans tous leurs quartiers, qu’ils soient éloignés ou non des usines, des ports, des gares.

En fait, pour le Bomber Command, le but n’est pas seulement « la destruction et la dislocation progressive du système militaire, industriel et économique allemand », mais aussi l’ébranlement du moral de la population jusqu’au point où sa capacité de résistance armée sera affaiblie définitivement.

« On veut terroriser. »

Des dizaines de milliers d’Allemands sont tués et blessés par ces bombardements qu’aucune DCA, aucune escadrille de chasse ne peut arrêter.

Les bombardiers lâchent des leurres métalliques, ce qui les rend moins vulnérables parce que les radars de la DCA ne sont plus efficaces.

Les bombes, de plus en plus lourdes, tombent en formant un « tapis » de flammes. Le sol « fond ». Les corps se concassent.

C’est l’enfer, que l’on tente de fuir.

On évacue les enfants, les femmes vers les villages, mais en même temps Goebbels, Speer – ministre de l’Armement – décrètent la mobilisation « pour le travail de tous les Allemands » – de 16 à 65 ans pour les hommes, de 17 à 45 ans pour les femmes.

Cela ne suffit pas. Des millions de travailleurs étrangers sont requis, déportés en Allemagne, traités en esclaves, sous-alimentés, battus, exécutés. Les femmes sont vouées, en plus de leur travail, à la prostitution.

Le Gauleiter Sauckel exige que les SS, la Gestapo, les polices, la Wehrmacht lui livrent les travailleurs étrangers indispensables aux usines d’armement allemandes.

« Je parle au nom du Führer, dit-il, vous pouvez être certains qu’en aucun cas je ne me laisserais guider par le sentiment ou par quelque vague de romantisme.

« L’effort sans précédent que nous impose cette guerre EXIGE que nous mobilisions des millions d’étrangers pour travailler en Allemagne à notre économie de guerre totale et que nous tirions d’eux le maximum de rendement. »

Scènes atroces : mères que l’on sépare de leurs enfants, jeunes filles que l’on prostitue, gardiens qui tuent avec sadisme, frappent à grands coups de fouet.

Dilemme : les autorités allemandes, les SS, sont tenues de fournir de la main-d’œuvre, et en même temps d’exterminer les populations !

Ainsi les généraux SS doivent justifier leur faible rendement : ici, dans telle partie de l’Ukraine, ils n’ont tué que 42 000 Juifs sur un total de 170 000 ! Ils répondent : « Dans la région, il n’y a pratiquement que les Juifs comme main-d’œuvre spécialisée. On est bien forcés de les ménager, faute d’autres ressources. »

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