La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Tu es père. Je te vois d’ici, car tu as un excellent cœur! tu baises ma lettre, et tu bénis Gaudet: père d’une fille charmante, qui ressemblera un peu à sa mère, un peu a toi, un peu à la gentille Ursule, un peu, je crois, à Minerve Parangon; c’est dire, qu’elle aura tous les charmes et toutes les grâces: en effet, jamais je n’en vis tant à une petite créature à peine ébauchée. Laure se porte bien; et surtout elle est très satisfaite d’être débarrassée d’un incommode fardeau. Je l’ai un peu formée; elle se propose de jouir dans la capitale de toute sa liberté: mais j’aurai soin qu’elle n’en abuse pas; et ce n’est pas son dessein. Quant à l’enfant, je respecterai ta propriété, en me conformant à tes ordres, pour tout ce qui la concerne; mais sans te laisser aucun des soins, aucune des peines qui sont les dépendances de la paternité.
Je reviens à la mère: je n’ai jamais vu de fille si aimable; c’est un bijou; elle va être plus charmante que jamais, j’en suis sûr. Quel est le but de cet éloge? De t’y faire penser? Non, en vérité! Garde ta liberté, c’est mon avis; quant à Laure, je m’en charge: j’aurai un soin égal de ses mœurs et de son bonheur, et s’il lui faut un jour un mari, je lui en trouverai un; mais pas mon ami. De tous les partis possibles, Laure serait le pire pour toi, à présent. Mais c’en est assez là-dessus. Je t’embrasse. Toujours ton ami,
GAUDET.
À propos, un petit alinéa d’Ursule.
Je l’ai vue, cette fille charmante: ah! mon cher, que je te félicite! si cette fille-là était répandue dans un certain monde, il y aurait pour faire sa fortune et la tienne; honnêtement, car c’est ainsi que je l’entends: elle est assez belle ou assez jolie, je ne sais lequel, pour faire une passion sérieuse, et tourner la tête d’un duc, tout comme celle d’un homme du commun. Il est singulier, comme votre sang est beau! tout ce qui vous touche participe d’un certain charme, dont on ne peut se défendre; je t’avouerai que toi-même tu m’avais séduit d’abord par ta figure: Formosum pastor Coridon ardebat Alexin: je me dis quelquefois, que Vénus était de votre famille; que si nous vivions du temps de la guerre de Troie, ou du bon aveugle Homère, je tenterais de le prêcher, et que ce serait l’objet de mes missions. Cette fille-là ne doit jamais être la femme d’un homme du commun, entends-tu, Edmond? et s’il faut l’y servir, je l’y servirai: je connais de par le monde un certain héritier d’une grande famille… Mais il n’est pas encore temps de m’ouvrir, même avec toi.
Avec Ursule, j’ai vu la sœur de la déesse Parangon: cela sera charmant; un peu plus colorié que sa sœur, mais moins touchante, en étant peut-être plus belle. C’est un joli couple de grâces, que Fanchette et ta sœur! la belle Parangon viendra sans doute faire la troisième; et il faut avouer que Mme Canon, qui couvera tout cela des yeux, ne ressemblera pas mal au dragon du jardin des Hespérides: mais celui-là ne gardait que des pommes d’or, bien au-dessous de celles qui seront ici!
J’adresse cette lettre chez Mme Parangon, où je te crois à présent. Ne me fais pas de réponse, et pour cause. Adieu, cher ami.
[Cette lettre tomba entre les mains de Mme Parangon, qui l’ouvrit trompée par la forme de l’adresse: mais ses yeux s’étant portés sur l’article du mariage proposé pour Ursule, elle le lut, et tout en reconnaissant que la lettre n’était pas pour elle, elle fut charmée qu’Edmond ne la vît pas en entier: elle en enleva les deux dernières pages, qui ne tenaient pas au reste, et il ne vit plus que ce qui regardait Laure; encore lorsqu’il l’eut parcourue, tâcha-t-elle de s’en emparer: c’est ce que dit une note à demi effacée, que je trouve au bas, et lorsqu’elle fut à Paris, elle la remit à Mme Canon, qui nous l’a conservée. On peut lire dans le PAYSAN, LXIVème lettre, l’arrivée de Gaudet à Au**, et son entrevue avec Edmond.].
Lettre 16. Edmond, à ses père et mère.
[Son cœur conserve encore les apparences de son innocence première.].
25 décembre.
Mon très honoré père, et ma très chère mère,
Agréez les vœux et les hommages d’un fils respectueux, pour le commencement de la prochaine année. J’ai heureusement pour vous la souhaiter de bonnes nouvelles à vous apprendre de la très chère sœur Ursule, auprès de laquelle est actuellement ma cousine, ou plutôt notre seconde mère, à ma sœur et à moi. J’étais trop méchant sans doute l’an passé, pour mériter que le ciel bénît mes prières pour vous: mais il m’a châtié dans sa justice, en me punissant par où je vous avais désobéi. Puisse cette nouvelle année vous être plus agréable! au moins il n’y a plus rien de caché dans le fond de mon cœur, si ce n’est un trésor inépuisable de tendresse pour vous, mon cher père et ma très chère mère.
Vous verrez par la copie de la lettre ci-incluse, que Mme Parangon m’a fait l’honneur de m’écrire, les bonnes nouvelles que j’ai reçues de Paris. Est-il possible, cher père et chère mère, que je m’acquitte jamais de la reconnaissance que je dois à cette femme, digne d’un trône, par son penchant à bien faire, autant que par sa beauté? Non, cela n’est pas possible, et tout ce que je pourrai, c’est de mettre ses bontés sur la même ligne que les vôtres: car elle m’oblige d’autant plus, que ce n’est pas tant dans ma personne, que dans celle d’Ursule, l’image de ma bonne mère; ce qui me lie bien plus que si tout se faisait pour moi. Cependant, combien ne fait-elle pas pour moi-même?… Aussi, loin de désirer de m’acquitter, je veux au contraire lui toujours devoir, afin que ma reconnaissance soit pour moi un plaisir continuel, qui dure autant que ma vie, car il est des personnes dont nous aimons à être les obligés, parce que nous savons qu’elles ont trouvé tant de plaisir à nous faire du bien, que nous leur en sommes plus chers: tels vous êtes, cher père et chère mère, à l’égard de vos enfants, et telle est Mme Parangon, pour ma sœur et pour moi.
J’apprends que le cher frère aîné va bientôt vous faire renaître dans la postérité du plus vertueux de vos enfants: permettez que je vous félicite, et que je répande mon cœur devant vous, dans une circonstance aussi heureuse. Que vous aurez de plaisir, et que je m’en promets à voir votre satisfaction! Voilà le plus beau bouquet dont vos enfants puissent vous orner, et il était juste que ce fût de votre aîné que vous le reçussiez; puisqu’il a toutes vos vertus, et que nous le regardons comme votre lieutenant à notre égard. J’ose, dans cette lettre, qui vous est adressée, lui faire mes félicitations, et je le prie d’être persuadé que ma joie ne cédera qu’à la sienne, et à celle de la chère sœur, son épouse. C’est elle qui sera contente dans quelques jours! sensible comme elle est, chérissant son mari, vous respectant, comme elle le fait, jamais on n’aura vu de mère plus tendre, pas même la mienne, qui l’est infiniment. En attendant le bonheur de vous voir, cher père et chère mère, ainsi que mes frères et sœurs, je les embrasse tous, et je fais mille souhaits pour leur bonheur.