La Marquise De Pompadour Tome I
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:
Et assurant sa démarche incertaine, Noé s’en fut heurter violemment le marteau de l’hôtel.
L’instant d’après, la porte fut ouverte par un domestique, lequel, reconnaissant le mari de Mme Poisson, sa maîtresse, ne fit aucune difficulté pour lui obéir lorsque Noé lui eût expliqué de quoi il s’agissait.
Les trois hommes soulevèrent le chevalier d’Assas et le transportèrent dans l’hôtel dont la porte fut refermée. Moins d’une minute plus tard, la rue des Bons-Enfants était envahie par des ombres silencieuses et rapides qui s’arrêtèrent en groupe devant l’hôtel d’Argenson.
– Envolé! Disparu! s’écria avec un juron celui qui paraissait être le chef de cette troupe.
– Voilà qui est curieux, observa une sorte de colosse trapu; je lui ai pourtant asséné mon coup des grands jours. Quand je frappe ainsi, on en revient qu’au bout de quelques heures… si on en revient!
– Tu auras frappé à côté, maladroit! Mais poursuivons, nous les rejoindrons peut-être…
La bande des policiers se glissa dans la direction de la place des Victoires, et bientôt s’évanouit au fond des ténèbres comme un vol d’oiseaux de nuit.
Dans l’hôtel, le chevalier avait été déposé sur un canapé assez large pour servir de lit de repos.
C’était dans un petit salon du rez-de-chaussée. Le domestique avait allumé des flambeaux.
Attirée par les allées et venues, Mme Poisson apparut à ce moment en peignoir de nuit.
En quelques mots, Crébillon la mit au courant de ce qui venait de se passer.
Elle jeta un coup d’œil sur le chevalier dont la figure pâle apparaissait en pleine lumière.
Cependant, Poisson examinait avec attention cette figure et, tout en se bourrant le nez de tabac, murmurait:
– Où l’ai-je vu! Mais où l’ai-je donc vu!… Aussi vrai que le vin d’Anjou est supérieur au vin de Champagne, j’ai vu ce jeune homme quelque part, il n’y a pas longtemps… mais où! mais quand! mais à quelle occasion!
Mme Poisson, de son côté, avait tressailli.
Elle aussi croyait reconnaître le chevalier.
Mais comme ses idées étaient infiniment plus nettes que celles de son digne époux, elle ne tarda pas à s’écrier in petto:
– J’y suis!… C’est le jeune chevalier de la clairière qui s’est disputé avec ce grand diable de chasseur… et qui dévorait des yeux la petite!… Oh! oh!… Il rôde par ici… on le trouve évanoui devant la porte!… Il faut que je tire cette affaire au clair… Un joli garçon… fière mine et bourse plate… Méfions-nous… pas de sottises, ma fille!
Elle saisit Noé Poisson par un bras et, l’entraînant dans un angle du petit salon:
– C’est bon, dit-elle. Je me charge de ce jeune homme… tu peux t’en aller.
– Viens, Crébillon, dit Noé.
– Attends! reprit Mme Poisson. Je pense que tu n’oublies pas la journée de demain?
– Peste! je n’aurais garde…
– Sois ici à dix heures du matin. Songes-y, c’est grave!
– On y sera, ma mie, on y sera en grande tenue: je mettrai mon beau gilet vert pomme et mon habit écarlate, ainsi que ma culotte de soie jaune… Ah! ah!
– Non pas! fit sèchement la matrone; tu trouveras ici tout ce qu’il faut pour t’habiller dignement; on y a songé pour toi… Maintenant, écoute bien; si tu es ivre demain, tu nous déshonores tous!
– Madame! protesta Noé.
– Si tu n’es pas ivre, si tu te tiens aussi bien que la circonstance l’exige, tu trouveras dans ton habit de cérémonie mille livres en or… mille! tu entends! Tâche de les gagner…
– Mille livres! s’écria Poisson en écarquillant les yeux. De quoi étancher, deux mois durant, la soif de Crébillon.
– Et la tienne!
– Madame!
– Va… va maintenant… et n’oublie pas!
– Mille livres!… Viens, Crébillon, viens-nous-en, mon ami… viens que je te dise…
Bras dessus bras dessous, les deux compères sortirent de l’hôtel et s’éloignèrent, fraternellement calés l’un contre l’autre. Chose curieuse: on eût dit qu’ils reprenaient leur ivresse où ils l’avaient laissée. L’émotion dissipée, les fumées bachiques redevenaient souveraines dans ces deux cerveaux.
Ce fut donc en traçant de nouvelles courbes et en s’entretenant de bizarres problèmes qu’ils continuèrent leur route vers la Seine, qu’il leur fallait franchir pour rentrer chez eux.
Poisson disait:
– Cherchons combien mille livres peuvent donner de bouteilles d’Anjou.
Crébillon répondait:
– Pardon, pardon… tu veux dire combien de flacons de champagne…
En effet, c’était là leur éternel sujet de dispute. Un seul point les séparait: l’un adorait le vin d’Anjou et l’autre raffolait du vin de Champagne.
Tant il est vrai qu’il y a toujours un point noir, même dans les plus parfaites amitiés.
Pendant ce temps, Mme Poisson, ayant examiné le chevalier d’Assas, constata qu’il ne portait aucune trace de blessure. En effet, le jeune homme avait été atteint au-dessus de la tempe droite d’un coup qui ne laisse pas de marque visible, mais qui n’en est pas moins terrible.
– Je ne crois pas qu’il en meurt! songea la matrone.
Et, avec un hideux sourire, elle ajouta:
– Après tout… s’il meurt d’un coup de sang au cerveau… je n’en sais rien, moi!… Ça ne se voit pas…
Elle se contenta donc d’accommoder le chevalier sur le canapé et, laissant un flambeau allumé, se retira.
Dans l’hôtel, tout retomba au silence.
À l’instant où il s’était abattu dans la rue, d’Assas avait entièrement perdu connaissance. Puis, sous l’effort de l’instinct de vivre, quelques vagues perceptions parvinrent à son cerveau, pareilles à ces livides et fugitives lueurs que l’œil croit percevoir dans l’obscurité.
Il eut confusément conscience qu’on le saisissait, qu’on le portait quelque part, qu’on l’étendait…
Un laps de temps qu’il ne put apprécier s’écoula.
Puis, lentement, des embryons d’idée se formèrent, se dissipèrent, pour se reformer à nouveau. Il sentait une lourdeur de plomb peser sur sa tête, et dans ses oreilles il entendait un bourdonnement monotone et très fort, semblable au bruit d’une chute d’eau.
Puis, enfin, ces lambeaux d’idée s’adaptèrent l’un à l’autre.
Il put penser…
Ce fut terrible.
La première pensée qui se présenta à lui fut celle de la mort: il eut la conscience très nette que le sang se portait au cerveau par afflux violents et qu’il semblait s’y coaguler.
Oh! de l’eau! Rien qu’un peu d’eau sur son front et ses tempes!…
Cela le sauverait!
– De l’eau!… Un peu d’eau!…
Il crut avoir poussé un cri retentissant… En réalité, ses lèvres demeurèrent immobiles.
– Oh! songea-t-il désespéré, mourir… mourir faute d’une goutte d’eau!… Il n’y a donc personne autour de moi!… On ne m’a donc pas entendu!… Oh! si je pouvais… seulement… dégager… ma gorge!…