La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Nous avons ensuite causé familièrement: Edmond m’a d’abord parlé de toi: ça été son premier mot; il est vrai qu’il a joint le nom de ma sœur au tien: mais je ne te rendrai cette conversation que de bouche. Adieu, chère amie. Je voudrais bien être à Paris! c’est mon refuge. Adieu.
Pour Mlle Fanchette.
Chère petite amie,
Je suis sur le point de partir, pour me rejoindre à toi et à ta bonne amie Ursule; et surtout pour remercier ma chère tante des soins qu’elle vous donne à toutes deux: contente-la bien, afin qu’elle ne se repente pas de sa complaisance pour nous. Quant à moi, en mon particulier, chère petite, je ne songe qu’à ton bonheur, et j’espère que si Dieu me trouve digne de le faire, je le ferai. Si tu savais, chère petite amie, combien je me trouve heureuse de t’avoir! oui, ma chère fille, tu es une seconde moi-même, et la moitié de ma vie; ton bonheur et le mien ne sont qu’un: mais je tâcherai toujours que mon malheur, si j’en ai, n’ait rien de commun avec toi. Que j’aurais de plaisir à te caresser, quand nous serons ensemble! à te dire, et à te prouver que je t’aime! Non, tu n’en as pas d’idée. Ce n’est pas qu’avec cette tendresse, tu doives compter que je te passe tes petits défauts, qui, je crois, sont bien loin à présent; mais je veux dire, s’ils se remontraient; car je te désire presque parfaite, et ce que la nature n’a pu faire en moi, unie à la bonne éducation, tâcher de le faire en toi.
J’ai vu notre bon papa ces jours-ci, et je lui ai bien parlé de toi. Voici ses propres paroles: «Ma fille, je m’en rapporte tout à fait à vous pour votre sœur, et surtout j’approuve fort le parti que vous avez pris de l’envoyer à Paris, sous la conduite de la respectable Mme Canon, que j’ai toujours honorée, quoique nous ayons eu ensemble quelque refroidissement autrefois: j’aime aussi que vous lui ayez donné pour compagne la jeune R**; c’est un ange de douceur que cette fille; il n’y a qu’une voix en sa faveur dans tout le pays, pour la prôner comme le plus excellent sujet de son sexe. C’est aussi mon sentiment; car je l’ai vue plusieurs fois à S** chez son père, digne homme, et mon ami: ces enfants-là ont reçu de bons principes, et Fanchette ne peut que profiter avec une d’entre eux. Quant à tout le reste, elle est jeune, et il y a apparence qu’elle n’aura que vous, quand il faudra l’établir: soyez donc sa mère, plus que sa sœur; je vous en donne l’autorité.» je ne saurais te dire, chère petite, combien ce discours m’a fait de plaisir, et surtout de ce que Papa me laisse maîtresse de ton établissement, quand le temps en sera venu. Je baise tes jolies joues de lis, et ta petite bouche de rose; mais comme je suis encore absente, j’en charge Ursule.
TA BONNE AMIE SOEUR.
Lettre 15. Gaudet, à Edmond.
[Il lui écrit qu’il l’a secondé; il lui annonce la naissance de la petite Laure, et lui parle mondainement d’Ursule.].
Paris, 10 novembre.
Quinze jours de bouderie; c’est tout ce que je puis, mon cher! encore y en a-t-il douze que je délibère, s’il est plus avantageux que je te boude, que de te marquer mon affection: ce dernier parti l’emporte, Edmond, parce que je suis un véritable ami. Aussi ai-je résolu de te mettre à ton aise. Aime-moi, haïs-moi, je ne t’en serai pas moins attaché: et pourvu que je te serve, qu’importe? T’aimé-je donc pour moi? Il n’y aurait pas à gagner, et la recette d’Épicure ne me produirait que des chardons… Encore te demandé-je pardon de ce mot de reproche. En dise ce pauvre Helvétius tout ce qu’il voudra, je brûlerai son livre, s’il me tombe entre les mains, pour cela seul, qu’il ne croit pas à l’amitié désintéressée: que m’importe qu’il ait raison pour tout le monde? Il a tort pour moi; car je la sens au fond de mon cœur. Me dira-t-il qu’elle n’y est pas? Qu’il l’ose; je lui dirai, moi, qu’il en a menti… Mais trêve de préambule et de justification; ce n’est pas le but de ma lettre, et j’ai bien autre chose à te dire.